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Shabastet

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Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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Articles Récents

24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 16:02

Sans m'avertir, overblog a migré mon blog vers une autre plateforme , du coup exit les catégories, les pages, et tout le travail que je faisais depuis 10 ans, je suis furieuse et cherche une autre solution pour continuer à écrire mes articles, je ne sais pas encore quoi, mais je trouverai mieux que cette plateforme qui a détruit mes dix années de patient travail!

la mise en page ne ressemble plus à rien à présent, plus aucun lien n'apparait bref, c'est juste misérable!

En plus, je paie pour héberger mon blog d'où ma fureur!

Et croyez vous qu'Overblog s'excuse? Pas du tout, pas un mail, pas un mot!

Ne vous inscrivez pas chez eux, ils ne sont pas dignes de confiance!

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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 09:44

 

 

Adieu-Etoile-01

 

 

Ce film, qui a suivi Isabelle Ciaravola lors de sa dernière saison à  l’opéra de Paris avant la fameuse retraite imposée aux danseuses et danseurs à 42 ans quelque soit leur condition physique, est un portrait attachant, émouvant et  inattendu aussi car on découvre une artiste simple, ardente et malicieuse, dotée de beaucoup d’humour,  de caractère et de joie de vivre.

Il débute par un plan sur ses jambes et ses pieds qui ont toujours suscité l’admiration, probablement sur  une plage corse, puis l’artiste apparaît, irréelle dans son tutu blanc, dansant «  La mort du cygne ». On reste ébahi par la grâce toute slave des bras qui ondulent comme soulevés par la brise, par l’inclination du cou qui dit la douleur du cygne de mourir peu à peu, et par la corolle du tutu qui 

 

icdetails.jpg flotte comme un nymphéa au dessus de ses deux longues jambes. Cette touchante métaphore nous dit déjà la future absence ; sur l’écran devenu noir, quelques scintillements : ceux du diadème qui lance ses derniers feux tandis que la danseuse a déjà disparu. Quelle merveilleuse façon de dire que les étoiles brillent longtemps après leur départ. Celle-là en tout cas brillera longtemps dans le cœur de son public,  tout comme dans le ciel brillent des étoiles pourtant absentes : et pourtant,  leur lumière  nous parvient encore.

Puis Isabelle apparaît de nouveau, drapée cette fois-ci du magnifique manteau de Manon ; elle parcourt le Palais Garnier, des profonds sous-sols aux toits irréels au dessus de laquelle s’élance la coupole verte qui fait tant rêver ; elle entre dans une loge  rouge et or et regarde son double sur scène. Puis elle glisse, majestueuse, dans les grands espaces de marbres tout hantés par le passé. C’est sûr, il y aura toujours un peu d’elle ici, désormais.

 


 

Entre temps, elle se sera livrée avec sincérité à la caméra qui l’a suivie de longs mois : ce qui séduit, c’est sa vivacité, sa spontanéité et cette grande force qui l’habite car quand elle répète, elle sait ce qu’elle veut, précisément. Ses années dans le corps de ballet, pas forcément toujours faciles pour elle, ont sans doute forgée son caractère. Elle le dit d’ailleurs elle-même aux danseurs réunis sur le grand plateau de Garnier, après son dernier Onéguine. Elle a toujours eu en elle ce désir d’être étoile  malgré la difficulté à accéder à ce titre, et celui, une fois le titre reçu, d’aller plus loin encore.

Cinq ans et demi d’étoilat, bien trop courts pour son public, laissent cependant une trace profonde parce qu’elle a rencontré des rôles où elle a pu donner la pleine mesure de son immense talent.

Pierre Lacotte et Ghislaine Thesmard témoignent de leur profonde admiration pour cette étoile bien à part. «  On ne pensait plus voir de danse à ce niveau là » dit Ghislaine  que Pierre Lacotte a arrachée de son lit un soir pour qu’elle le rejoigne à  Garnier afin de voir Isabelle dans le rôle de Marguerite Gautier. Arrivée mécontente d’avoir été réveillée, G. Thesmard   remercie son mari dix minutes plus tard : son émerveillement face à la beauté de la danse d’Isabelle est total.

 

Manon, Marguerite, Tatiana, Juliette, Carmen et autres héroïnes : comme vous avez eu de la chance de croiser la route  d’Isabelle qui vous a données à toutes un supplément d’âme, une vie si différente de ce que l’on pouvait voir, lorsque vous étiez incarnées par d’autres artistes de la maison ! Car Isabelle, toujours guidée par la musique, sait raconter les histoires comme personne et insuffler souffle et lyrisme à ses personnages, que des interprètes moins inspirés rendent muets ou mécaniques…

 

Ludovic Virot a su capter des moments d’émotions extrêmes pendant les répétitions : la répétition de la Dame aux Camélias avec Mathieu Ganio offre un instant de grâce ; celle d’Onéguine montre des danseurs qui vont au bout d’eux-mêmes même lorsqu’ils sont épuisés ; ils reprennent un passage, cherchent le point d’appui juste pour un portée dans les si acrobatiques mais si poignants pas de deux, ils rient aussi parfois quand les choses se compliquent puis reprennent encore.  On s’étonne qu’on puisse réussir de telles prouesses, sans perdre le fil de la narration. On s’étonne de l’équilibre toujours au bord de la rupture. Mais surtout, on est «  stupéfixié » devant le lyrisme, la virtuosité, la beauté et l’intensité des émotions exprimées ; et plus encore devant le don total de ces  artistes – Hervé Moreau en Onéguine -  dans ces passages de haut vol.

Et  le spectateur, tout frissonnant d’émotions, se dit que Ludovic Virot a réussi le prodige de rendre les sentiments palpables à travers l’écran, ce qui est pourtant si rare. On voudrait en voir plus ; on regrette qu’il n’y ait pas eu de captation complète de tout le ballet…

 

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Le film montre d’autres moments plus intimes : on voit Isabelle dans sa loge, se maquillant seule, juste avant ses adieux en scène. On est confondu par sa simplicité. De même lorsqu’elle teint ses pointes pour qu’elles ne brillent pas, ce qui casserait la ligne d’avec la jambe ; ou bien lorsqu’elle confie ses cheveux pour qu’on y attache la tresse et le nœud de Tatiana au premier acte, masquant sous une pointe d’humour la crainte de tout artiste de perdre les accessoires en dansant.

On l’est tout autant devant sa joie à essayer d’anciens diadèmes découverts par hasard dans une vitrine avec son amie Laetitia Pujol. «  On aura rigolé aussi » lui lance-t-elle malicieusement  tandis qu’elles font le bilan sur leurs rôles et leur carrière.  On apprend que Laetitia, devenue première danseuse et dotée d’une loge pour elle seule, y a accueilli  Isabelle, toujours dans la loge commune des quadrilles alors qu’elle était déjà sujet. Loge qui a sans doute recueilli nombres de confidences et de fou-rires !

isabelle

 

 

On la voit aussi transmettre des rôles à de jeunes danseuses de l’opéra comme la jolie Juliette Hilaire, qui répète Carmen, Alice Catonnet qui travaille le pas de deux de Gisèle ou Neneka Yoshida peaufinant Diane et Acteon. Technique et personnalité du rôle, tout est expliqué et tout prend son sens. Isabelle a un œil sûr et elle guide avec précision, énergie, et une vivacité qui doit à la fois tonifier, rassurer et vivifier les danseurs !

