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Shabastet

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Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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11 avril 2015 6 11 /04 /avril /2015 09:15
Hannah O' Neill - Yannick Bittencourt : Lac des cygnes de Noureev - 2015

Je n’ai malheureusement pas pu découvrir pour cette série Laura Hecquet et Audric Bezard mais j’ai pu à la dernière minute obtenir une place qui m’a permis de voir deux sujets, Hannah O’ Neill, que je ne connaissais pas du tout et Yannick Bittencourt.

Si les deux sujets ont largement dépassé mes attentes, pour le reste de la soirée, j’ai eu l’impression d’un fabuleux gâchis pour différentes raisons que voici :

1) tempi trop rapides; le corps de ballet court SANS ARRÊT après la musique; tout semble soit survitaminé, soit bâclé, personne n'a le temps de s'installer dans la danse. Il y a une telle effervescence sur le plateau et dans la fosse d’orchestre que le spectateur a l’impression d’assister à l’entrainement du marathon de Paris de ce week-end : épuisant

2) Les costumes, refaits, sont vraiment affreux.... ils n'étaient déjà pas merveilleux à la création, mais là toute l’harmonie des tons pastels est effacée au profit de chocs de couleurs plus criardes ; là où des parmes côtoyaient des safrans, des violets francs se heurtent à des orangés de mauvais goût

3) Les quatre petits cygnes de ce soir n’allaient vraiment pas ensemble ; on aurait dit les Daltons, rangés par ordre décroissant, et leur technique donnait l’impression qu’ils peinaient douloureusement dans chaque pas : un groupe de gnomes en goguette partis cueillir des champignons.

4) Horrible trio au premier acte – je ne mets pas les noms parce que ma volonté n’est pas d’être blessante mais de livrer tel quel mon ressenti : l'une des danseuses ne sait pas tenir ses bras, ils volent dans tous les sens, l'autre ne sait pas tenir sa tête : ses mouvements de cou manquent cruellement d'élégance, on dirait un gallinacé qui se réjouit par avance du festin de limaces qu’il va faire.
Alors, oui, la première a du ballon et le montre : elle saute comme une chèvre, mais tout cela n’est pas très gracieux…. J’ai revu ce trio dansé en 1997 par Bart, Letestu et Averty sur youtube, c’est quand même d’un autre niveau….

5) Paquette a revu sa conception de Rothbart, il en fait une caricature : il n’est plus un précepteur machiavélique qui manie le chaud et le froid mais un personnage violent, cruel, brutal avec le jeune prince. Cela manque de finesse ; il fait claquer sa cape sans arrêt, il est frénétique, et son interprétation est toute d’une pièce.

Voulait-il soutenir par une présence forte les deux jeunes sujets ?

Pense-t-il qu’au final Wolfgang est un monstre castrateur ?

Je ne sais pas, mais son double Wolfgang/ Rothbart de 2006 m’avait laissé un souvenir extraordinaire. Là, j’avais presque envie de rire quand, en Rothbart, il ressemble à un petit dragon monté sur ressort sorti tout droit d’un manga prêt à lancer des flammes ! Et pourtant, j’adore ce danseur depuis toujours et j’ai encore son merveilleux Chant de la Terre d’il y a quelques semaines en mémoire.

Certains duos avec le prince sont cependant très beaux et même émouvants, et celui qu’il forme au deuxième acte avec le cygne noir est splendide.

En revanche, le trio final retrouve une frénésie qui ne permet pas à l’émotion d’éclore.

6) A vouloir les rendre parfaits, comme une silhouette unique qui se démultiplierait à l’infini prisonnière d’un jeu de miroir, les 32 cygnes ont perdu leur âme : on dirait l’armée des clones de Georges Lukas…. Alors c’est vrai, pas un bras ne dépasse, pas une jambe n’est plus haute qu’une autre, tous les dos sont à la même hauteur lorsque les cygnes pleurent, mais quelle froideur ! Quelle sécheresse ! On dirait qu’on a vidé de toute émotion, de toute tendresse les ballerines qui ne semblent obnubiler que par une chose : être ensemble. C’est visuellement stupéfiant de perfection mais sur le plan de l’âme glaçant ; on ressent la peine, le mal que se donne le corps de ballet qui ne prend – en tout cas ce soir là – aucun plaisir à la danse.


