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Shabastet

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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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19 décembre 2012 3 19 /12 /décembre /2012 07:40

arushi.jpgAuditorium du Musée Guimet le 20 octobre 2012

Arushi  Mudgal : danse Odissi

Sawani Mudgal, chant et nattuvangam

Srinivas Satapati, flûte

Pradipta Kumar Moharana, mardal



Arushi  Mudgal a proposé un récital où alternaient danse pure et danse narrative  (Abhinaya). Je pensais que 1h30 de danse sans décor, sans costume serait peut être long mais tout a été un pur délice. Cette danseuse,  virtuose, dotée d’un  sens théâtral totalement maîtrisé, est capable d’aborder toutes sortes de narrations ; à aucun moment, sa danse ne faiblit, même dans les pièces d’une très grande intensité, qui réclament des frappes de pieds d’une virtuosité hallucinante, ou des déplacements véloces qui exigent du danseur une très grande puissance et une maîtrise parfaite. Arushi a le buste, les bras et les mains totalement déliées ; sa danse respire naturellement; en vérité, c’est le fruit d’une travail long, exigeant, qu’elle mène sans relâche depuis sa toute petite enfance, puisqu’elle a commencé à la danse à 4 ans. Ainsi, Chouka et Tribangha se succèdent sans relâche, avec aisance, beauté, souplesse.

Arushi a dansé huit pièces, toutes  très différentes les unes des autres. Après Mangalacharam  au cours de laquelle la danseuse salue la terre, les dieux, le guru et l’assistance et demande à Ganesh  de «  lever tous les obstacles »,    Arushi  a incarné Shiva et sa puissance absolue, (Shiva tandaram strotam) ; elle s’est montrée autoritaire, terrifiante et superbe !  Puis elle a épousé  la douleur de la belle Radha, trahie par son amant  (Ashtapati). Dans Oriya Champu, elle est devenue une Gopi commère, pleine de verve et d'humour, mais bonne copine quand même,  qui met en garde Radha, amoureuse de Krishna : « tu vas te brûler les ailes, ma fille,  à vouloir aimer un Dieu ! Tu vises trop haut, il n’est pour aucune de nous !  Et ensuite, que feras-tu à part verser toutes les larmes de ton corps ? »  Son visage est expressif ; elle sait donner à son regard, à une inclination de la tête, à un mouvement de cou, à un menton pointé ou bien encore à un haussement de sourcil le sens exact qu’elle désire. Ainsi, sa théâtralité, ses qualités d’interprète  s’accordent à merveille avec la virtuosité de sa danse pure.

Dans Aalhad,  la danseuse  ajuste au millimètre près ses frappes de pied aux percussions, offrant un moment saisissant de perfection.  Arushi déploie ensuite toute  la délicatesse  raffinée dont elle est capable, comme dans Vasant, chorégraphié sur un poème en sanskrit du 6ème.  Enfin,  dans Kumara shambhava elle évoque  avec des mouvements de poignets et des mudras précis et délicats  le   printemps  et ses arbres en fleurs, les lotus épanouis, les parfums suaves,  les fleurs et les oiseaux multicolores et bavards, les abeilles et les amoureux… Shiva et Parvâti.  

Arushi a magnifiquement terminé son récital par une pièce mystique de pure beauté, qui évoque la terrible déesse Durga, (Bhairavi Pallavi) et la lumière s’est estompée sur une pause qui a rappelé la statuaire des temples de l’Orissa et l’origine de cette danse sacrée.

La  danse d'Arushi est pure poésie, pure maîtrise, pure virtuosité ; en outre, elle est d'une expressivité spectaculaire ce qui fait que  tout est très lisible, compréhensible, même pour un public qui ne serait pas du tout initié.Arushi-Mudgal-Odissi-Dancer.jpg

Preuve en est cet Ashtapati - poésie du 13 siècle, - évoquée plus où la gopi Radha, aimée de Krishna attend son retour au petit jour impatiemment ; elle se rend compte que l'amant a été infidèle : son corps porte même les traces de sa nuit d'amour. S'en suit une pièce bouleversante ou Radha,   jalouse et malheureuse, exprime toute sa douleur,   montre à Shiva comme  elle se sent offensée, et l'invite à aller séduire toutes les Gopi ( gardiennes des vaches) si cela l'amuse. Dans sa douleur, elle reste digne...

