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Shabastet

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  • : Blog sur la danse en général et l'opéra de paris en particulier rédigé par Valérie Beck, administratrice du forum danses pluriel
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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2 octobre 2010 6 02 /10 /octobre /2010 09:53

Roland Petit Opéra de paris oct 2010

 

 

Rendez-vous ouvrait cette courte soirée consacrée à Roland Petit

Bien vieillot, cette œuvre !

Toute la première partie est d’un barbant achevé, et même Nicolas Leriche n’arrivait pas à donner du relief à cette pièce datée où l’on entend à tire-larigot «  les enfants qui s’aiment » ou «  les feuilles mortes »

Et puis ELLE arrive ! Qui ? La Ciaravola !!! La voilà, la voilà, la voilà !!!

Ah, dire que je n’ai pas pu la voir dans la Dame aux Camélias !!!! (Blessée, elle a été remplacée par Moussin)

Elle m’a rappelé un peu Guillem !

Elle a des bras, des jambes d’un délié et d’une précision ! Une vraie liane !

Elle incarne une femme fatale (pas très originale chez Petit, il n’y a que cela et elles tuent toutes les hommes qui les aiment) et danse un pas de deux avec Nicolas Leriche qui suspend littéralement le temps. Pendant une dizaine de minutes, alors qu’on périssait d’ennui sur son siège, on est tout à coup transporté hors temps, dans un univers de beauté, de perfection, d’art, en un mot. Ce duo est celui du jeune homme naïf et de la mante religieuse, mais c’est aussi plus que cela, quand il est dansé par des artistes du vol de Leriche et Ciaravola

On ne se dit plus «  dommage que Nicolas danse ce navet », on ne se dit plus rien d’ailleurs, on voudrait juste que le moment ne s’arrête jamais !

Voilà, quand deux grands artistes habitent une œuvre, la magie de l’art est là ! Dans les techniques de yoga, on parle de Kumbhaka, la stupéfaction qui peut amener spontanément des arrêts de souffle (qui ouvre alors la porte sur des mondes spirituels) : c’est ce que j’ai ressenti hier !

 

photo_large_3451-20100824174240_rolandpetitleloup_inter.jpgSuivait le Loup !  (ici Kader Belarbi)

Une histoire un peu semblable à la bête et la belle, où une jeune fille est trahie par son fiancé  le jour de ses noces, s’éprend d’un loup qui a l’apparence dudit fiancé, découvre que c’est un loup, en a peur, puis est gagné par la pitié avant de l’aimer pour de bon, avant que celui-ci ne soit tué par les paysans haineux

 

Ce qui m’a gêné dans ce ballet, c’est que j’ai eu l’impression de voir notre Dame de Paris transposée en Loup ; on retrouve les mêmes mouvements de foule, des pas similaires pour la Bohémienne qui rappelle vraiment Esmeralda, et pleins de petites choses qui font que Petit m’horripile : ces mouvements de bras qui s’agitent, ces cortèges qui tournent dans un sens puis dans l’autre, ce côté bavard, cabaret, facile, coloré, et gesticulant : arggh ! je déteste !!!

Notre Loup était incarné par un Benjamin Pech bien fade, comme souvent

J’ai du mal à aimer sa danse ; j’ai un souvenir d’un Roméo à périr d’ennui, d’un oiseau de feu pas très volant, et pour le feu, on repassera,  et j’ai même oublié les autres rôles qu’il a dansé!

Le Loup  n’a de loup que de nom ; a-t-il pris le parti d’être un loup transformé en homme ou un homme qui se sait loup ? Je ne le sais pas moi-même ; a-t-il voulu dire que cet être était blessé et fragile ? Car il n’y a pas la moindre once d’énergie dans ce qu’il fait

En face de lui, un Duquenne bien comme il faut et tout aussi scolaire !!!

Seule Pujol sortait du lot ; mais difficile pour elle de donner un peu de vie à une pièce où les autres danseurs semblent empêtrés qui dans la technique, qui dans le personnage qu’il doit incarner

Le seul problème, c’est qu’en la voyant danser, j’ai pensé à Giselle, à Juliette, à Hurlevent dans lesquels  elle excelle, mais pas un seul moment je n’ai regardé son personnage

Je me disais sur mon siège : « Ah, Hurlevent, comme j’aimerais le revoir », ou bien,   « j’espère qu’elle dansera Juliette cette année », ou bien encore, «  dommage que l’opéra n’ait pas commencé sa saison avec Giselle comme l’an passé ! »

Bon, quand le Loup meurt et la jeune fille aussi, on est juste soulagé, car l’entracte arrive !

