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Shabastet

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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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5 avril 2012 4 05 /04 /avril /2012 20:26

Zakharova-Tchaikovsky

 

La Bayadère – Zakharova/ Bullion/ Pagliero – 4 avril 2012

 

J’avais longtemps hésité à prendre des places pour cette série. Mes dernières Bayadères étaient décoratives, sans âme, terriblement décevantes.

À cause de distribution tardive, j’ai raté les derniers Solor de Nicolas Leriche et l’ai amèrement regretté.

C’est finalement mon envie de voir Zakharova au moins une fois sur scène qui a eu raison de mes réticences… en vidéo, j’oscillais entre la fascination et un certain agacement devant l’étalage d’une technique grandiloquente, qui nuit à la qualité de l’interprétation…

 

Je n’avais pas particulièrement d’attente, mais beaucoup de curiosité.

 

Que dire d’autre si ce n’est que cette soirée fut un enchantement d’un bout à l’autre ?

 

Zakharova totalement investie dans son personnage avait à ses côtés le Solor de Bullion, plus poète que technicien : leur premier pas de deux fut une merveille de fraîcheur, de jeunesse, de fluidité, de tendresse. Comment ne pas croire que ces deux-là sont jeunes et aiment pour la première fois ?

 

Le brahmane de Yann Saiz était tout en nuances, et en sentiments contradictoires. Mais il fallait être près ou avoir des jumelles, je pense pour apprécier son subtil jeu de scène.

Allister Mandin campait un Fakir expressif, très présent ; il donne de l’épaisseur à ce rôle un peu ingrat, et on a plaisir à le voir à chacune de ses apparitions.

 

On comprend dès l’entrée de Nikya, que la sincérité des émotions l’emportera sur la démonstration de technique. Je ne m’attendais pas à une telle sobriété de sa part, après l’avoir vue danser dans  la Belle au bois dormant d’une façon un peu tape à l’œil, à la télé cet hiver.

Ce fut pourtant son choix ;  poésie, spiritualité, douceur, telle apparaît-elle dès son sa première variation.

Son face à face avec le brahmane, montre toute une étendue d’émotion, qui va de la colère au doute,  de la fragilité à la puissance. Elle est déterminée à ne pas aimer cet homme, terriblement puissant, et face auquel elle vacille parfois, comme la flamme d’une bougie dans un courant d’air;  c’est son amour pour Solor qui  lui donne  la force de s’opposer au brahmane.

Théâtralement, tout le duo mimé est d’une lisibilité confondante ;  face à elle, Yann Saiz sort aussi de sa réserve

 

 

Quant à la confrontation avec Gamzatti,  c’était une vraie réussite.

 

Pagliero campe une princesse imbue d’elle-même, très consciente de sa supériorité, de son statut, de sa richesse ; qui se montre condescendante et faussement généreuse avec Nikya avant de dévoiler son véritable jeu, anticipant finalement par ce jeu la scène où le serpent caché dans les fleurs tuera la Bayadère.

Les émotions montaient vers  les spectateurs en vagues successives de plus en plus fortes, les laissant à la fin de l’acte, la gorge nouée…   

Nikya d’abord intimidée, refuse le bracelet que lui tend Gamzatti avec étonnement ; elle ne comprend pas très bien pourquoi celle-ci l’a fait venir dans son palais, et lui fait ce présent,  mais elle ne se méfie de rien ; lorsque la princesse la projette littéralement devant le portrait de Solor pour lui annoncer avec une joie cruelle ses fiançailles, la Bayadère, totalement bouleversée,   perd pied quelques instants. Mais quand Gamzatti lui dit, «  tout ici est à moi, le palais, les richesses, et Solor, toi, tu n’es qu’une porteuse d’eau, Nikya se rappelle que Solor lui a juré son amour au dessus du feu sacré, et ce souvenir lui donne l’audace de se dresser face à la princesse ; la violence éclate de part et d’autre, jusqu’à ce que dans un moment de rage,  Nikya s’empare d’un couteau et se jette sur Gamzatti, apeurée.

La servante intervient à temps, et Nikya réalise l’horreur de son acte et fuit le palais. Gamzatti retrouve sa superbe et se jure de   briser Nikya.

 

Le rideau tombe, et on est cloué sur son fauteuil, submergé par toutes ces émotions…

  

 

 

Le second acte – mis à part les réserves sur les costumes refaits d'une façon honteuse parce qu'ils sont totalement dépareillés!!!! – fut flamboyant

Un corps de ballet très ensemble, très dansant, avec sur les visages une vraie joie de danser !

À noter la très jolie danseuse Manou d’Aubane Philbert accompagnée par deux élèves de l’école de danse pleines de grâce et de vivacité

 

L’idole Dorée d’E. Thibault a un certain panache…même s’il n’a plus l’élevation d’autrefois.