 

Dans le film, elle confie qu’elle a eu du mal à accepter que le corps, peu à peu, perde l’énergie, la force, la souplesse et  la malléabilité, qu’il possédait dans sa jeunesse. Elle avoue que ce cap fut un passage douloureux. En revanche, elle semble sereine au moment de quitter définitivement l’opéra. Elle a accepté intérieurement son départ, et s’y est mentalement préparé. Elle vide  sa loge de tous ses souvenirs, et on comprend qu’intérieurement, ce travail de deuil a déjà été fait et accepté. Elle est tourné vers le présent : transmettre la passionne – cela se voit, car elle le fait avec précision, énergie, humour et passion !  D’autres scènes l’attendent aussi.

 

Les 55 minutes sont passées et on regrette que le film soit si court ; on se rappelle le bonheur que ce fut de voir l’année précédente sa Dame aux camélias aux côtés de Karl Paquette, son Parc  avec le sensible Stéphane Bullion, et on réalise que son dernier Onéguine, flamboyant et intense à souhait a scellé ses adieux le 28 février, il y a juste un an.

Pendant toute cette année, on l’aura suivie de loin, à travers son enseignement au conservatoire national supérieur, ses scènes et ses stages à l’étranger. On n’aura plus mis les pieds à l’opéra – sauf pour Casse noisette avec Mathieu Ganio, l’un de ses partenaires en scène.   

 

On la remercie intérieurement pour ce don total d’elle-même à la danse, et on loue l’adresse du réalisateur qui a su capter la lumière scintillante, émouvante et unique de cette si belle étoile.

 

 

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7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 08:58

 

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Rudolf Noureev - 1962


Un prochain article présentera d'un oeil ironique mais pas surpris, la saisons de Millepied qui ne casse pas trois pattes à un millepatte, pardon,  canard, et qui me fera faire une fois encore des économies!  

 

 

En prélude, un plagiat de François Villon pour exprimer toute ma gratitude à une époque  que j'ai vécue avec poésie et ardeur

La nature a doté l'homme d'un bien précieux :  la mémoire, qui mieux que le couteux matériel video dont il se dote, garde les instants les plus précieux sans que les couleurs où les émotions ne pâlissent

 

 

 

En attendant, vous qui passez là, lisez le poème!

 

 

 

Sous titre : mais où sont les neiges d'antan????

 

 

 

Dictes moy ou,  n' en  quels pays,
Est  Isabelle Ciaravola,  

Nicolas Leriche, Claire Marie Osta
Ils furent tous partenaires,
Manuel Legris, Isabelle Guérin

Belarbi et Laurent Hilaire
Qui beaulté  ot trot plus qu'humaine.
Mais ou sont les neiges d' antan ?

 

Ou est parti Jean Guillame Bart,

Et l’émouvant Romoli ?

Mitéki Kudo, Gil Isoart,
Et la diaphane Céline Talon

Averty, Maurin, et tant d'autres

Sujet, étoiles, premiers danseurs

Tous m’ont ravi le cœur

Mais où sont les neiges d’antan ?

 

Et par-dessus ces grands danseurs

Plane l’inoubliable Rudi

Qui sut en quelques saisons seulement

Donner un lustre inégalé

A l’opéra  tout endormi

Et à tous sa slave ardeur

Et resta là même parti

Mais où sont les neiges d’antan ?

 

6353835-9582898.jpgIsabelle Ciaravola

 

clairemarie-osta-Portrait-3-362x532.jpgClaire Marie Ostatrio.jpgLeriche, Belarbi et Romoli

10hj9lh.jpgMitéki Kudo Gil Isoart

 

tumblr_m5vk2ixNOe1qg56t7o1_1280.jpgManuel Legris Isabelle Guérin

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1 février 2015 7 01 /02 /février /2015 12:49

 

jayadevas gitagovinda ihj059

 

La Gita Govinda

Le chant du berger

 

Écrite en sanskrit par le poète sri Jayadeva au 12ème siècle, ce texte qui occupe une place spéciale dans l’histoire de la littérature et de la danse indienne, évoque l’amour entre Krishna et Radha, l’infidélité du dieu avec les autres Gopis, la souffrance de Radha, sa jalousie, puis grâce à l’intermédiaire de sa servante, son retour vers elle.

Cet amour serait l’allégorie de l’amour dévotionnel et montrerait l’âme s’égarant parfois loin de sa quête du divin, mais retrouvant le chemin du Divin lui-même.  

Ces poèmes sont une sorte de point culminant de la poésie en sanskrit.

Jamais avant Jayadéva, personne n’avait introduit autant de lyrisme dans des vers en sanskrit.

Cette œuvre est chantée, scandée et représentée aujourd’hui encore quotidiennement, huit siècles après qu’elle ait été composée.

Ce texte a été à l’origine du mouvement appelé Bhakti, qui veut dire dévotion, et qui est une branche de l’hindouisme.

 

 

 

Légendes diverses


Pour les Indiens, l’œuvre est plus importante que l’homme qui l’a faite, celui-ci ayant forcément reçu son inspiration des dieux. Il ne faut donc pas s’étonner qu’on ait si peu de biographies sur les grands mystiques ou les grands artistes. Comme souvent pour ces êtres hors norme, la légende s’est emparée de Jayadéva, au point de mêler mythologie et réalité. Ainsi,  le poète en route vers Puri et mort de soif, se vit offrir de l’eau par un berger qui n’était autre que Krishna lui-même le conduisant vers son destin et vers l’œuvre qu’il devait accomplir. Arrivé au temple de Puri, voyant à la place de la statue de Jagannath (avatar de Krishna), le jeune homme qui l’avait aidé, Jayadéva comprit que c’était le dieu en personne qui était venu à lui, et l’idée de Gita Govinda germa aussitôt.

 

Pourquoi Krishna est-il un berger ?

Dans son enfance, Krishna lui-même a été recueilli par les Gopis (les gardiennes des troupeaux) et a grandi près d’elle pour échapper à la cruauté d’un roi qui voulait sa mort, une prophétie ayant annoncé qu’il mourrait de la main de Krishna.

La vie et l’histoire de Jayadeva commenceraient donc dans un village près de Puri, et les légendes décrivent l’importance de la double influence sur le poète de sa dévotion au seigneur Jagannath – avatar de Krishna-  et de son amour pour la tradition Mahari, c'est-à-dire pour la danse de temple.

La Gita Govinda a été composée, semble-t-il,  pour la danse. On dit que Jagannath lui-même a un amour tout spécial pour ces poèmes et qu’il est toujours présent quelque soit l’endroit où ils sont chantés.