 

Le père d’Arushi, Padmashree Madhup Mudgal,  musicien et compositeur,   dirige une grande école de musique et de danse à New Dehli ; sa tante, Madhavi, élève  du grand Guru Kelucharan Mohapatra à qui j’ai déjà consacré un article, et qui a chorégraphié la plupart des pièces a été l’une des danseuses les plus réputées ; elle a formé Arushi et l’aide dans son travail chorégraphique.  Sa sœur chante. Elle n'a pas ces voix nasillardes féminines que je déteste; au contraire. Son chant est beau, spirituel,tout comme la flûte qui accompagnait la danse. La musique jouée " live" était un plaisir à elle seule. Il y avait une osmose remarquable entre tous les artistes...

Le résultat est spectaculaire car l’Odissi se trouve remanié par toute cette famille, - on pourrait dire «  modernisé » -  Ces pièces dansées, pour la plupart chorégraphiées par Kelucharan acquièrent une dimension scénique ; certains passages sont coupés, d’autres, transformés, d’autres accueillent davantage de virtuosité. L’exploitation de la scène elle-même est différente : la danseuse l'utilise dans toutes les directions. Les tempi de certains passages sont accélérés pour rendre plus éclatante la virtuosité… bref, difficile dans certaines pièces de reconnaître le travail de Kelucharan, plus sobre, plus intime, plus destiné à une salle plus qu’à une scène.

Et pourtant !!!! Et pourtant, rien n’est trahi, au contraire ! L’esprit de l’Odissi est bien là… si l’on est un peu sensible, Rasa arrive avec la dernière pièce… c’est réel et c’est profond. Chacun le ressent qu’il soit dans une quête mystique ou non. La spiritualité reste bien au cœur de l’Odissi, qui  n’est pas devenue un divertissement de scène pou Occidentaux en mal d’exotisme. Et c’est là que je salue ce travail exceptionnel : restituer l’âme de l’Odissi tout en l’adaptant aux exigences de la scène et à notre époque. Adapter sans trahir les fondements même de l’Odissi, dont la vocation première est d’élever l’âme du spectateur.

Ce  qui me ramène à un article précédent où je m’inquiétais de l’avenir du ballet. Noureev n’est plus là pour donner son souffle, écrivais-je, et les ballets perdent peu à peu leur âme. Mais il suffira qu’un nouveau Noureev naisse pour que le ballet classique retrouve non seulement son éclat, mais surtout, sa raison d’être.

 

Vous trouverez sur Youtube presque toutes les videos que je cite; mais rien ne vaut le direct! impossible de retrouver les énergies du récital via une video...

 

madhavi-mudgal-and-arushi-mudgal-city-center.gif   Arushi et sa tante Madhavi

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Published by Shabastet - dans Odissi et Yoga
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commentaires

Joël 22/02/2013 02:12


Depuis que j'ai pris conscience que les danses du Sud de l'Inde racontaient une histoire que je pouvais comprendre, je suis devenu un ardent spectateur de ces danses, et plus particulièrement du
bharatanatyam. Ce récital d'Arushi Mudgal était ma première expérience avec le style odissi. Comme vous, j'ai aimé la musique et la virtuosité de la danseuse, mais du fait de mon intérêt pour
l'expression et la narration, j'aurais sans doute préféré voir des pièces plus développées (existe-t-il un analogue des Varnam en odissi ?). Cela dit, quelle belle conclusion à ce
récital que la fin apaisée sur la syllabe Om dans Bhairavi Pallavi !

Shabastet 28/05/2014 09:22



Je suis désolée, je ne découvre votre commentaire que maintenant!


J'ai  pratiqué le baratha natyam avec Amala Devi mais quand j'ai découvert l'Odissi, ce fut le coup de foudre total! Je ne pense pas qu'il y ait l'équivalent des Varnam en odissi, mais je me
renseignerai; quand à la fin du récital, j'en vibre encore un an et demi après; Arushi est revenu en France cette année, mais hélas pas à Paris; cet art est un peu mieux connu dans le sud de la
France ou plusieurs professeurs enseignent depuis pas mal de tant.


Tara Mickael par exemple a réalisé un livre sur les mudra absolument fabuleux; malheureusement, il n'est plus réédité, mais on peut encore le trouver d'occasion