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Shabastet

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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 09:42

 

C’est tout à fait par hasard qu'il y a deux ans, j’ai découvert les Trois sœurs à la Comédie Française. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre et j’ai été conquise

 

Par le texte lui-même pour commencer ; simple, sobre, il nous plonge au sein de cette fratrie privée de leurs parents ; trois sœurs et un frère – comme chez les Bronté – qui vivent en Province et ne rêvent que de retourner à Moscou, depuis la mort de leur père, un an plus tôt. On ne sait pas très bien depuis quand la mère est morte, mais l’on suppose que cela fait longtemps, car la vieille nounou qui est là depuis trente ans fait partie de la famille.

Dans cette maison, les officiers de la garnison en place dans la petite ville, viennent souvent en visite, amenant avec eux gaité et chansons

Chacun essaie de trouver le bonheur dans une existence qui n’en donne pas. Personne n’est véritablement malheureux non plus ; non, juste une existence ordinaire dans une ville ordinaire.

 

 54739308.jpg Verchinine, - l'excellet Vuillermoz - le nouveau commandant de la batterie,  qui au détour d’une phrase fait comprendre qu’il a toujours vécu dans des petits meublés minables, aux côtés d’une épouse suicidaire, mais qu’il aime profondément ses « deux petites filles », est l’un des personnages les plus attachants. En dépit d’une vie qu’on suppose difficile, lui qui ne rêve « que d’une maison comme celle-là » alors qu’il va de garnison en garnison, ne se plaint jamais de son sort qu’il essaie  d’accepter. Il pense que  l'existence banale qu'il mène conduira peu à peu   l’humanité future au bonheur.

Dans le passé, ancien camarade du père des trois sœurs, on l’appelait le major amoureux. Rien qu’avec cette évocation, on imagine ce qu’a pu être sa jeunesse : pleine de promesses !

Mais cette époque est bien révolue… aujourd’hui, il trouve du bien-être à venir dans la maison des Prozorov,  auprès des sœurs raffinées – l’une d’elles parle quatre langues, l’autre joue du piano, la troisième enseigne et finira directrice.

Les sœurs sont persuadées qu’en retournant  à Moscou, leur vie prendra enfin son envol. Moscou, c’est aussi la ville de l’enfance, lorsque leurs parents vivaient encore.

Macha, - Elsa Lepoivre, parfaite en femme qui a perdu ses rêves - qui joue avec talent du piano, est mariée à un homme bon, mais qui l’ennuie. C’est le genre d’homme gentil - l'excellent Gilles David -qui veut surtout ne pas déplaire, ni à sa femme, ni à ses supérieurs au lycée ; il finit par couper sa moustache, car le proviseur l’a fait, alors que ce geste l’enlaidit. Olga, - Florence Viala - l’ainée,  enseigne, mais se sent toujours fatiguée, sans entrain ; elle se plaint de maux de tête, de surcharge de travail.    La cadette, Irina, - Georgia Scalliet qui incarne à la perfection l'insouciance qui se voile -  dont c’est la fête lors du début de la pièce,  pense qu’elle trouvera du plaisir en travaillant, en s’occupant. Pour elle, en ce matin de mai, un an après la mort de son père, tout semble possible, une promesse de bonheur flotte dans l’air,   sa vie est en fleur, comme le printemps au dehors.

Quant au frère, c’est un brillant étudiant en sciences et un talentueux violoniste. Tous les espoirs reposent sur lui. ( Stéphane Varupenne- en 2010 et 2011Guillaume Gallienne.)

On comprend que la maison de ces quatre enfants attire les officiers qui viennent y passer leurs après-midi de liberté et à  leurs soirées. On chante, on danse, on devise, on rit, on se chamaille gentiment.

Verchinine, le commandant,  philosophe sans cesse ; plus tard, « dans deux cents ou trois ans » lui-même sera oublié, mais sa vie et celles de ses contemporains auront permis à cette humanité future d’éclore.

 

Natacha, la fiancée du frère, accélérera l’étiolement des rêves de cette fratrie. ( Coraly Zahonero est parfaite en fiancée peu sûre d'elle au début de la pièce qui finit par régner en maître, parfaitement contente de sa vie)

 

Françon  offre à ce texte une mise en scène très sobre et belle tout à la fois, qui renforce le sentiment de chagrin  qui s'étend d'acte en acte sur toute la maisonnée hormis Natacha.