7) Kevin Rhodes, le chef d’orchestre, avait du se faire ce soir-là une injection de Valéry Gergiev pour interpréter Tchaikovsky comme ça : allez hop, on court, on court, on fait brailler les cuivres, les timbales, les cymbales, vive la fête de la bière à Munich!!!!
C’est un chef que d’ordinaire j’aime bien et je l’ai connu plus subtil.

Hannah O' Neill - Yannick Bittencourt : Lac des cygnes de Noureev - 2015

Alors, me direz- vous, vous avez dû trouver les sujets pas à la hauteur de vos attentes ?

Et bien c’est là que tout bascule : j’ai été sous le charme.

Je mentirai en disant que j’ai assisté à une prise de rôle spectaculaire ; mais ceci étant, il y a eu une magie, une osmose, et certains moments de danse – soit en soliste soit en duo ou trio – poétisaient délicieusement tout ce fatras.

La variation lente du prince au premier acte n’exprime pas mélancolie d’un jeune homme neurasthénique, mais la rêverie d'un adolescent plein de poésie qui aspire à découvrir la vie. Elle n’a pas encore le moelleux et la douloureuse intensité que Leriche lui donnait mais les lignes sont belles et le personnage se dessine rapidement et gagne notre sympathie. Yannick Bittencourt est longiligne, a un dos d’une très grande souplesse, des mouvements amples, il a du ballon, sa technique est solide il possède un vrai sens artistique. Suffisamment pour camper un personnage qui répond à sa conception du prince. Il lui manque encore un peu de profondeur dans les pliés, de respiration dans les mouvements qui vont venir au fur et à mesure
Il forme avec Hannah O Neill un couple où pour une fois, c’est la femme qui mène la danse : la princesse rassure et donne sa force au jeune Siegfried qui ne l’a pas effrayé longtemps avec son arbalète : car Odette faite cygne constate rapidement que ce prince n'a pas l'air bien solide ; elle s'en remet à lui, parce qu’il est beau, doux, mais elle ne pourra compter que sur son amour, par sur sa force pour échapper à Rothbart.

Hannah O Neil, est une femme avant d’être un cygne. En scène, dans le premier acte, elle est majestueuse ce qui pourrait sembler un contresens par rapport au rôle, mais son charisme est tel qu’on adhère à sa conception du personnage. Pas de souffrance excessive dans ses variations; c’est une « femme » forte qui a perdu sa liberté et qui, victime d’un sortilège, ne s’en sert pas faire larmoyer le prince ni pour s’en faire aimer. Elle a dû caractère, de la réflexion, de l’intelligence ; elle est très terrestre, ce qui ne retire rien à la beauté de sa danse. Ses bras sont beaux parce que son buste, ses épaules et son cou sont déliés et maîtrisés : tout le haut du corps respire.


Au second acte, elle campe une Odile délicieuse de spontanéité : création de Rothbart, elle fait à la lettre ce qu’il lui commande en s’amusant beaucoup, - et nous avec - pas par méchanceté mais parce que le prince est si facile à manipuler ! Elle n’est ni séductrice, ni vénéneuse, ni aguicheuse. Elle pourrait jouer sur sa beauté, elle préfère jouer sur un côté espiègle et malicieux. C’était sans doute le meilleur moment de la soirée. Hannah cisèle ses pas au millimètre près sans perdre un cheveu de sa beauté, de sa musicalité. Elle est vive, joyeuse, et berne le Prince comme un bateleur abuse les badauds avec ses tours de passe passe.
Le Prince lui, n'est plus qu'un pauvre enfant trompé, mais sa pureté et sa candeur sont telles chez lui qu’on ne prend en pitié.

Les fouettés du cygne noir étaient honnêtes sans être incisifs mais on devine qu’ils peuvent devenir éclatants car la technique est bien là et solide.

Les regards qu'elle échange avec Rothbart me resteront longtemps en mémoire.

Pour le dernier acte, les tempi sont enfin raisonnables et on se détend enfin.
Le duo entre le prince et la princesse cygne est poignant de douleur et de sobriété en même temps. La princesse cygne n'est pas désespérée, elle rassure le prince, elle semble chercher une solution; c'est une femme qui a du cran, du caractère et de l'intelligence.
Elle ne compte pas sur le prince, mais sur ses propres forces; l'amour est là, qui lui donne cette énergie.


