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Shabastet

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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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24 mars 2012 6 24 /03 /mars /2012 10:27

oeuvres chorégraphiques appart--.JPGAppartement

 

 

La première a eu lieu le 13 mars, avec une distribution de rêve : Leriche, Osta, Martinez, Gillot, Renavand, Muret, Albisson, Couvez, Valastro, Bézard, Granier, Bélingard. (Pas étonnant qu’il n’y ait plus personne pour assurer la Bayadère de mon cher Noureev… pourquoi avoir programmé ces deux œuvres en même temps ?????)

 

Cette œuvre dont je parle dans un autre article – voir le lien en bas – était accompagnée live par le Fleshquartet, musiciens classiques qui s’inspirent des groupes de rock.

 

D’abord et avant tout, il m’a permis de revoir danser Leriche et Martinez. Il n’y a pas de mots pour décrire leur lumineuse présence en scène, leur engagement, leur virtuosité, leur charisme, avec, à leurs côtés, des danseurs  en état de grâce.

J’ai rarement vu des ensembles réglés ainsi au millimètre près, où tout le monde est parfaitement synchrone dans l’énergie et le graphisme. On aurait moins bien avec un miroir, car celui-ci gommerait ce qui fait «  les tripes » et la personnalité de chaque danseur, son unicité. Mais l’effet visuel était le même.

 

Cet « appartement » où couvent les petits drames de la vie ordinaire, les non-dits, la communication qui n’ouvre que sur la solitude, la révolte qui gronde dans le quotidien, mais pas assez pour une rébellion franche, l’abrutissement d’une vie morne contre laquelle on n’a plus de prise, mais toujours avec ce regard plein de tendresse si particulier à Mats Ek, a reçu une véritable ovation ce 13 mai

 

Je n’ai pas vu passer le temps, happée par la perfection des danseurs et des musiciens gigue-aspirateur.JPG

 

Les amateurs de pop reconnaissent dans les musiques qui passent des références certaines aux Beatles et à leurs lignes mélodiques tellement chantantes  ; ces Fleshquartet sont des musiciens classiques qui ont électrifié leurs instruments pour obtenir un son «  rock » allant parfois jusqu’à utiliser la saturation comme le font les guitaristes. Ils ont la même sensibilité que Mats Ek. Pas étonnant qu’il les ait choisis ; avec eux,  tout est sur le fil… il suffit d’entendre telle ligne de violoncelle pour en avoir les larmes aux yeux. L’instant d’après, l’émotion cède la place à l’énergie pure.

 

Le duo entre Alice Renavand et Nicolas Leriche a atteint un summum d’intensité dans l’exacerbation des sentiments : un couple s’aime, mais se déchire.

Avec Mats Ek pas de pathos, pas de démonstrations lourdes, non : des gestes du quotidien. La fille frappe à une porte close. Celle-ci ne s’ouvre pas, mais un bras la happe par le haut ; le ton est donné – Ni avec toi, ni sans toi. Commence alors ce pas de deux plein de douleurs, de tristesse, de sensualité, d’énergie, de tendresse.

 

Tout aussi fort était la  «  cuisine » :  avec une Claire Marie Osta coupante comme une lame de rasoir dont chaque mouvement ciselé, percutant, mais fluide donnait du fil à retordre à son compagnon Bélingard. Un Bélingard tout en retenu, en souffrance, en questionnement, dépassé par sa compagne qu’il ne comprend plus, qui le laisse sans voix.

 

Il faut aussi évoquer M A Gillot, cette danseuse atypique et sublime dont je raffole, que je regrette tant de ne pas voir comme prévu initialement dans le rôle de Gamzatti face à Zakharova. Gillot possède la plus belle technique qu’on puisse rêver et est tellement à l’aise avec ce type de langage que le résultat est impressionnant de force, de grâce, d’énergie : la scène de Garnier devenait toute petite lorsqu’elle était présente. Elle captive, envoûte. Avec elle, tout semble démesuré, immense et tellement habité, tellement vivant.

 

Il faut aussi rendre hommage  au talent de Simon Valastro et Adrien Couvez dans un duo étonnant, réglé au millimètre près. Leur sortie de scène à quatre pattes, comme des phasmes sur les blés, était à mi-chemin entre la danse et l’art plastique : une œuvre d’art en mouvement. Mais les mots semblent bien plat face à leur talent!

 

Mats Ek a alterné des passages «  narratifs » pleins d’émotion, avec d’autres «  d’énergie pure » ; le tout avec imagination, sensibilité, tendresse, dérision – mais juste ce qu’il faut, car il n’y a pas de cynisme chez lui, il est trop tendre.

Fleshquartet dissimulé au début par un rideau – car la scène s’ouvre sur une scène qui s’ouvre sur une scène dans un jeu dérisoire et d’illusions de théâtre dans le théâtre - est en parfaite harmonie avec les danseurs : les phrasés délicats succèdent à des explosions plus rocks comme je les aime : c’est vivant, habité, pleins de décibels qui laissent place à des chuchotements lourds de larmes qu’on retient et qui dopent les danseurs comme des chevaux de course avant un grand prix.

Puis le silence revient et avec lui les chuchotements et les cris plaintifs dans les appartements

 

Le finale rassemble la totalité des danseurs dans une course folle où la virtuosité s’entremêle à celle des musiciens pour une explosion ultime d’énergie qui nous soulève littéralement sur notre siège, comme à un concert rock.

 

Je n’ai jamais vu une aussi belle énergie combinée à une telle virtuosité sauf chez Alvin Ailey quand il dirigeait encore la compagnie. C’est du même registre.

 

À la fin de la pièce, les danseurs et Mats Ek ont reçu une véritable ovation d’un quart d’heure.

Et j’ai mis toute la soirée à atterrir

Pendant toute une semaine, j’ai entendu la petite phrase des cordes dans le pas de deux  de Renavand/Leriche et je les ai vus danser, encore et encore. Je n’oublierai pas !

 

 

 

  Lire l'article appartement sur ce blog


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Published by Nâga.... - dans opéra de paris
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commentaires

Bilboette 24/03/2012 23:07


Merci, Shana, pour ce bel article qui respire l'émotion et l'enthousiasme. Après vous avoir lue j'ai encore plus hâte d'être à vendredi soir pour découvrir ce ballet !

Nâga.... 25/03/2012 10:47



 


Merci Bilboette!


J'espère que vous aurez une belle distribution!