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Shabastet

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Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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16 mai 2017 2 16 /05 /mai /2017 07:43
 La Valse de Balanchine, En Sol de Robbins, Boléro de Cherkaoui, Opéra Garnier- 14 mai 2017

Dans un hommage à Ravel à travers trois chorégraphes, ne sommes-nous pas en droit d’attendre un orchestre sensible, sans fausse note, capable de rendre toute la subtilité de la palette sonore du compositeur et de donner au rythme souplesse, précision et vivacité ? C’est croire ce prodige possible à Garnier, qui la plupart du temps n’offre, en guise d’accompagnement de la danse depuis des années, que des prestations que renieraient les plus obscures petites écoles de musique. Pauvres danseurs, traités au rabais par rapport au lyrique…

Dans ce contexte-là, que pouvait-on attendre de la Valse de Balanchine qui utilise à la fois les Valses Nobles et sentimentales composées avant la 1ere guerre mondiale, puis La Valse, composée en 1920 ? Et bien, précisément, ce que l’orchestre n’est pas capable d’offrir : une lecture subtile d’une œuvre vraiment belle, mais qui ne doit pas être dansée au 1er degré ; hélas, le corps de ballet, aussi peu inspiré que l’orchestre, a offert une prestation digne de celle de l’opéra de Vienne pour le Nouvel An, c'est-à-dire un divertissement  « au pied de la lettre », mais quelque chose me pousse à croire que les fautifs ne sont pas les danseurs, mais les répétiteurs…

 

Seuls, Marion Barbeau et Yannick Bittencourt qui rendent vivante, palpable et vibrante chaque note (même les fausses !) donnent à cette œuvre une nostalgie ardente et spirituelle. L’incandescence de la superbe Marion s’allie parfaitement aux lignes longues et pures de Yannick Bittencourt, tout en élégance ; les deux se complètent sans se contredire et font naître un monde révolu qui s’évanouira à la fin de la Valse. De même, Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio, qui, à peine entrés en scène, donnent à l’espace scénique une densité pleine de gravité en le resserrant autour d'eux, une matérialité qui contraste subtilement avec l’esprit en apparence léger qui se dégage de la chorégraphie. Audric Bézard, quant à lui, impose sa présence sombre et charismatique. Malheureusement, le reste des danseurs étaient moins inspirés.

 

 La Valse de Balanchine, En Sol de Robbins, Boléro de Cherkaoui, Opéra Garnier- 14 mai 2017

La deuxième oeuvre était en Sol : nouvelle déception, qui ne vient pas du pianiste, malgré un son « étouffé » par la fosse d’orchestre,  mais des cuivres qui couvrent tout l’orchestre  et qui dès le début, rivalisent pour savoir qui fera le plus de fausses notes ! Comment peut-on, madame la trompette, rater non pas une note, mais toute sa ligne mélodique ? Côté danseurs, les répétitions n’ont pas su leur insuffler le peps nécessaire qui « déniaise » en Sol, - comme en 2009 -  qui là encore doit être dansé au second degré, car cette œuvre est à la fois un clin d’œil au délicieux et désuet Train Bleu de Nijinska, dans lequel une troupe de jeunes gens se pavanent sur la plage et se volent la vedette à qui mieux mieux, et aux musicals américains. Alors, c’est joli, c’est gracieux, mais le tout manque d’accents, de  rythmes, d’un petit grain de folie en un mot.

Le couple Ould Braham-Heymann moins rythmique et jazzy que poète  est cependant superbe : Myriam entre en scène non pas comme une " gymnaste rythmique" qui provoque l’admiration de toute une plage, avec sa ligne, son bronzage,  son allure, et ses muscles  mais plutôt comme une ravissante naïade qui quitte sa baignade,  souple comme une ondine.  Sa " demoiselle de la plage" joue sur la délicatesse des poignets, des épaules, des chevilles,  sur les ondulations d'un buste qui épouse toutes les nuances données à sa danse ; cette fille est née de l'écume et en garde la fragilité, l'évanescence.
C’est à  ses pointes qu’elle confie les accents jazzy de la musique. Quand elle traverse la scène en reculant, ses pieds semblent " clapoter", comme si, créature aquatique, elle n’était pas faite de chairs et d’os. Moins meneuse de revue que nymphe des eaux, elle dépose une grâce mutine et enchanteresse sur le groupe des « « beaux gosses » qui jouent des muscles sur la plage et la suivent, fascinés.

