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Shabastet

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Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 07:27

  Aujoud'hui, critique et analyse d' Errand into the maze, demain et les autres jours, les autres oeuvres.

L'évènement est de taille, car la compagnie n'était pas venue à Paris depuis plus de dix ans... elle a même failli disparaitre complètement pour des raisons de successions de droits d'auteur... quand les artistes disparaissent, les chacals apparaissent, et de leur vivant, les auteurs n'ont pas toujours légué leurs oeuvres à qui s'en chargera le mieux
Bref, la compagnie a pu récupérer oeuvres et droits,  ( le procès a duré 8 ans et est même devenu un cas d'école) mais entre temps elle a vendu le batiment qui l'hébergeait; elle loue  à présent ses studios de danse pour son école et ses répétitions...
Mais revenons au programme, ambitieux car sur six jours, pas moins de trois programmes différents sont proposés au théâtre du Chatelet.
J'ai assisté au premier programme qui réunissait plusieurs oeuvres, dont certaines déjà vu en 1992 à l'ONP

Il s'agit de Errand into the maze, de Cave of the heart, de Diversion of angels, lamentations variations et enfin Mapple leaf rag, une production qui s'étend donc de 1930 à 1990.


 

Tout d'abord Errand into the maze ( 1947)
Graham, à 53 ans,  s'empare du mythe du labyrinthe et d'Ariane, ainsi que du minotaure. C'est son compagnon Eric Hawkins, qui a étudié les mythes grecs à l'université qui la sensibilise à cet héritage européen mais universel.  Le propos "psychanalitique"  interesse  Martha Graham plus que "l'histoire". Elle a ce génie de mettre  directement en lumière l'essence du mythe, sans passer par une mise en scène habituelle. IL n'y a donc sur la scène qu'un duo. Pas de Thésée.
Le Minotaure, les bras liés à un bâton,   danse puissamment. Il est une force aveugle qui ne pense pas. Dès le début de l'oeuvre,  Ariane serpente sans cesse, elle alterne grands battements seconde, comme autant de points d'interrogation, avec une liberté de gestes et une inventité toujours renouvelées.
Le labyrinthe,  - inconscient de l'humain -   emprisonne Ariane et son Minotaure, qui apparait, disparait au gré de ses angoisses,  de ses peurs, de ses joies aussi; et du désir qui  submerge Ariane et l'embarasse tant il est violent, entier.  Parfois elle   repousse le Minotaure, parfois il la terrasse, à la fin,  elle s'en libère et retrouve une joie de vivre...
 
Comme pour bon nombres de ses oeuvres, c 'est Isamu Noguchi qui a réalisé décors et costumes, sobres mais qui participent activement à la chorégraphie. Il y a une corde qui serpente sur le sol, un dispositif de fil tendu très aérien sur le côté de la scène, et une sorte de porte étroite qui se dersse, tel un rempart et un passage symbolique.
Au début de l'oeuvre,  la corde délimite le chemin sur lequel erre Ariane, puis elle dessine son propre labyrinthe  avant de devenir  les noeuds que se tisse l'humain. Ariane la nouera sur la porte, dressant ainsi une fragile protection   contre l'angoisse. Enfin le fil qui permet de sortir de son propre labyrinthe.
La corde revient aussi dans la chorégraphie " the cave of the heart"
La musique de Menotti accompagne l'oeuvrre ; Graham a toujours choisi des musiques puissantes, parfois assez  dramatiques mais qui servent son propos. Elle s'est toujours tournée vers des compositeurs de son temps. 
On assiste donc a un duo servi ce soir là par deux danseurs aux qualités expressives exceptionnelles, l'excellente Blakeley White Mcguire, et Lloyd Knight.
J'ai remarqué que comme pour bon nombre d'oeuvres chorégraphiques ou non,  celles de Graham prennent leur sens suivant le potentiel de l'interprête...

Blakeley est une interprête grahamienne de rêve : elle est son personnage, elle ne le quitte à aucun instant, elle lui donne ses émotions, sa chair. Charismatique, elle maintient par sa seule présence l'attention du spectateur. Dans son rôle de Minotaure, Lloyd est hiératique plus qu'animal. Il semble qu'on ne puisse lutter contre lui, et pourtant, il s'évanouit parfois comme un cauchemard... il est comme l'obsession qui   assiège mais qui n'est rien d'autre qu'une idée.

Graham mène son propos psychanalytique sans lourdeur, sans forcer le trait. Elle ne croyait pas en la " beauté du geste pour la beauté", ni en ce que le geste devait être " comme issu des mouvements de tous les jours"
C'est sûrement dans cette chorégraphie qu'on comprend le mieux sa pensée. Les gestes, les mouvements semblent directement insufflés par la pensée, par les émotions, sans répondre à une forme ( comme en danse classique) sans s'appauvrir jusqu'à devenir usuel comme chez Laban par exemple qui sera suivi par toute une école de pensée chorégraphique

Le corps reste l'outil par lequel s'exprime l'être humain tout entier, englobant ses forces inconscientes, ses pensées, ses sentiments, ses émotions, surtout dans les solos féminins.
 
Cette chorégraphie est intemporelle. Elle pourrait tout à fait avoir été créée de nous jours.
Elle rend bien terne nombres de créations actuelles sur la même thématique. Elle est un tout, car décor, costumes, musique, gestuelle, tout a un sens, tout est pensé, tout est cohérent. Elle n'est pas prétentieuse comme peut l'être une certaine danse contemporaine d'aujourd'hui, car le geste vient du plus profond de l'être humain.
bref, une oeuvre éclairée, créée par une femme intelligente, visionnaire et profondément humaine.


Suite du compte rendu " Graham à Paris" dans de prochains articles

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