Pour inspirer le poète dans la composition de la Gita Govinda, le Dieu a mis sur sa route la belle Padmavati, devadasi du le temple de Jagannath. Devenue sa femme dans la vie, elle est décrite comme d’une grande beauté et dotée d’une grande sagesse ; c’est en quelque sorte une épouse idéale, dont la dévotion ardente à Krishna s’exprime toute entière par sa danse. Elle est pour Jayadeva, par son amour charnel pour lui et mystique pour le dieu,  la source première de son inspiration. Leur mariage fut une union parfaite tant sur le plan de l’amour humain que sur celui de leur dévotion commune à Krishna qu’ils traduisirent lui par ses poèmes et elle par hm70.jpgsa danse.

Une autre légende dit que Krishna lui-même remplaça le poète pour compléter un dernier couplet, un jour que celui-ci ne parvenait pas à le finir. Padmavati voyant l’embarras de son mari, lui suggéra d’aller revivifier son esprit en prenant un bain dans la rivière et de revenir finir le couplet ensuite. Il alla à la rivière, et dans le même temps,  Krishna prit son apparence pour finir le couplet à sa place, tandis que Padmavati, amoureusement, lui préparait un délicieux repas.

 «  O Radha place ton noble pied sur ma tête pour qu’il disperse le poison de l’amour. »

Ces vers sont censés être ceux écrits par Krishna lui-même.  Quand il revint, Jayadeva vit son poème fini et en demanda l’explication à sa femme ; celle-ci lui dit qu’elle l’avait vu le terminer, mais son mari lui affirma qu’il était à la rivière à ce moment là ;  tous les deux réalisèrent qu’ils avaient reçu la grâce divine de Krishna.

 

La beauté sous toutes ses formes de la Gita Govinda, concerne aussi bien celles des deux amants, que celle de la nature qui les entoure constamment : fleurs,  abeilles, arbres,  oiseaux, dont la beauté fait écho à celle des deux héros exaltent les liens profonds de Radha et Krishna.

 


Au fil du temps


Jayadeva introduit par la première fois les ragas et les talas dans ses vers et une poésie lyrique dans la littérature sanskrite. (Voir mon autre article)

Dans le Madala Pnaji, journal de «  bord »  tenu quotidiennement dans le temple de Jagannath on peut lire que Kavi Narasimbh Deva  (1278- 1309) a introduit ces poèmes pour la première fois dans le temple. A partir de là, il semble qu’il y ait eu une salle spéciale pour les devadasis et leur danse en l’honneur de Jagannath. C’est ce que l’on appelle les Nata Mandir  - ( danse/ temple = salle réservée exclusivement à la danse dans les temples)

Au 15ème siècle, on lit que le roi Prataparudradeva rend obligatoire de la chanter et de la danser quotidiennement dans le temple.  On peut voir une inscription près de la porte d’un des chemins qui mènent au lieu de danse décrire cette obligation.

Ce sont les  devadasis qui s’acquittaient de cette obligation et il y avait même un rituel dansé la nuit pour conduire le dieu au lit.

Bien qu’on trouve de nombreux commentaires de la Gita dans toute l’Inde, c’est en Orissa qu’on trouve le plus de manuscrits en feuilles de palmier de ce poème qui s’est ensuite largement répandu à travers toute l’Inde puis fut même traduit en de nombreuses langues.

Goethe, par exemple, a lu en allemand une traduction effectuée par Van Dalberg, d’après une traduction du sanskrit en anglais par William Johnes en 1792. Il tenait ce texte pour l’un des joyaux de la poésie universelle.

De nombreuses autres traductions suivront ensuite. Ce poème qui est comme un petit drame occupe aujourd’hui encore une place spéciale dans les temples d’Orissa et ses vers sont vénérés et chantés dans tout le pays. Il a énormément influencé la littérature sanskrite ainsi que la musique, la danse, le drame, la peinture, la sculpture,  la littérature, avec la notion de Bhakti et de dévotion comme thème central

Chaque jour, on le chante dans le temple de Jagannath.

Certains disent que Odissi et Gita Govinda sont synonymes l’un de l’autre

 


Construction et Codes

 


La Gita Govinda est organisée en douze chapitres.Chaque chapitre est encore sous-divisé en vingt-quatre divisions appelées Prabandha.Les prabandha contiennent des  couplets regroupés en huit, appelés asthapadi.  Le texte décrit aussi en détail les huit états émotionnels de l'héroïne, l' Ashta Nayika, qui a été une source d'inspiration pour de nombreuses compositions et œuvres chorégraphiques .  

 

L’ashta Nayika

 


On en trouve le détaille, dans le Natya shastra, traité de danse et d’arts théâtraux.

Il détaille les huit émotions ou humeur que peut ressentir l’amante dans différentes situations. Comme toujours en Inde, la classification est précise et détaillée

 


 

 

Vasakasajja Nayika

वासकसज्जानायिका

L’amante attend ardemment son amant dont elle a été séparée et le désir charnel est à son paroxysme

 

Virahotkanthita Nayika

विरहोत्कंठिता नायिका

L’amante attend son amant, retenu malgré lui par un imprévu ; la séparation la ronge

 

Svadhinabhartruka Nayika

स्वाधीनभर्तृका नायिका

L’amante fait de son amant ce qu’elle veut, comme de lui demander de lui refaire son maquillage, après de fols ébats qui ont mis celui-ci à mal

 

Kalahantarita Nayika

कलहांतरिता नायिका

Une querelle sépare les amants ; et l’amante, excédée par l’attitude égoïste de son amant, ronge son front toute seule chez elle  ou refuse ses avances

 

Khandita Nayika

खंडिता नायिका

L’amante est en colère contre son amant, qui au lieu de venir le soir chez elle, a passé la nuit avec une autre, et se présente le matin, les marques de la nuit d’amour sur son corps. Elle est offensée

  

Vipralabdha Nayika

विप्रलब्धा नायिका

L’amante est trompée par son amant qui a passé la nuit avec une autre ; elle jette ses bijoux à terre.

 

Proshitabhartruka Nayika

प्रोषितभर्तृका नायिका

L’amant attendu ne revient pas à la date fixée, il a disparu, l’amante est comme en deuil

 

Abhisarika Nayika

अभिसारिका नायिका

L’amante est prête à braver tous les dangers pour rencontrer son amant ( tempête, serpent, danger de la forêt) et elle se hâte vers son lieu de rendez-vous



 

 

 

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Autres écrits

 


Curieusement, peu d’autres poèmes ont été retrouvés. Jayadeva serait-il mort jeune ? On l’ignore. On n’a que le Dahasvatara qui décrivent les dix incarnations de Vishnou dans une autre composition, Dasakritikrite et qui les a rendus très célèbres en Inde.