Les deux jeunes sujets ne sont pas tombés dans les pièges de surjouer leurs personnages ou de choisir une danse " tape à l'oeil" ; ils ont avant tout incarné deux personnages s'appuyant sur leur technique pour les modeler comme ils le souhaitaient. Deux jeunes talents à suivre et on ne peut que féliciter Millepied du choix de ces artistes...

Deux belles prises de rôle, pleine de fraicheur et de jeunesse.

cela rappelle un peu Noureev qui se moquait éperdument de la hiérarchie : on était bon, on allait en scène, et du coup, tout le monde se sentait stimulé.

Si ce jeune directeur peut apporter cet air frais avec lui.... !

photographies : Ann Ray/ A Koizumu- ONP

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9 avril 2015 4 09 /04 /avril /2015 19:50
Festival danses indiennes- mouvements émouvants- stage odissi Kathak
~~Festival mouvements émouvants – Danses Indiennes – Mars 2015

Je n’ai malheureusement pas pu assister à la conférence de Tiziana Leuci - mais je mets un lien vers une video d’une de ses conférences au musée du quai Branly - ni au spectacle de ce festival qui rassemblait cinq des 8 styles classiques indiens ; mais j’ai pu faire deux stages, l’un de kathak et l’autre d’odissi que je commente ici.

Stage de Kathak donné par Kali.

Kali à la stature imposante et charismatique qui évoque tout de suite les maîtres de kathak que j’ai vus en video, comme Pratap Pawar, maître d’Akram Khan, a commencé par un échauffement doux, avant de proposer quelques mouvements séparés que les stagiaires ont ensuite appris un par un avant de les enchaîner : tout de suite, l’impression de danser était là ! Puis il a affiné le travail avec des mudras (gestes des mains), une frappe de pied simple, et l’apprentissage des tours, l’une des figures les plus spectaculaires de ce style : les stagiaires les ont ensuite effectués en diagonale pour leur donner plus d’ampleur. Enfin, il a initié les stagiaires à la narration, en leur demandant de mimer un orage, une fleur, la pluie, un éclair, un aimé que l’on voit de loin et qui ne nous remarque pas. En peu de temps, il a montré l’éventail de cette danse de cour très rythmée, virtuose par certaines de ses figures, en mettant les participants parfaitement à l’aise. Encourageant, d’une très grande gentillesse, il a permis à chacun de trouver du plaisir à la danse en peu de temps, et surtout d’ouvrir à l’intérieur de soi tout un monde de poésie et d’émotion. Cette immersion dans le kathak s’est achevé en apprenant cette façon spéciale du suspendre une phrase en deux temps ; ponctuation à la fois vive, précise et poétique, posée comme un point d’exclamation ou d’interrogation et qui donne à la danse de la grâce et de la majesté. Un grand merci à cet artiste, qui est un homme de cœur et d’émotion… j’ai eu un vrai coup de cœur pour son stage et suis prête à recommencer.

Festival danses indiennes- mouvements émouvants- stage odissi Kathak

~~Stage de découverte du style Odissi avec Mahina Khanum

Suivait le stage de Mahina qui a initié les stagiaires aux deux postures de base que sont le chouka et Tribangha avant de passer dans ces mêmes postures à des frappes simples afin d’apprendre à dissocier tête, buste et bassin; un fragment de chorégraphie a ensuite été étudiée : sa superbe marche d’introduction donne aussitôt l’impression que l’on est une statue de pierre descendue d’un des temples de l’Oriya qui prend vie. C’est assez magique et grisant et tous les stagiaires ont ressenti ce quelque chose de si spécial à l’Odissi : la prière n’est pas loin. Tenter de reproduire ce que fait Mahina est toujours un grand bonheur car son placement est si beau et précis, sa danse, si habitée, que l’on se sent tout de suite inspirée en tentant de l’imiter. Un percussionniste accompagnait son stage. Il avait transformé l’une de ses percussions en pakhawaj, n’en possédant pas encore, car pour l’heure il perfectionne son « tabla » six mois par an en Inde. L’instrument sonne à la fois clair et puissant, les rythmes sont d’une grande précision et d’une grande subtilité et l’énergie de la percussion se communique directement aux danseurs qui sont littéralement soutenus et ont des ailes en dansant. Pour avoir improvisé souvent en danse orientale, et pour avoir pris des cours de darbouka, appelé tabla en Egyte, je dois dire qu’on ne ressent pas du tout la même chose avec cette percussion: elle est plus lourde, plus terrienne ; si elle aide à s’ancrer dans la terre, elle incite avant tout à la danse mais sans donner ce souffle incroyable que l’on ressent en écoutant la percussion indienne ; le Pakhawaj transmet directement son énergie au corps, ce qui permet d’aller au-delà de sa condition physique ; on ressent alors une une sensation volupteuse de faire corps avec les rythmes et les phrases…. Une véritable révélation !