Je goûte toujours aussi peu la danse indienne, qui me rappelle les séances d’aérobie de Jane Fonda, mais bon, je dois convenir qu’hier soir, tout était très enlevé, avec cette joie à danser communicative.

Au milieu de cette euphorie,  l’arrivée de Nikya créée un vrai malaise.

 

La première partie de sa variation tout en douleur et en musicalité a suspendu le temps ; la deuxième partie, avec cette joie un peu hystérique, parce que Nikya reprend espoir et croit que Solor lui restera fidèle, comme il lui a promis, était presque brouillonne ; comme si la Bayadère à cet instant précis perdait la tête.

Pendant cette variation, il se passe beaucoup de choses sur scène : chaque personnage incarne une gamme de sentiments variés qui va de la rage contenue (Gamzatti) au malaise teinté d’un peu de lâcheté (Solor) en passant par “mais on ne va pas la laisser faire !” du Maharadja (Phavorin, très bien !)

 

Par ailleurs, le solo de Solor ne manquait pas de brio, mais on sentait le danseur terriblement concentré ; ce qui a nui à cet abandon dans la danse qui est si jubilatoire pour le spectateur.

 

À la mort de Nikya, Gamzatti et le rajah quittent la scène royalement semblant dire “et bien voilà qui est fait ! bon débarras” tandis que Solor réalise trop tard que l’irréparable vient de se produire

 

D’ailleurs la variation de Gamzatti, odieuse à souhait, - je n’irai pas à dire qu’elle n’a pas à se forcer !!!- était très réussie techniquement parlant – à la fin de cette variation, la demoiselle a eu une façon de se planter sur la scène en laissant les bras en l’air comme pour signifier «  vous avez vu ? » le tout accompagné d’un sourire carnassier… ma foi !

 

 

Le troisième acte passa comme un rêve…c2299e24488dad15916c2c8f53bf14f6.jpg

 

La descente fut belle : prise dans cette soirée magnifique, j’ai fermé les yeux sur les deux ou trois ombres un peu fatiguées, car les autres étaient parfaites

Un grand moment de poésie, qui montre que l’ONP n’a pas dit son dernier mot ! On peut garder espoir ! Le niveau est prêt à « repartir» pour peu qu’il soit relancé…

 

Des trois solistes, c’est Giezendanner et sa joie à danser qui a le plus illuminé la scène d’une présence poétique, légère, gracieuse

Bourdon, terriblement concentrée,  avait un masque en guise d’expression ; sa danse était un peu raide, un peu figée ; par un moment, elle s’est rappelé qu’elle devait sourire, a grimacé un demi-sourire, puis s’est de nouveau concentrée à l’extrême

Laffon fut une ombre élégante et dansante

 

 

Quant à Zakharova, elle avait dû tronquer son corps de chair par un corps empli d’air pendant l’entracte ; quelle légèreté ! Une ballerine en état de grâce !

Elle n’est plus qu’une Ombre au royaume des ombres, évanescente, impalpable, face à un Solor inconsolable, dans un état second.

Les pas de deux auraient encore gagné en beauté si Bullion n’avait pas lui aussi été si concentré, si à l’écoute de sa partenaire ; il était aux petits soins pour elle, à en perdre cet abandon dans la danse qui me fascine tant chez Guillem ou Leriche, ou même cet hiver chez Ciaravolla et Ganio… peut être que quelques répétitions de plus leur auraient permis d’aller plus loin dans la confiance réciproque de l’un pour l’autre…

 

Le pas de deux au voile montrait que les ajustements n’étaient pas tout à fait terminés…

Mais malgré tout, il y avait un charme, une magie, un quelque chose qui passait comme un rêve et nous emportait vers un au-delà sublime…

 

Zakharova m’a  conquise par son sens de la scène, du jeu théâtral,  sa musicalité, et surtout, sa grande simplicité, jusque dans les saluts ! On ne voit jamais l’effort quand elle danse, on ne voit que son personnage.

 

 

Par rapport à nos étoiles ?

 

Rien de plus rien de moins, si je m’en réfère à Dupont, Pujol, Ciaravolla, Osta, Letestu au fil des rôles dans lesquels je les ai vues. ( Je n'ai vu que Dupont et Guérin dans le rôle)

C’est juste une question de style, de façon de bouger, plus «  orientale» plus souple au niveau du buste, des bras, du port de tête

 

J’étais heureuse de rencontrer une Bayadère aussi attachante, aussi émouvante…  

photos extraites du site de Zakharova et de celui de Noureev.org sans but commercial.

Le choix de la photo de Zakharova résume toute sa simplicité de cette soirée.

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Published by Nâga.... - dans opéra de paris
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