 


Les traductions, quelques pistes


Voici un extrait de ce poème dans la traduction en prose de Lamairesse

 

Citation :

« Voici maintenant que la nuit revêt d’atours faits pour l’amoureux mystère les nombreuses jouvencelles qui se hâtent vers le rendez-vous ; elle met du noir à leurs beaux yeux ; elle fixe les feuilles du noir tamâla derrière leurs oreilles ; elle entremêle à l’ébène de leurs cheveux l’azur foncé du lys d’eau et saupoudre de musc leurs seins palpitants. Le ciel de la nuit, noir comme la pierre de touche, éprouve maintenant l’or de leur amour et est sillonné de lignes lumineuses par les éclairs de leur beauté qui surpassent ceux de la beauté des Cachemiriennes les plus éblouissantes. »
— Passage dans la traduction de Lamairesse


Même s’il est en prose, ce texte rend d’une façon puissante, toute la sensualité qui anime les vers de Jayadeva, bien mieux que la traduction de Jean Varenne, qui se veut plus près du texte,  et qui dit «  j’ai pris le parti périlleux de donner à ma traduction une facture poétique ( en vers régulier) scandés de façon classique) car j’ai pensé qu’il fallait tenter de faire partager au lecteur français quelque chose de l’émotion artistique ressentie par l’Indien lorsqu’il lit ce texte qui est, insistons-y, avant tout poétique ».

Vous trouverez la traduction de Jean Varenne aux éditions du Rocher et celle de Eugene Lamairesse grâce à ce lien :  http://www.notesdumontroyal.com/mot-clef/pierre-eugene-lamairesse

 

 

Notes supplémentaires

 


Krishna est l’un des avatars de Vishnou. Il vit tout le temps qu’il est sur Terre, une vie d’humain, mais avec le pouvoir d’un dieu. Il meurt.

Jagganath est un des avatars de Krishna – voir l’article ci-joint pour mieux comprendre son sens.

Le nord-est de l’Inde a toujours de par sa philosophie ancienne, considéré le corps humain comme un temple, et comme un microcosme en miniature

La philosophie tantrique insiste sur le fait que chaque homme est une partie de Dieu incarné dans un corps humain. Que Maya lui trouble la vue. Et que ce corps même qui le trompe sur la réalité lui permettra aussi de revenir à sa source première : son état divin.

   

 

Article réalisé principalement avec :


L'introduction à la gita govinda de Jean Varenne, éditions du Rocher

Le livre de Ranjana Gauhar, Odissi, the dance Divine

 

 

A lire aussi :

 

Quelques points de repère sur la musique Odissi

Jagannath et Puri et l'Odissi

Histoire de la danse odissi, chapitre 2

Histoire de la danse odissi, chapitre 1

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 15:31

2fd553846987be782347c52d80c986d3.jpgLa musique classique de l’Orissa qui accompagne  aujourd’hui la danse Odissi a développé un style bien.

En fait, il est difficile de dire que la musique " accompagne" la danse odissi, d'une part parce que danse et musique portent le même nom ce qui n'est pas le cas pour le Baratha Natyam ou le Kathak par exemple, autres danses classiques indiennes qui n'ont pas leur équivalent musical, et d'autre par parce que danse et musique " forment" un tout. Là encore, il n'y a pas d'autre équivalent dans les autres styles du continent indien.


 

Ce style a   intégré au fil du temps des éléments des styles hindoustani (Nord) et Carnatiques (Sud).

Elle n’est cependant pas à la croisée de ces deux styles  bien qu’elle en  intègre des éléments. Elle est essentiellement issue du style Odra-mâgadhî propre à la région de l’Orissa dont  l’origine remonterait au 2e siècle avant notre ère, lorsque sous le règne le roi Khervala du royaume Kalingha sont nées la danse et la musique.

 

 

Ce «  premier » style musical qui fut d’abord selon toute vraisemblance une musique de cour évolua ensuite beaucoup notamment  au 13ème siècle sous l’influence du poète Jayadeva dont les hymnes étaient chantés – d’où la présence de refrain à l’intérieur des poèmes. La musique entra alors dans le temple tout comme la danse. Beaucoup de musiques et d’hymnes en honneur du dieu tutélaire de l’Orissa, Jaganath, furent composés.  Certains prétendent que ce style de musique est plus ancien que les deux autres styles évoqués ci-dessus. Comme beaucoup de choses furent perdues pendant la période de déclin de la danse Odissi, notamment à la fin du 18ème et pendant tout le 19ème siècle, il est difficile de faire la part des choses.  

 

Le rôle de Jayadeva


Jayadeva, auteur la Gita Govinda, aurait donc énormément influencé la musique Odissi, qui s’appuie elle aussi sur des ragas  - comme la musique du sud ou du nord de l’Inde. Ce poète a pris le soin d’indiquer dans quels ragas classiques en vigueur à ce moment-là ses poèmes  devaient être chantés.  Il n’est bien sûr pas le seul, les autres poètes faisaient de même. Il était très important à son époque que ce soit le poème qui soit mis en valeur avant toute chose, d’où une façon d’élaborer le raga très spécifique au style Odissi. Celui-ci fera la part belle au texte et non pas à l’improvisation pure comme c’est le cas dans la musique hindoustani ou la virtuosité des musiciens et le dialogue entre la percussion et le soliste amènent parfois à  un climax. Dans la musique de style odissi, c’est le travail de variation et d’ornementation des notes du raga choisi combiné au tala et au texte qui amèneront ce point culminant avant la conclusion de la pièce, souvent sur un rythme plus rapide.

Beaucoup s’accordent aussi à dire que comme il y avait dans  royaume Kalinga qui comprenait l’actuel Orissa krsna-with-cow-and-flute.jpg de très nombreux chanteurs venus de l'Inde du Sud, il y a forcément eu aussi des influences conscientes ou pas de la musique carnatique sur le style Odissi. D’après ces spécialistes, c’est d’ailleurs la musique carnatique qui aurait fait  généraliser l’utilisation  des Ashtapadis qui sont des regroupements de huit couplets de trois vers de 10 pieds,  comme dans les hymnes de  Jayadeva. C’est l’héritage le plus direct de la musique carnatique.  

(Pour mémoire, l’ancienne poésie médiévale en France était chantée elle aussi, d'où les noms de «  rondeau,ballade,virelai » qui le rappellent sans que plus grand monde chez les médiévistes de la Sorbonne ou d’ailleurs ne s’en préoccupent !)

Les poèmes sont  calqués sur une façon d’accorder aux mots la hauteur, le rythme et la métrique des textes.  

 


Plus tard, sous le règne d’Akbar au 16ème siècle, le chanteur Krushnadas Badajena Mohapatra originaire de l’Oriya, maître absolu de la musique hindoustani, aurait lui aussi influencé volontairement ou pas le style de cour de la musique Odissi ; aujourd’hui, on reconnaît d’ailleurs qu’il y a  certaine similitude entre le style Odissi classique et le style carnatique, plus vocal qu’instrumental ; la  musique hindoustane, qui est plutôt instrumentale, a elle-même  été influencée par les musiques perses ou turques, du temps du sultanat de Delhi dès le 13ème siècle.

Comme pour toute la musique classique indienne, la musique de style Odissi s’appuie sur des ragas.

 

 

Ragas et Talas


Les ragas sont des combinaisons de notes disposées dans un certain ordre et qui doivent être jouées d’une certaine  façon pour correspondre à un rasa précis. Un rasa est un état, une émotion, une saveur. Les ragas correspondent à des moments de la journée, des saisons, des heures… ils doivent être choisis en conséquence.  On traduit souvent raga par «  mode » mais ce mot occidental n’en donne pas toute la mesure, il est trop étroit pour eux.