Pour la conférence de Tiziana https://www.youtube.com/watch?v=3Js6DQTgR78

Pour avoir un compte rendu complet de ce festival : http://jriou.org/blog/2015-04.html

Pour lire la présentation de ce festival : http://www.shabastet.com/archive/2015-03/

Dans l'onglet Odissi, vous trouverez d'autres articles sur ce style de danse classique indien.

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24 mars 2015 2 24 /03 /mars /2015 20:29
Festival de danses indiennes 28 et 29 mars 2015- Paris

Festival Mouvements émouvants –

Les danses indiennes à l’honneur –

28 et 29 mars 2015

Festival de danses indiennes 28 et 29 mars 2015- Paris

Ce week-end se tiendra pour la première fois en France un festival uniquement dédié aux danses classiques de l’Inde.

Organisé par mon professeur d’Odissi pour laquelle j’ai une profonde admiration, il regroupera le temps d’un week-end, différents artistes et professeurs qui donneront des stages et participeront à un spectacle.

Une conférence le samedi à 18 heures, 116 quai de Jemmapes, donnée par Tiziana Leucci, chercheur au CNRS, permettra au public de découvrir ces danses classiques indiennes très peu connues hormis le Baratha Natyam et un peu le Kathak ( découvert en France grâce au magnifique film de Satyajit Ray : le salon de musique).

Festival de danses indiennes 28 et 29 mars 2015- Paris

Cette initiative est hautement louable car 6 des 8 styles classiques indiens seront présentés au cours d’un même week-end en France : tous ont la même base, le Natya Shastra qui est un traité ancien de danse rédigé entre le II avant et le II siècle après notre ère.

Ces danses ont en commun d’être à la frontière de l’art, de la mystique, du théâtre, des yantras, figures géométriques qui sont des « passeurs » entre deux mondes… Elles viennent de tout le continent indien qui a conservé à travers le temps et malgré tous les bouleversements historiques qu’il a traversés, une unité profonde qui se révèle notamment dans ses arts et sa religion.

Les styles proposés au cours du week-end sont : le Baratha-natyam, le Kuchipudi, l’Odissi, le Kathak, le Sattryia, le Manipuri. Les artistes professeurs se sont tous formés de longues années dans leur pays d’origine puis en Inde et ont dédié leur vie à la danse.

Le thème retenu pour ce festival, est celui de l’amour, universel. C’est l’un des neuf « rasas ».

Festival de danses indiennes 28 et 29 mars 2015- Paris

Voici les temps forts de ce festival :

 Conférence – samedi 28 mars à 18h

« Les danses classiques indiennes et leurs évolutions », par Tiziana Leucci (CNRS), le samedi 28 mars de 18h00 à 19h30 à l’Espace Jemmapes, 116 Quai de Jemmapes 75010 Paris. Entrée libre (réservation obligatoire).

‚ Spectacle – samedi 28 mars à 20h

Spectacle de danses classiques indiennes autour du thème du sentiment amoureux, au cours duquel six styles classiques indiens seront représentés, le samedi 28 mars à 20h à l’Espace Jemmapes, 116 Quai de Jemmapes 75010 Paris.

Tarif unique : 24€ en prévente / 28€ sur place.

ƒ Stage de danses – dimanche 29 mars 12h-19h

Les artistes ayant participé au spectacle la veille initieront le public à leur style au cours d’une série d’ateliers, le dimanche 29 mars au studio Micadanses, 15-16 Rue Goeffroy l’Asnier 75004 Paris :

- 12h à 13h – Bharata Natyam avec Kalpana

- 14h à 15h – Kuchipudi avec Madolika

- 15h à 16h – Manipuri avec Angela Sterzer

- 16h à 17h – Pause thé

- 17h à 18h – Kathak avec Kali Chandrasegaram

- 18h à 19h – Odissi avec Mahina Khanum (atelier avec percussionniste)

Tarifs : de 19€ pour un atelier à 82€ pour six ateliers.

