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Shabastet

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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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29 novembre 2007 4 29 /11 /novembre /2007 10:45

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Je reviens vers cette danseuse que j’aime plus que tout au monde ; j’ai beau en trente ans avoir vu de nombreuses ballerines sur scène et pas des moindres ( Guillem, Guérin, Loudières, pour ne parler que de celles là), personne ne peut remplacer ni égaler Noella Pontois. Elle reste pour moi la ballerina assoluta, dans mon cœur et dans ma mémoire de balletomane. 

Hier, j’aurais dû, s’il n’y avait pas eu grève, assister à la première de Casse Noisette ; j’étais si triste que je me suis consolée en regardant Raymonda de Noureev. J’ai mis l’enregistrement à l’heure à laquelle j’aurais dû être à Bastille, pour malgré tout, avoir l’illusion d’être avec Noureev et ses ballets. Les grèves me privent d’un ballet-Noureev ? Et bien, je regarderai cette captation qui est presque historique : il y a vingt cinq ans, j’étais dans la salle, découvrant ce ballet, cadeau de Noureev à l’opéra de Paris pour son entrée au sein de la « grande boutique » comme directeur de la danse. 
Enregistré il y a vingt cinq ans à la télé avec les moyens de l’époque par un ami qui m’en a fait une copie, ce ballet est inregardable si vous n’êtes pas un balletomane absolu : vous imaginez la qualité : lors des plans d’ensemble, on ne distingue pas les visages, on voit des corps avec un visage tout blanc, et les plans larges sont tout flous, on ne voit pas la ligne des jambes et des bras, idem pour les décors, les costumes, on n’en voit pas les détails ! Seuls, les solistes sont « regardables », mais alors quels solistes !!!! 
Imaginez : dans les rôles titres : Noureev, Pontois Guizerix, à qui il faut d’ailleurs que je consacre un article Pour les amies d’Henriette : Loudières et Vulpian, étoiles toutes les deux ! Ensuite, pour les garçons, amis des amies : Legris et Hilaire, sujets à l’époque ! Les danses espagnols étaient dansées par Dupond et Legrée, alors étoiles ( d’ailleurs, revoir Dupond hier, acclamé à juste titre, m’a émue !) La danse hongroise était dansée par Pietragala, pas encore étoile : quelle belle danseuse ! Et pour finir, les Sarrasins solistes étaient dansés par Guérin, sujet, elle aussi et Patey ( j’ai un doute sur lui !) Bref : l’excellence réuni en un seul ballet ! 

Qu'a t'elle de plus que les autres?


Mais revenons à Noella ! Pourquoi me disais-je, éclipse t’elle à mes yeux toutes les autres, même 25 ans après alors que la technique classique qui a beaucoup évolué, va maintenant vers l’exploit : elle ne lève pas la jambe à l’oreille, elle ne saute pas à 3 mètres de haut, il n’y a rien de spectaculaire au sens « exceptionnel » du terme, ses 1m 56 devrait la rendre petite et fragile et pourtant il n’en est rien ! tout comme Fonteyn, dans un tout autre registre, car Fonteyn a une danse « so british »,Noella a un corps idéalement proportionné avec des bras et des jambes longs et fins, un visage ravissant avec des yeux immenses. Quand elle danse, ses pieds cisèlent chaque pas, avec une précision de joaillier, tandis que ses bras accompagnent le mouvement avec souplesse, sans rechercher le joli, le décoratif, ce qu’ont tendance à faire les « mauvaises danseuses » avec elle, tout est sobre, juste, pur et totalement gracieux naturellement semble-t-il. Son goût est sûr. De plus, elle est d’une légèreté incroyable ( à côté d’autres ont l’air si raides !) on la croirait remplie d’air, ce qui ne retire rien à la sureté de ses mouvements, à leur énergie.
 
Prenons l’entrée de Raymonda : elle arrive, genou à terre, relevé en quatrième attitude avec la fleur à la main en l’air, l’épaulé, le regard, mouvement qu’elle va répéter 5 autres fois et qui demande un bon tonus ; Et bien en la voyant danser, on ne voit que la joie de cette enfant à ramasser les fleurs et à s’en amuser, et on en peut qu’admirer la précision, la facilité, la grâce d’épaulé, la sureté du pied, la fluidité du tout… 
Son oreille musicale est parfaite, chaque pas coule sur les notes comme si c’était la musique qui lui insufflaient les pas. Là où l’effort apparaît chez d’autres ( même d’une manière minime) il n’y en a aucune trace : par exemple dans l’adage du premier acte, on voit souvent les danseuses aller au bout de leur mouvement en développant la jambe en quatrième très haut et en étirant jusqu’à la pointe, puis en posant très loin le pied, et rien que cela, même bien dansé,se voit chez certaines : la recherche du « bien faire le pas » Chez Noella, on voit Raymonda qui rêve cet adage, et se laisse porter par sa rêverie sur la musique, comme si l’air la soutenait… Enfin, dans cette légèreté, dans cette musicalité, elle a une vraie puissance, mais jamais jamais elle ne travaille en force : on ne voit pas l’effort, mais on voit la personnalité Lorsque dans la dernière variation, celle de la « claque », elle montre toute la puissance de Raymonda, en trois pas, tout y est : son interprétation est d’une sobriété invraissemblable : elle ne quitte pas son interprétation une seule minute, ce qui prouve aussi une faculté de concentration exceptionnelle, et à partir de la, comme un Naja, elle emmène le spectateur où elle veut ! Entre la début de la variation, très long, et la deuxième partie, il y a une vraie continuité, elle ne tombe pas dans le piège de « briller » dans la deuxième partie, en sautant, en faisant rapidement les pas : non, une fois encore, elle privilégie son interprétation, celle de son personnage, avant de « faire les pas » 