Les notes utilisées dans la musique indienne sont plus nombreuses que les 12 sons contenus dans la gamme occidentale. Bien que portant le même nom, elles n’auront pas la même fréquence suivant le raga retenu. Un raga s’élabore en général une combinaison de cinq ou six notes qui composent une sorte de petit prototype de mélodie sur lequel le musicien – donc le chanteur puisque la musique Odissi s’appuie essentiellement sur des poèmes – va s’appuyer pour développer son chant. Il doit savoir l'improviser en respectant le cadre strict, le faire évoluer jusqu'à un climax, l'ornementer.

 

Comme pour les autres ragas, le style Odissi commence par un  court  prélude appelé Alap qui va faire entendre la note de base du raga choisi et dans un temps assez rapide    les autres notes du raga choisi.  La tampura continuera à égrener les notes pivots du raga  ce qui permetta ensuite au musicien de s'évader pour improviser tout en restant dans le cadre.

Ce prélude qui dure en général une ou deux minutes pas plus,  est ensuite suivi par la chanson principale  pendant laquelle va se développer peu à peu le raga sur des règles extrêmement précises autour du rythme, de la métrique, des différentes notes de base, et des écarts permis entre ses notes suivant le raga choisi.


Les compositions se développent sur  des talas, qui sont des cycles rythmiques. On note  aussi l’utilisation de bols dans les compositions des musiques de style Odissi. Les bols sont des syllabes qui permettent au percussionniste d’apprendre les différents talas en les mémorisant, chaque syllabe correspondant à un type de frappe et/ou un son. Ils sont aussi inclus à la composition dans des sections purement rythmiques par le percussionniste et le chanteur, les deux ne faisant pas forcément la même chose; il peut s'en suivre un contrepoint rythmique d'une grande richesse et d'une grande beauté.

53a67b52da2d746f8a3ba5ade066282c.jpgL'instrument de percussion  qui soutient la musique est le  Mardal  qui est similaire au pakhawaj, lui-même une variante du Mirdang.  Il y a toujours aussi un instrument qui donne la note sur laquelle s’appuie le raga, sorte de son «  primordial » d’où s’écoule tout le reste ; et une seconde note qui dépend du raga choisi. Cet instrument est souvent la tampura. A ces deux instruments incontournables  s’ajoutent  le chanteur, et aussi la  flûte, et/ou un violon, un sîtar  - ou une veena même si aujourd'hui, on la rencontre moins souvent qu'avant -  ou un harmonium et une paire de petites cymbales appelées Gini qui correspondent à la frappe des pieds.


Comme dans toutes cultures, à côté des musiques classiques se trouvent les musiques fokloriques, religieuses, qu’on trouve bien sur aussi dans cette région. Mais il ne s'agit alors plus du style Odissi classique.

 

D'autres articles viendront compléter celui là  qui n'est pour l'instant qu'une ébauche et qui sera peut être remanié au fur et à mesure que mes connaissances se préciseront et s'affineront; mes excuses par avance, pour les imprécisions ou erreurs qui pourraient s'y trouver!

 

 

A venir : un article sur Jayadeva

L'odissi  : son répertoire

Costume et maquillage en Odissi

Les gurus

Les Mahari, danseuses de temple

Les Gotipua

Déclin et résurrection de l'odissi.

 

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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 09:17

 

C'est début janvier que le ballet royal de Suède viendra danser " Juliette et Roméo " - titre inversé par Mats Ek lui-même.

Il a créé ce ballet il y a deux ans sur un montage musicale de pages  de Tchaikowki  ( qui n'a composé qu'une ouverture sur ce thème) - à noter que Berlioz a écrit lui aussi une symphonie absolument sublime et très méconnue! -

 

 

 

Comme toujours avec Mats Ek, la spectatrice que je suis risque d'être " ébouriffée" au passage; les émotions seront sans doute grinçantes, douleur et plaisir portées à leur paroxysme, l'intensité du désir de vivre ou de mourir frisera la folie, le tout coulé dans une chorégraphie où les corps se déployent et se recroquevillent sans cesse, bondissent et rampent.... et inventent un langage qui révèle les profondeurs de la psyché de chaque personnage.

 

Mats Ek, c'est le créateur génial de  Appartement, de Giselle, de Smoke, de la Maison de Bernarda, Une Sorte de, oeuvres fortes qui livrent au delà de l'esthétisme un propos qu'on emporte avec soi et sur lequel on réfléchit longtemps

 

J'y serai le 15 janvier....

 

En attendant, une video de présentation


 

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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 00:00

Casse Noisette – 7 décembre 2014-12-13

 

Clara : Dorothée Gilbert

Drosselmeyer/ Le Prince : Mathieu Ganio

Fritz : Daniel Stokes

Luisa : Caroline Robert

 2014-15-casse-053

 

 

J’avais tout fait pour ne pas revoir cette distribution qui m’avait laissé un goût d’inachevé  et de profonde frustration il y a cinq ans.  En débit d’une technique éblouissante, j’avais trouvé que la Clara de Dorothée Gilbert manquait singulièrement d’enfance, et ne semblait pas très touchée par la grâce de son Prince .

C’est pourtant cette distribution que j’ai revue cette année et qui me restera longtemps en mémoire.  

 

Mathieu Ganio et Dorothée Gilbert ont peaufiné leurs interprétations ; Ganio donne à son Drosselmeyer beaucoup plus de relief qu'il y a cinq ans; dans le premier tableau, dès l’attaque des petits voyous dans la rue, on comprend que c’est un dur à cuir ; puis dans le salon, il se montre drôle, excentrique, généreux, compréhensif mais aussi inquiétant, avec son bandeau sur l’œil et sa démarche claudiquante  - il rappelle un peu le fol-œil d’Harry Potter en plus svelte !  Drosselmeyer devient alors le pivot central autour duquel tout se met en place dans cette grande maison bourgeoise où suinte l’ennui ; il apporte la magie et l’ambigüité, chères aux contes d’Hoffmann dans leur ensemble où le grimaçant côtoie le plaisant. Quand on voit sa tête apparaître dans l'horloge au moment où les rats arrivent dans la maison, on ne sait pas si tout cela ne va pas tourner au cauchemard.

 

casse-noisette-paris-duo.jpgDorothée Gilbert est à nouveau una ballerina absoluta , et, dans le premier acte,  sa Clara est un chef d’œuvre d’enfance, de grâce, de fragilité et de poésie. A tel point que mon fils m'a déclaré en sortant : «  J’ai bien vu, moi, que ce n’était pas la même, elles ne dansaient pas pareil, la première dansait comme une petite fille, la seconde, c'était une autre danseuse, plus âgée!".  Cela tient à si peu de choses : une façon de tenir la tête, de rentrer parfois un peu les épaules, de danser les pas avec une retenue toute juvénile, une ingénuité qui rend les pas plus ronds, comme l'enfance. Quel bonheur de voir cette danseuse talentueuse retrouver le souffle poétique de ses débuts, et son petit quelque chose en plus,  lorsqu’elle était encore première danseuse. Sa   technique  de danse complètement maîtrisée sert  l’interprétation du personnage  et n’est plus une fin en soi. Au fil des tableaux, elle montre d’autres nuances, jusqu’à son fabuleux solo  sur le célesta, à la fin du ballet,  où elle associe  maîtrise parfaite de l’équilibre sur pointe, du tempo, des temps suspendus et de la légèreté absolue.