Réservations : http://bit.ly/MouvementsEmouvants

Attention : la plupart des stages sont complets ; se renseigner au préalable.

Sur ce blog vous trouverez des articles sur la danse odissi et son histoire

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11 mars 2015 3 11 /03 /mars /2015 13:22
Le Chant de La Terre - Neumeier - Révillon-Bézard-Daniel-Park

Voir la même œuvre dans une seconde distribution – ou même une troisième ou quatrième – apporte des éclairages qui peuvent aller du simple détail à une amplitude extrême.

Ganio/ Pujol/Daniel/ Paquette et Magnenet semblaient exister car créés directement par la musique ; sans elle, ils se seraient évanouis comme un songe ; sans eux, la musique n’aurait pu se faire entendre. Les deux se faisaient écho l’une l’autre, donnant une profonde impression d’unité d’une grande beauté. Le spectateur, directement plongé dans ce monde flou à la charnière du rêve et de la veille, hypnotisé et sans aucun désir de sortir de cet entre deux, se trouvait alors tout entier livré à la sensation délicieuse de flotter dans un monde sans densité, comme hors du temps et de l'espace. Un monde abstrait, ineffable, évanescent.

Parvenir à créer ce monde de l’entre d’eux et y maintenir le spectateur en état d’alerte tenait du grand art. Même la scène près du « pont qui se courbe comme le dos d’un tigre » semblait sortir de la lampe magique de l’enfance de Proust.

Ganio semblait irréel, et tout s’animait autour de lui en ce sens, comme surgi du miroir, peut-être, suspendu là-haut ou de la Lune.

Il en était tout autrement hier soir avec le charmant quatuor Révillon/ Daniel/ Park/ Bezard avec Bertaud à la place de Magnenet. ( soirée du 10 mars 2015)

Plus de rêve, plus de flou, plus de monde entre deux, mais un homme ( Révillon) qui souffre, qui cherche, qui mène une quête et qui se heurte au monde et à sa réalité, aux autres auxquels il ne parvient à se mêler.

Et c’est étonnant de voir Daniel passer de l’état de songe, - soirée du 28 février - à celui de guide ; de voir l’extraordinaire Audric Bézard devenir l’ombre de Révillon, quand Paquette était le double de Ganio, aussi irréel et lunaire que lui.

De voir Sae Eun Park donner à sa danse une délicate poésie toute terrienne ; de voir l’elfique Léonore Baulac devenir un être de chair et de sang ; et de réaliser que l’ivresse de Bertaud est bien au sens propre….

On gagne en humanité, en émotion, ce qu’on perd en poésie ; mais les deux interprétations sont aussi belles l’une que l’autre et elles éclairent magnifiquement le propos du chorégraphe.

Révillon donne de la rondeur, du moelleux, de la profondeur, là où Ganio semblait être tout droit descendu de la lune, comme un être impalpable sans nerf et sans chair

Il communique au spectateur sa souffrance, quand Ganio le plongeait dans l’idée de la quête de l’inaccessible.

Bézard joue les constrastes avec une présence scénique extrêmement charismatique et le dernier pas de deux entre les deux artistes est poignant de douloureuse intensité

Nolwen Daniel est belle comme la lune mais volontaire, incarnée, réelle. Elle guide le jeune homme jusqu’à ce qu’il réalise qui il est véritablement.

Le Chant de La Terre - Neumeier - Révillon-Bézard-Daniel-Park

Voir ces deux distributions ne peut qu’enrichir cette magnifique œuvre de Neumeier, simple, belle, qui jamais n’alourdit la musique de Malher magnifiquement et subtilement interprétée par l’orchestre de l’opéra sous la baguette de Patrick Lange.

Fabien Révillon et Audric Bézard ont donné grâce à Neumeier une dimension à leur danse qu’ils n’avaient encore pu ni l’un ni l’autre autant developper. Voilà encore deux magnifiques artistes.