Chez Heymann, les accents jazzy sont estompés au profit d'un lyrisme tout en retenue, mais d'une profondeur vertigineuse, mais avec toute la distance nécessaire : au fond, c'est très ravélien!

 Dès le début de l’adage, les deux danseurs,  immobiles, tissent un lien invisible, mais palpable.  On sent ces deux êtres attirés l'un vers l'autre sans savoir pourquoi ; alors, on pense peut être plus à Giselle qu'à Robbins mais au fond, qu'importe, ils offrent un moment hors du temps et le public ne s'est pas trompé qui les a chaleureusement applaudis tout de suite après l'adage.

 

 La Valse de Balanchine, En Sol de Robbins, Boléro de Cherkaoui, Opéra Garnier- 14 mai 2017

Et puis venait le Boléro ( Cherkaoui, Jalet, Abramovic) : mais qui a bien pu avoir l’idée stupide d'ajouter une lourde et inutile pulsation en coulisse en prélude à ce Boléro ? Quel en est l’intérêt?

Au début, tous ces danseurs en blanc, sur fond noir – très dans l’air du temps depuis une vingtaine d’années-  c’est joli. Mais très vite, en voyant des yantras qui tournent sur le sol – ce sont des cercles qui servent en méditation à la concentration sur les cakras- on comprend qu’on vient encore nous parler de méditation. Donc tout le monde se met à tourner sur un orchestre qui massacre consciencieusement l’œuvre : impossible de distinguer le superbe travail d’orchestration de Ravel dans cette bouillie sonore, même la caisse claire est inaudible dès le début ! Il faut le faire quand même ! Le soir des adieux de Le Riche, l’orchestre avait une tout autre tenue ! Là on croit entendre un fichier midi, car tout est « rétréci » " riquiqui" et le crescendo est amené avec la délicatesse d’un après-midi passé sur le stade d’un moto-cross.  

C’est parti pour 14 minutes : on attend, mais il ne se passe rien. Côté danseurs, sûr, ils doivent vivre de grandes choses, à tourner comme ça,  et au bout de de cinq-six minutes, on pense : « mais ils vont finir par vomir à tourner toujours dans le même sens ! » Et bien justement ! Ouf, pour faire passer les nausées, à présent, on change de sens, on tourne dans l’autre maintenant ! et dire qu'ils sont trois chorégraphes! ça valait bien la peine, tiens!

 

Tandis que la Valse avait obtenu des applaudissements polis, En Sol, des applaudissements un peu plus fournis, le Boléro a suscité une sorte d’hystérie facile à comprendre : c’est comme dans les raves, une pulsation qu’on bat pendant plus de dix minutes échauffe le sang ! Et le public qui a  l’air de s’ennuyer depuis une heure trente ( c’est long, 40 minutes d’entracte pour 46 minutes de danse !) se défoule à présent : il va enfin pouvoir sortir.

Dernière chose : je remercie chaleureusement les parents qui ont la bonne idée d’emmener de très jeunes enfants – trois ans peut être – qui commentent ce qu’ils voient sur scène de leurs jolies petites voix, pendant tout le concerto de Ravel… c’est de plus en plus courant bien sûr, on emmène les enfants, tant pis si ces chers petits parlent tout haut, sautent, ou gesticulent. Comme ces cinémas, maintenant, qui créent des séances pour que les parents emmènent avec eux leurs touts petits enfants, et tant pis si les films ne sont pas adaptés à leur jeune âge !

J’attends donc de revoir tous ces beaux artistes admirés dans le Songe de Balanchine et le Lac de cet hiver dans des œuvres mieux répétées, mieux digérées et dirigées, car j’ai eu l’impression d’assister à un beau gâchis…  

 

 La Valse de Balanchine, En Sol de Robbins, Boléro de Cherkaoui, Opéra Garnier- 14 mai 2017

A noter ce blu-ray ou Dvd, " hommage à Robbins" dans lequel nous trouvons En Sol, superbement dansé par le corps de ballet - je suis plus réticente pour les solistes - le ballet plein d'humour, Le Concert, et In the Night avec trois couples superbes... a avoir absolument!

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Published by Shabastet
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