A ses côtés, le charismatique Mathieu Ganio joue les constrates dans le premier tableau, et apporte ensuite son romantisme et son lyrisme à toute la scène dans le parc enneigé.  

Les pas de deux ont été des moments d’enchantement purs : Dorothée,  aussi légère  qu’un flocon de neige, s’envolait aux côtés de Mathieu.  Lui-même dans les manèges de grands jetés, semblait aussi impalpable qu’un prince entrevu en rêve ; les deux sont unis par un amour aussi pur que la neige qui commence à tomber sur le parc endormi où veillent les anges; c’est dire si la poésie de ce royaume de neige était absolue, soutenue par un orchestre scintillant comme le givre au clair de lune et un corps de ballet techniquement parfait et inspiré. Mathieu Ganio a une générosité en scène inégalée ; avec ses lignes longues, son style plein de noblesse et de grâce mêlées,  il danse sans jamais  dévoiler la complexité des pas, comme si tout cela coulait de source naturellement.   Clara/ Gilbert ciselait tous les petits pas avec une précision d’horloger suisse et une légèreté confondante ; elle a un buste souple, un visage expressif, des bras qui respirent sans cesse, des mains joliments placées et qui restent naturelles, elle danse  "large" mais sobre,  en un mot, elle incarne le mélange parfait de la puissance intériorisée et de la grâce absolue que toute ballerine recherche toute sa vie.

 

Dans le dernier tableau, le bal, Clara et le Prince ont offert un moment de pure magie : équilibre parfait, pied de terre qui ne tremble pas, jambes qui se lèvent en arabesque arrière sans effort  à la même vitesse et à la même hauteur, inclinaison du buste au même degré, et personnages totalement incarnés.  C'est la consécration de l’amour ; après l’argent du pays enneigé et de l’amour pur et naissant, voici l’or d’un amour plus vibrant  qui s’affirme dans toute sa majesté; l’enfant devient jeune fille. Il n'y a plus cette exaltation comme dans le parc, lorsque les amoureux se retrouvent et s'élancent l'un vers l'autre, mais une grâce, une consécration, une reconnaissance mutuelle.

  De tous  les répertoires des grands classiques, les pas de deux de Casse Noisette sont, me semble-t-il, les plus intenses et les plus émouvants.  Leur pureté, leur liberté de ton toute juvénile, leur rire, leur intensité sont soutenues par les plus belles pages orchestrales que Tchaïkovski ait composées, offrant au spectateur des moments suspendus, hors du temps.

Dans son dernier solo, Clara semblait être devenue un  être surnaturel, désincarné. Parée de sa 14956690748_0a8bd7e4fa_b.jpgtiare, et de son tutu à large plateau, elle semblait, en tenant les équilibres au délà du possible, en étirant le tempo vers une suspension du temps, offrir la vision d’un être d’un autre monde. Du grand art…

 

Je rendrai rapidement justice au reste de la distribution harmonieuse, avec l’ébouriffant Fritz de Daniel Stoke, la sémillante Caroline Robert plus à l’aise dans la danse espagnole que dans la danse du soldat turc ( ?) où elle manquait d’angles et de coupant ; Karl Paquette m’a manqué dans la danse arabe – Mickael Lafon -  et Miteki Kudo dans la Pastorale, mais Florimond Lorieux a une batterie fine et précise et de belles lignes ;les trois chinois se sont sortis des acrobaties compliquées avec brio ( Mitilan, Valastro, Couvez)

La Valse des fleurs était réglée comme du papier à musique et du second balcon, c’était impressionnant de voir tous ces cercles s’ouvrir et se fermer comme des corolles végétales.

Les enfants de l'école de danse ont été craquants  à souhait.

2014-15-casse-092-1.jpg

J’aime bien la fin de ce conte, lorsque que Clara sort de sa maison pour dire au revoir à Drosselmeyer qu’elle ne voit pas (un petit garçon lui a crié, « il est là ! » pour qu’elle le voit, c’était adorable !) et elle tend sa main pour sentir la neige et on la sent toute entière frémir d’un quelque chose d’indicible, pendant que lui se pelotonne dans son grand manteau et disparaît dans l’ombre.

 

Bref, merci à tous les artistes de m’avoir rendu intact mon cœur d’enfant pendant deux heures et plus spécialement à Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio que j’ai hâte de revoir sur scène.  

 

 

 

un petit bémol : les décors ont souffert, les anges sont tous noirs, le sapin, tout moche..... il ne grandit plus....

ah, quel dommage, le reste était parfait!

 

 

A lire aussi  sur ce blog

 

Casse noisette : réflexions 1

Casse noisette : réflexions 2

 

 

 

Casse noisette 2009

Casse noisette 2009- 2ème

 

 

Photo  : Lidvac

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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 20:27

J'ai écrit cet article en juin 2014. Laura vient d'être nommée première danseuse ( 6 décembre 2014) et je me réjouis que son talent lui ait enfin permis d'accéder à ce titre; je lui souhaite de tout coeur la carrière qu'elle mérite depuis longtemps.  Atypique, classique et talentueuse... et terriblement musicale.... quelques mots supplémentaires ce soir pour la re-définir... Bravo, Melle Hecquet! Et Merci de transmettre autant de beauté et d'émotion!

 

hecquet1.jpgQuelques mots aujourd’hui sur Laura Hecquet

Juste quelques mots.

Ces   dernières années, cette danseuse magnifique, qui n’a jamais pu éclore comme elle l’aurait dû,  a donné le meilleur d’elle-même. Elle apporte à chaque scène un supplément d’âme, de poésie, de beauté, comme nulle autre pareille. Je l’emporte à chaque fois dans mon cœur, plus que les rôles titres. Par ce modeste article, je rends hommage à sa beauté, son lyrisme, sa personnalité bien affirmée, sa ligne et son placement magnifique et son mystère… elle a un quelque chose à la Greta Garbo, une profondeur indécelable qui donne envie d’en savoir plus, qui donne envie de la voir danser davantage.