Sae Eun Park semblait tellement à l’aise elle aussi dans ce répertoire. Inoubliable silhouette bleuté, féérique comme la fée bleue de Pinocchio

Quand à Nolwen Daniel, elle a pour ainsi dire brillé comme un astre devenu femme…

Un magnifique quatuor où les femmes accompagnent, réconfortent, protègent les tourments des hommes, les guident, les éclairent, avec la douceur et la poésie des soirs d’été…

Et tandis que Révillon et Daniel s’élançaient sur scène dans cette dernière course en rond où la question se résout dans l’allégresse, je superposais à leur élan Ganio et Pujol, qui ne trouvent pas de réponse parce qu’ils réalisent que leur reflet s'évanouira avec la dernière vibration d'un son qu'on ne perçoit déjà plus....

Le Chant de La Terre - Neumeier - Révillon-Bézard-Daniel-Park

Les magnifiques photos sont d'Anne Ray

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3 mars 2015 2 03 /03 /mars /2015 18:36
Gilbert et Ganio en répétition
Gilbert et Ganio en répétition

J'ai été tellement envoûtée par le Chant de la Terre de John Neumeier que j'y retourne mardi 10 mars; je ne verrai pas du tout la même distribution( Ganio/ Paquette/ Daniel/ Chaillet voir l'article du 28 février ) mais la troisième distribution, avec Revillon ( qui me laisse un merveilleux souvenir dans le rôle de Lenski) Daniel, Sae Eun Park. La seconde distribution est dansée par Gilbert, Magnenet, Sae Eun Park.

Ce qui m'a envoûtée, c'est cet état d'intériorité et de méditation plaintive mais au fond pleine d'un espoir secret qui fusionne de façon magique danse et musique

Il faut sans doute être dans un état d'esprit un peu particulier pour recevoir cette œuvre, mais si on s'ouvre à elle, on entre dans un monde intérieur cotonneux, onirique, étrange, où l'on ne sait plus si on regarde la musique ou si l'on écoute la danse...

Je serai placée à peu près de la même façon que le 28 février, en loge 4; je n'aurais donc à nouveau pas une vision du dispositif scénique, je ne verrai pas les figures se mêler au clair de lune, ni les jeunes gens se délasser sur le talus ( ils disparaissent complètement à ce moment là pour qui est de côté)

Le dernier par de deux n'aura sans doute pas la merveilleuse poésie qu'ont su leur donner Paquette et Ganio mais au fond, je n'ai pas d'attente particulière....

Juste me replonger une fois encore dans ce 6ème lieder, infini, lointain et profond sur lesquels les danseurs chuchotent des adieux avant de comprendre que l'éphémère et l'éternel se côtoient l'un dans l'autre.

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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 13:18
Le Chant de La Terre - Neumeier - ONP- 2015



Il faut d'abord parler de la qualité d'interprétation musicale de l’œuvre; cela faisait longtemps que je n'avais pas entendu de la musique aussi bien jouée à Garnier pour accompagner de la danse; cordes, bois, cuivres, harpes, d'où j'étais, chaque timbre me parvenait dans sa clarté et la musique dans son ensemble. Les voix des deux solistes étaient plutôt belles, surtout celle du baryton dont j'ai aussi apprécié la musicalité ( chef d’orchestre : Patrick lange, Paul Armin Edelmann : baryton)

Mais il est injuste de dire que la musique accompagne la danse; l'une et l'autre se fondent ensemble ainsi que les mots des poèmes chantés.


L'œuvre commence dans le silence ; un homme dans la pénombre – double de Malher ou de Neumeier, ou du Poète, au fond cela n’a pas vraiment d’importance - est rejoint ensuite par une jeune femme ( Laetitia Pujol) qui est comme une pensée qu’il ne veut ou ne peut entendre. Au loin, résonne ensuite au piano le 6ème chant - c’est Malher lui même qui en a fait la réduction- comme l'écho d'un souvenir; Ganio et Pujol émettent des vibrations aussi douces que fragiles et déjà, l'on s'enfonce doucement dans une intériorité d'où parvient l'écho du monde.

Il y avait un tel silence dans la salle, quelque chose de tellement mystérieux qu'on entre à pas feutrés dans cette œuvre qui est comme une confidence. On dirait que Neumeier a voulu dire de la façon la plus concise possible ce qu’il ressentait en écoutant ce Chant de la Terre et nous le confier, sans fioriture. C'est presque un chant du cygne.