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Danse virtuose, danse de l'âme ?

Bien évidemment, si je compare l’autre grande ballerine Guillem dans ce même rôle, ( je l’ai vue danser Raymonda plusieurs fois aussi) je ne peux que remarquer tout ce qui les oppose : Guillem est magnétique, hypnotique, fascinante, nerveuse, et comme souvent, prend les tempos rapidement, ce qui donne à sa danse une intensité haletante, une virtuosité qui ne cède en rien au goût. Mais Pontois, elle, est seulement juste : je mettrai Guillem sur le même plan que les Plissestkaia, par exemple, tandis que je ferai une même famille de danseuses avec Fonteyn et Bessmertovna… Les premières ont des qualités physiques exceptionnelles qu’elles mettent au service de la musique et de la danse : endurance, puissance, virtuosité, laxité, rapidité… Les secondes ont une musicalité, une poésie, un goût sur du mouvement, une grâce au naturel innée qu’elles ne transforment pas en mièvrerie car elles sont artistes, qu’elles mettent au service des personnages qu’elles incarnent… 

Concentration, perfection, capacité de travail, musicalité... beauté, tout y est !

J’ai vu Noella Pontois dans Giselle, dans le rôle d’Odette et d’Odile, dans le rôle d’Aurore, dans le rôle de Kitri… et à chaque fois, je n’en ai pas perdu une miette… Cette artiste avait en plus une vraie personnalité, sa douceur cachait une determination fantastique, une capacité à travailler, à apprendre, à rechercher le parfait, mais jamais au détriment du rôle ou de la justesse de la danse ; elle était aussi une actrice fantastique : ainsi, pour Aurore, qu’elle dansa jusqu’à sa retraite à 50 ans ( je l’ai vu sur scène cette année là dans ce rôle en 1994) on croyait à la juvénilité de la jeune princesse au premier acte, comme à son épanouissement de femme au troisième acte… 

En pensant à elle, je pense aussi à l’esthétisme de la danse classique d’aujourd’hui : les corps ont grandi, se sont terriblement affinés, plus aucune danseuse ne ferait un développé seconde qui n’irait pas au moins à l’épaule… Reverrons nous alors des Noella ? des Margot ? des Bessemertovna ? Je ne le crois pas… mais je guette au sein de l’opéra si certaines danseuses ne feraient pas partie de la même famille J’en vois bien une, presque 15 ans après le départ de Noella : Mathilde Froustey ( Dorothée Gilbert elle, serait plus dans la famille Loudière !) Mais il en faudrait pas que Mathilde, prodigieusement douée, qui a une musicalité imparable, ne cède à une certaine « facilité » en en appelant trop à sa grâce, à sa beauté, au détriment de la ligne si juste qu’avait trouvé – d’instinct ou par le travail, je ne saurai le dire – Noella. 
Encore une chose sur Noella : son regard : en scène, elle pouvait lui donner mille expressions, et ses yeux étaient éloquents : c’est un atout de plus pour un danseur, car les yeux remplacent complètement la parole, dont sont privés les danseurs. Dans les grands yeux bleu marines de Noella, se lisaient toutes les émotions, tous les sentiments du monde, y compris la puissance absolue, comme dans la dernière variation de Raymonda…

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lire aussiNoella Pontois, souvenirs

Raymonda de Noureev

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Published by Nâga.... - dans danseurs - danseuses
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commentaires

lachaise 18/02/2010 14:26


Je suis une amie d'enfance de Noella et hier on m'a dit croire que c'était elle qui dirigerait l'école de danse des petits rat à Nanterre.
Peut-on me renseigner
merçi


Nâga.... 21/02/2010 10:21


non, c'est Elisabeth Platel qui a pris la suite de la direction de claude Bessy
Noelle a été professeur et répétitrice à l'opéra de paris; elle a donné des classes, transmis des rôles, coaché, comme on le dit aujourd'hui  des danseuses
aujourd'hui, elle est à la retraite et doit sûrement profiter pleinement de ses deux adorables petits enfants, ( Miteki Kudo sa fille, et Gil Isoart, son gendre, tous deux danseurs à l'opéra de
Paris!