 

Le premier acte, le plus lumineux, offre deux espaces : un grand salon avec un piano, éclairé par une immense 54739353.jpgvéranda qui s’ouvre sur un printemps en fleurs et de grands bouleaux, « mes arbres préférés » dit Vernichine. Les arbres " n'ont pas encore de feuilles" fait remarquer l'une des soeurs.   Il y a des fleurs blanches à profusion, et lorsque le soir arrive, les domestiques allument de nombreuses bougies dans chaque coin de la pièce.

 

 

 

 


Dans le second acte, l’espace est le même, mais le piano qui trônait ne se voit presque plus.  La musique se tait peu à peu. La neige tombe par les fenêtres, à demi-masquées par de sombres rideaux. Il n’y a plus de lumière. Le salon comme la véranda semblent tristes. Les officiers arrivent, pour voir les Masques, mais Natacha les renvoie chez eux, alors qu’elle-même court rejoindre Protopopov, - un personnage qu’on ne voit pas – qui l’invite à faire un tour dans sa troïka et avec qui on comprend qu’elle a une liaison.


Dans le troisième acte, les trois sœurs sont réunies dans une seule chambre ; un incendie a éclaté. Le passé brûle – l’un des officiers a tout perdu dans les flammes. Le caractère de Natacha s’affirme, car elle veut congédier tous les domestiques inutiles, après avoir donné toutes les chambres des sœurs à ses propres enfants.  Le médecin militaire sombre dans un chagrin sans fond devant son incapacité à soigner, à être utile.  

Passé et présent se « télescopent » en cet espace qui est fermé, cloisonné. Tandis qu’en cette nuit d’incendie, la maison sert de refuge à ceux qui n’ont plus de toits – et qu’on ne voit pas – le drame se resserre dans la chambre.

Le frère, qui vit désormais reclus dans sa chambre avec son violon, vient trouver ses sœurs pour qu’elles lui disent ce qu’elles ont sur le cœur ; mais elles se cachent derrière leur paravent ; il déverse des flots de mensonges sur ses motivations, sa vie, jusqu’à ce qu’il avoue tout à coup qu’il a hypothéqué la maison, y compris la part de ses sœurs.

Le quatrième acte se passe à l’extérieur, devant la véranda. Les sœurs sont mises « dehors ». La garnison s’en va dans une autre ville ; c’est l’heure des adieux, mais des décisions aussi.

Et tandis que Natacha décide de couper " toute cette allée de chênes" un duel inattendu entre le soupirant d’Irina qui a quitté l’armée et un officier qui lui a toujours cherché querelle met fin de façon violente aux rêveries sans fondement des sœurs.

Elles qui, comme tous les autres personnages ont toujours plus ou moins cru que les choses se passeraient comme elles le souhaitaient, réalisent à ce moment-là qu’elles doivent prendre leur destin en main. « La musique est si gaie, dit Olga en écoutant la garnison s’éloigner ; il faut vivre ! » 

 

On se demande si elles trouveront la force, si elles auront l’énergie nécessaire pour faire le voyage à Moscou afin de bâtir la vie dont elles ont rêvé.

 

Le plus touchant dans cette pièce est cette dizaine de personnages sans rien de particulier, mais si humains ; le texte de Tchékov est d’une telle modernité qu’on le croirait écrit aujourd’hui. Les personnages font écho à une partie de nous-mêmes ; dans leur quête, leur rêve, leur espoir et leur résignation aussi. « Dieu ne l’a pas voulu » dit parfois l’un d’eux.

54739547.jpgCette résignation attriste, car il semble que quoiqu’ils décident ou fassent, le bonheur espéré ne viendra pas pour aucun des personnages qui aspire à quelque chose d’inaccessible.  Une sorte de paradis perdu, peut-être. Ce qui ne les empêche pas d’avoir des fou-rires, des moments de gaité, de chanter, de danser, au moins au premier acte. Les émotions surgissent, jaillissent spontanément. Et cette spontanéité est pleine de fraîcheur.

 

La Comédie Française offre pour la troisième saison cette pièce sensible, touchante, humaine avec des comédiens de grands talents.  Peut-être y retournerai-je avant la fin de cette reprise.

 

 

 

distribution :

 

Michel Favory : Feraponte

Eric Ruf : Vassili Saliony

Eric Génovèse : Touzenbach

Bruno Raffaelli : Tcheboutukine

Florence Viala : Olga

Coraly Zahonero : Natalia

Michel Vuillermoz : Verchinine

Stéphane Varupenne : Prozorov

Gilles David : Koulyguine

Gerogia Scalliet : Irina

Jérémy Lopez : Fedotik

Danièle Lebrun ; Anfissa

Benjamin Levernhe: Rode

 

 

photos sans but commercial

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