Et il y parvient.
Ganio, magnifique de sensibilité, de pureté et d'émotion contenue, évoque comme souvent chez Neumeier le "témoin », comme celui de La Petite Sirène par exemple : l’homme en chapeau voit, comprend, partage, mais ne peut pas changer le cours du destin.

ici, le témoin sent, goûte, pense, souffre, espère, dit adieux, et comprend que si l’homme est mortel, le monde lui, brillera toujours et la nature refleurira sans cesse, à chaque printemps.

Mais ce témoin silencieux devient aussi parfois l'acteur.

Autour de lui, une pléiade de danseurs merveilleux :
A commencer ( honneur aux garçons pour une fois) par Karl Paquette flamboyant en groupe, et double lunaire dans les pas de Deux avec Ganio ( d'une grande beauté et si bien accordés à la musique)

Vincent Chailley stupéfiant de vivacité, de précision, d' humour, d'espièglerie incarne l’homme Ivre, mais son ivresse est contagieuse. Il rappelle l'Amour de Sylvia; il en a un peu la même candeur, la même joie " enfantine" qui emporte avec lui dans son élan.


Quand à Florian Magnenet, Neumeier lui va comme un gant; il le comprend, il le magnifie avec une beauté des lignes, une grâce, une musicalité confondante. Sa silhouette prend à la fois une rondeur enfantine mais pour mieux mettre ensuite en lumière des lignes étirées et pures. Il est comme les bois de l'orchestre qui oscillent entre mélancolie et enthousiasme, tristesse et joie, nuit et lumière. Une pose, un poignet qui se casse, un pied qui devient flexe, et c’est tout le monde de la jeunesse, "près du pavillon de jade dont le pont se courbe comme le dos d’un tigre", qui surgit : un paysage chinois jaillit, avec ses jeunes filles mélancoliques, et ses jeunes gens insouciants qui passent sans s'attarder.



Laetitia Pujol pleine de compassion et Nolwenn Daniel à la beauté statuaire mais qui comme une madonne de pierre sait se montrer compatissante, entoure le poète-musicien-on-ne-sait-qui. Laura Hecquet passe, avec sa beauté froide et surnaturelle comme une lune d'automne, la délicate Léonore Baulac au visage elfique illumine la scène, la gracieuse Juliette Hilaire et la touchante Charlotte Ranson ajoute délicatesse et poésie...


De grandes plages méditatives contrastent avec des ensemble plus enjoués et quelque chose plane au dessus de tout cela, plus grand que la vie humaine.


Le Chant de la Terre de John Neumeier est une de ces œuvres dont la sensibilité sur le fil vous ramène à l'intérieur de vous mais les yeux fixés sur la scène et les oreilles grandes ouvertes, accueillant totalement ce moment poétique qui passe, l'air de rien.

On accueille la magie de l’instant, dépassé par un mystère qui nous échappe et que pourtant, la mélodie sinueuse de la flûte se taisant pour laisser chanter le baryton nous a en partie dévoilé… et on espère y retourner pour soulever un peu plus ce voile de mystère.

Distribution

Distribution du 28 février

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 15:41

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28 février 2015 6 28 /02 /février /2015 15:38

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24 février 2015 2 24 /02 /février /2015 15:02

Sans m'avertir, overblog a migré mon blog vers une autre plateforme , du coup exit les catégories, les pages, et tout le travail que je faisais depuis 10 ans, je suis furieuse et cherche une autre solution pour continuer à écrire mes articles, je ne sais pas encore quoi, mais je trouverai mieux que cette plateforme qui a détruit mes dix années de patient travail!

la mise en page ne ressemble plus à rien à présent, plus aucun lien n'apparait bref, c'est juste misérable!

En plus, je paie pour héberger mon blog d'où ma fureur!

Et croyez vous qu'Overblog s'excuse? Pas du tout, pas un mail, pas un mot!

Ne vous inscrivez pas chez eux, ils ne sont pas dignes de confiance!

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23 février 2015 1 23 /02 /février /2015 15:00
Valerie Beck added 23 new photos to the album:...

Valerie Beck added 23 new photos to the album: J'aime l'hiver.

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