Les dernières scènes où elle m’a profondément marquée, bien que je n’aille presque plus voir de danse sont :

Son pas de deux dans Proust ou les Intermittences du cœur ; cela remonte déjà à quelques saisons, mais sa présence sur scène a été l’un des rares moments de ce ballet bavard et parfois de mauvais goût qui me sont restés en mémoire. Ensuite, je citerai la 3ème symphonie de Malher, où elle est toute aussi belle, et habitée par une profondeur insondable, un quelque chose que l’on n’arrive pas à préciser et qui vous hante ensuite, sans douleur, mais d’une façon précise et constante

Sa danseuse des rues de Don Quichotte  d’il y a deux saisons est un vrai bijou  : sans jamais tomber dans la vulgarité, Laura Hecquet arrive à donner à ce personnage un ton familier mais sans lui ôter le moins du monde sa majesté, comme si cette danseuse des rues, populaire, était l’une des icônes de Séville. Elle est d’une beauté à couper le souffle, et montre l’autorité naturelle d’une danseuse habituée à se frotter à tout public ainsi qu’une féminité puissante mais terriblement séduisante…

Récemment, le pas de deux du Palais de Cristal de Balanchine  est l’un des plus beaux moments de danse qu’il m’ait été donné de voir ces dernières saisons : parée d’un tutu bleu haute couture, signé Christian Lacroix, Laura Hecquet danse au son d’un haubtois  mélancolique avec une intériorité, une poésie, une profondeur qui mettent en valeur sa technique aux lignes pures, la gravité de son visage,   sa grâce naturelle, son élégance racée, et ce quelque chose qui n’appartient qu’à elle : elle est comme un point d’interrogation qui pousse à questionner sa danse, son tempérament, sa musicalité, sa compréhension fine des rôles.

Tout dans ce pas de deux était fondu mais précis, doux mais intense, poétique sans miévrerie, lyrique sans grandiloquence… et, je me répète, d’une musicalité parfaite.

Un moment de danse hors du temps, plein de subtilité, d’émotion, de beauté…

 

Cette danseuse, seulement sujet à l’opéra quand d’autres sont étoiles,  est actuellement l’une des plus belles artistes de cette maison ; un vrai bijou…

 

Les photos suivront !

 

 

A lire le compte rendu de son Aurore sur le blog des balletonautes :  http://lesballetonautes.com/2013/12/08/le-reveil-de-la-belle-endormie/

 

 

Elle est entrée dans le corps de ballet la même année que Mathilde Froustey, c'est à dire en 2002 - il y a un documentaire qui les montre toutes les deux réussissant leur entrée dans le corps de ballet, du temps où c'était encore Bessy qui dirigeait l'école, -  et a tenu des rôles titres comme celui de Aurore - la Belle au bois dormant, Nikya - La Bayadrère  - ou encore  Esméralda de Notre Dame de Paris  (j'espère qu'elle le redansera cette année)

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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 12:34

nicolas le riche la mort jumpLa soirée de Nicolas Le Riche du 9 juillet 2014

 

Nicolas a longuement pensé à cette soirée qui vient marquer d’un point final une longue carrière à l’opéra de Paris. Une bonne fée ayant croisé ma route, j’ai pu y assister contre toute attente dans  d’excellentes conditions visuelles. C’était plus qu’une soirée d’adieu, c’était une offrande, un partage.

 

 

Sur scène, le rideau se lève et Mathieu Cheddid est là, tout fragile, avec ses amplis et sa guitare, silhouette perdue sur la grande scène de Garnier. Il chante une  ballade toute simple  accompagnée d’un seul arpège, sur laquelle Nicolas improvise avec simplicité. C’est sobre, touchant.  Le ton est donné ;  Nicolas nous le dit tout bas : j’aime la simplicité, l’authenticité, le partage. C’est ce que je veux partager avec vous ce soir.

 

Toute sa carrière va se dérouler devant nous à travers l’école de danse,  les solistes et  le corps de ballet.

 

Voilà précisément que quelques élèves de l’école de danse  nous offrent   un court passage des Forains de Petit… ils  plantent le décor, évoquant ainsi en quelques instants la fragilité et le nomadisme de ce métier auquel Nicolas a consacré toute sa vie : «  un jour ici, un jour ailleurs, un jour en forme, l’autre pas »…  Et par-dessus tout cela, le désir absolu, évident,  de partager avec un public.  Puis Nicolas-le-Forain annonce le jeune Francesco dans le   Tambour, premier personnage qu’il a incarné sur scène.

Quelle manière élégante de montrer que lorsqu’un danseur étoile termine sa carrière, une nouvelle génération se prépare à son tour…. Quelle jolie façon de présenter un souvenir qui lui tient à cœur à travers le corps d’un jeune garçon qui apprend le métier !

Dans la touchante  évocation de ses premiers pas se lit  un message simple: « Nous, les artistes, ne sommes là que de passage, pour le partage. »

 

Puis voilà que s’installe devant le décor des forains planté par les enfants, une troupe magnifique parée  des somptueux costumes de Raymonda. En quelques minutes, Nicolas évoque maintenant l’ouragan Noureev. Pourquoi Raymonda ? Pas pour nous dire qu’il a excellé dans le rôle d’Abderam, non, Nicolas est trop modeste pour cela, mais pour exprimer toute sa reconnaissance à cet homme qui a offert à l’opéra de Paris en premier cadeau ce ballet splendide et à son image : oriental, excentrique, démesuré, flamboyant. Le passage choisi présente différents styles de danse, si chers à Rudik. Au passage, on remarque plein de danseurs qu’on aime et l’extrait présenté donne envie de revoir tout le ballet.

 

Puis le Faune vient clore cette première partie. Et l’on est complètement envoûté par la fusion des arts. Musique, décor, mouvement, tout ne fait qu’un. Les yeux d’Eve Grinsztajn brillent comme deux gemmes, Bélingard ne fait qu’un avec le décor peint ; une beauté lointaine comme venu d’un ailleurs indicible se dépose sur Garnier. Là encore, Nicolas ne s’auto-congratule pas mais célèbre Nijinsky, qui a passé sur la danse comme un immense poète, car seuls  les poètes  en  recréant le monde nous donnent les clés pour en comprendre le sens et la profondeur.

 

adieux-nicolas-2.JPG

Après l’entracte, vint le Jeune Homme et la Mort qui avait la froide beauté sensuelle de Eleonora Abbagnato. Nicolas l’a dansé de toutes les fibres de son âme, de son cœur. Là encore,  cette œuvre magistrale  où    danse,   décor,   musique s’unissent si intimement qu’ils n’en font qu’un est  résolument intemporelle.  Et l’on regrette en regardant Nicolas danser que la retraite soit maintenant à 42 ans pour les hommes au lieu des 45 il y a quelques années, tant il excelle encore dans ce type de rôle. Il avait un quelque chose de Babilée, ce soir là, dans la fulgurance de sa batterie, l’élévation de ses sauts, la précision et la fureur de ses pirouettes.   Nicolas a rendu hommage  à ce danseur, à qui l’œuvre avait été «  offerte ». Avec le temps qui passe, la danse se transmet d’un corps à un autre, d’une génération à une autre, sans rompre le fil si fragile de cet art de l’éphémère.

 

Après l’entracte, le rideau se leva sur un des plus beaux passages d’Appartement. C’est celui de la Porte. Déjà vu avec Céline Talon, inoubliable de fragilité et avec Renavand, poignante dans sa douleur aux côté de Nicolas les années précédentes.