 

Après l’entracte venait le Jeune Homme et la mort

 

Je l’avais déjà vu deux fois sur scène avec Leriche et j’avais très peur de la comparaison

Stéphane Bullion incarnait ce jeune homme aux côtés d’Abbagnato qui dansait la mort

 

La musique commence, le jeune homme est allongé sur son lit… et puis il s’assoit, regarde sa montre, l’écoute, (marche-t-elle ?) et tout de suite, on est happé par l’histoire

Bullion donne à ce jeune homme une fragilité, une souffrance qui va au-delà de l’histoire qui se déroule sur scène

On sent que ce n’est pas seulement la fille et son retard qui le fait souffrir, mais c’est sa vie elle-même. On lui imagine une vie par delà le temps présent du ballet ; c’est rare, cela montre que Bullion a d’immenses qualités d’acteur, et sa façon bien à lui de s’emparer de ses rôles ; on dirait qu’il a été rôdé à la technique de Stanislavski !!

Sa danse nous entraîne dans son monde à lui ; on ressent une compassion immense nicolas_le_riche_la_mort_jump.jpg

En outre, Bullion s’arrange très bien avec toutes les difficultés techniques de l’œuvre : il y a les chaises, les tables, avec qui il faut danser et c’est périlleux, voire douloureux.

Dans le documentaire qui lui était consacré, Leriche disait à quel point on se faisait mal en dansant cette œuvre

 

Techniquement, c’est moins puissant qu’un Babillée, un Noureev ou un Leriche.

Mais c’est tellement habité !

 

Quand à la jolie Abbagnato, j’étais heureuse de voir une danseuse aussi féminine qu’elle dans ce rôle qui incarne la garce parfaite

D’habitude, les danseuses que j’ai vues avaient une personnalité plus « yang » que « yin »

Gillot, Jeanmaire et Pietragalla font partie de ce groupe

 Mais Abbagnato elle, est délicieusement sensuelle, fine, séductrice, tout en incarnant la peste parfaite

 Le couple se renforce mutuellement, lui dans son mal de vivre (du coup, on lit plus que ce jeune homme joue avec la mort, qu’avec un amour qui tourne mal) et là aussi les 20 minutes passent à une vitesse incroyable !

 

Un moment d’émotion très fort, et un moment artistique très puissant ! Servi par l’envoûtante Passacaille de Bach

Ah, petit aparté ; c’est mon ancien directeur de conservatoire,   André Girard qui a eu l’idée de la passacaille de Bach pour ce jeune homme et qui a dirigé l’orchestre !

 


 

Voilà, cette soirée résume bien ce que je pense de Petit

 

- D’abord, il faut qu’il soit servi par des interprètes hors pair, totalement habités par leur personnage, sinon, ça ne fonctionne pas

- D’autre part, ce chorégraphe bavard, qui a un côté cabaret très prononcé, nous donne de temps en temps à goûter des moments chorégraphiques flamboyants !

       Par exemple, l’Arlésienne est à périr d’ennui, et puis hop, la farandole finale est un morceau d’anthologie ! (dansée par Legris ou par Bélingard, c’est d’une force !!!)

Son Notre dame de paris est long à mourir, mais tout à coup, il y a la variation d’Esméralda, ou bien le duo Quasimodo- Esméralda et là : «  O temps, suspend ton vol…. »

  Son Rendez vous est un navet, sauf quand le pas de deux final commence….

 

Un chorégraphe inégal donc, qui a beaucoup produit, s’est beaucoup redit, mais offre tout de même quelques unes des plus belles pages de danse du XXème

Sur l’heure et quart de spectacle, j’ai goûté très exactement une demi heure de danse…et trois quart d’heure d’ennui pur, où l’esprit vagabonde d’une idée à l’autre !

 Mais ça valait vraiment le coup de se prendre la pluie sur la tête une heure allée puis une heure retour en moto pour admirer des artistes que j’aime tant !

A noter que c’était le grand retour pour Ciaravolla, blessé depuis fin février, pour Abbagnato qui avait pris une année sabbatique, et pour Pujol qui n’avait pas dansé non plus la saison passée ( je ne me rappelle plus pourquoi !)

 

 

Je continue de penser que l’opéra de Paris n’est plus ce qu’il était du temps de Noureev

D’ailleurs, il suffisait de voir les décors revus au rabais du Jeune homme

Mais certains danseurs ont une personnalité tellement attachante, outre leur technique de danse fabuleuse

J’ai été gâtée car j’ai vu nombre de mes danseurs préférés hier !

Quand à Bullion que je n’avais vu que dans du Prejlocaj, je suis vraiment heureuse de l’avoir découvert hier dans ce fabuleux rôle qu’est le Jeune homme

Un artiste à part entière !

 

 


 

Voici un lien vers une de mes critiques de 2005  écrite sur un forum de danse et que j'ai reproduit ici; à l'époque, je n'avais pas encore ce blog où je me permets plus de liberté que sur les forum où j'essaie de rester plus neutre dans mes propos

 

Soirée Petit 2005   ( cliquez sur ce lien)

 


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Published by Nâga.... - dans opéra de paris
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