Avec Guillem, c’était encore autre chose, car quoiqu’elle danse, elle apporte toujours avec elle  de l’imprévu. Il était stupéfiant de les voir danser tous deux, comme deux jumeaux, tellement reliés l’un à l’autre qu’on aurait dit un miroir parfait. Mille nuances ont été ajoutés par la présence de Guillem qui ne vieillit pas ; je me suis même dit qu’elle dansait encore mieux qu’avant. Il y avait une fraîcheur, une jeunesse, une espièglerie dans certains passages auxquels je ne m’attendais pas mais qui sonnaient si juste ; avec elle, ce pas de deux n’était pas douleurs, souffrances, amour déchirant, mais tout ce qui peut naître dans une rencontre amoureuse, les peines, mais aussi les joies, les rires, la fantaisie… Quelle magicienne, cette Guillem !   

 

Puis vint l’un des plus beaux passages de Caligula, celui où le tyran est avec son cheval  et laisse son folie, un court instant, pour un moment de poésie.   L’Incitatus d’ Audric Bezard  a exécuté des pas de hautes écoles avec confiance car guidé par  Caligula-Mathieu Ganio, l’un des créateurs du rôle, qui tenait la longe, et qui, tout en guidant le cheval, irradiait toute sa lumière sur scène. 

 

Puis l’on vit les techniciens installer la grande table rouge de  Boléro.

 

Attaqué bien trop vite par Kevin Rhodes, ce qui valut bien des couacs à l’orchestre, je tremblais que Nicolas n’arrive pas à «  tenir » la pulsation, car comment placer sauts et grands battements sur un tempo pareil ?

Et bien, ce fut une perfection ! Tous les garçons du corps de ballet étaient splendides,  Karl Paquette et Joshua Hoffalt avaient repris leur place d’autrefois dans le corps de ballet et donnaient le ton : c’était si beau, si intense, si vibrant, si viril et féminin à la fois,  si violent et sensuel,  si parfaitement dansé, que Maurice Béjart s’est glissé en coulisse et a jeté un coup d’œil avant de repartir pour son ailleurs.

 

Il est aujourd’hui impossible de croire que Nicolas s’arrêtera de danser… tout comme Guillem, ces artistes ont encore tellement de choses à partager avec un public qui les aime de tout leur cœur !

 


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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 10:02

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Notre Dame de Paris de Roland Petit…. C’est déjà un souvenir dans mon vieux livre sur la danse des années 70 : Claire Motte et Cyril Atanassof. Ce que j’ai pu rêver sur ces photos aux costumes étonnants !   Le ballet, créé sur mesure pour les deux artistes, était une commande pour l’opéra de Paris qui ouvrait déjà à l’époque ses portes à la modernité – et bien avant  Dame Lefèvre ! – via  Michel Descombey, Roland Petit, Maurice Béjart    

  

Découverte sur scène  beaucoup plus tard, cette oeuvre ne m'a pas plus. La  musique  lourde, sans subtilité aucune, les costumes  plutôt hideux,  la chorégraphie, terriblement répétitive et bavarde en donnent un récit  assez peu attrayant, sans relief, et même assez insupportable par moment. Certes, quelques passages scintillent, telles des pierres précieuses jetées au milieu de gravats, comme le 1er solo de Quasimodo, tout en sensibilité, ou celui d’Esmeralda, à la fois mutin, féminin et si libre !  Ce solo fait partie de mes préférés avec celui de l'Etrangère de Clavigo, tout répertoire confondu. J'ai du le regarder un milliard de fois dans la version DVD avec Isabelle Guérin. De même,  tout le début du second acte est poétique et intense.   Lorsque les solistes sont sur scène, sans un corps de ballet qui ne sert pas à grand-chose, si ce n’est à rendre le tout confus, brouillon et même naïf, on parvient à entrer dans l'histoire. On est même captivé. Il suffit de se rappeler  Hilaire, Legris, Leriche et Guérin pour sentir l'intensité qui palpite dans l'oeuvre pendant certains passages.   Lesquels, fichés dans nos mémoires comme  la voie lactée vue un soir d’été, nous donnent  l’espoir que peut être, le reste qui laisse un si désagréable souvenir,  saura à présent nous plaire, peut être même nous charmer.

Après tout, on le sait : chez Roland Petit,  le plus sublime côtoie le plus improbable !

 

J’avais pris des places pour voir Nicolas Leriche dont ce sont ces dernières apparitions sur scène. Je l’ai presque regretté. Non pas à cause de Nicolas, absolument parfait dans ce rôle déchirant où, au premier acte, il y a si peu à danser – mais alors, quelle danse !

Mais parce qu’il a fallu supporter le bavardage outrancier du corps de ballet, grimé comme le feraient les  pensionnaires d’ une maison de retraite qui ont mis la main sur de vieux costumes des années 70 et s’en accoutrent pour rire  un soir d’Halloween,  la partition qui a du mal à sortir d’un fatras de percussions qui aimeraient trouvé la liberté d’un Stravinsky ou d’un Bartók mais restent au niveau  d’un orchestre de bal, la scénographie si lourde que les techniciens eux-mêmes n’ont pris aucun gant pour pousser les grands panneaux dans lesquels les danseurs veillent à ne pas se tordre une cheville, la potence, ou le décor de Notre Dame.

 

J’imagine sans peine, qu’en 1965, cette œuvre a dû paraître innovante et susciter l’intérêt, mais aujourd’hui, elle fait figure de vieillerie démodée et pire, elle fait rire.

Comment ne pas pouffer devant certains tableaux, le comble du ridicule revenant à Phoebus en perruque blonde «  frisé à la hérisson » et à ses gardes dont les attributs masculins et les pectoraux moulés outrageusement par les  bandes collantes de leurs costumes les font ressembler à des super héros de parades gays. On n’est pas loin des Village people  et pour un peu,   on se lèverait pour entonner avec conviction par-dessus l’orchestre «  macho, macho man !! »

Mais là, sur scène, on ne rigole pas, même si, à la cour  des miracles,  les danseurs rappellent cette fois-ci   les champignons  et les courgettes de la forêt du téléfilm italien    « Fantagharo » .

 

Alors 1h30 d’un tel spectacle, c’est bien long !

Et pourtant, Eleonora Abbagnato, gitane mutine, fraîche, vive, pleine de compassion pour Quasimodo, de sensualité avec Phoebus ou de force face à Frollo et Nicolas Leriche, pauvre hère déchirant de soumission, de solitude,  et de sensibilité,  apportaient à eux seuls la grâce qui sauvent une œuvre.

 

 

A leur côté, le Frollo de Joshua Hoffalt s’est réveillé véritablement au second acte, trouvant enfin au fond de lui la noirceur et l’ambiguité de ce personnage ambivalent.

 

Le quatuor n’était donc pas particulièrement équilibré ce soir de première – et je ne dirai pas un mot sur Florent Magnenet que je pensais trouver superbe en Phoebus mais qui m’a malheureusement fait penser à  Assurancetourix tout du long, comment alors trouver de l’émotion au pas de trois dans ces conditions ?   

On ne peut que saluer l’engagement de tous les artistes dans une œuvre démodée qu’il faudrait retirer définitivement du répertoire.  Ils nous ont rappelé à quel point le ballet de l’opéra de Paris est toujours une grande compagnie ! 

 

 

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Sur la photo, Nicolas serre les lèvres, pour contenir l'émotion que suscita l' immense montée d'amour de son public

elle se souleva comme une vague immense dans tout l'opéra Bastille!

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