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Shabastet

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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

7 juin 2006 3 07 /06 /juin /2006 08:40

 

Fritz Lang, de retour en Allemagne après un exil qui a duré vingt ans , réalise en 1959 deux films qui s'appellent " Le Tigre du Bengale" suivi du " Tombeau Hindou". Il a longtemps rêvé de  ces films, et leur concrétisation est pour lui un immense bonheur.  
 
J'ignore exactement à quoi est dû leur succès  ( films d'aventure populaire dans une Inde imaginée et pas du tout réaliste, où la richesse, la cruauté, l'exotisme, le mystère, l'aventure cohabitent,) mais ce que je sais, c'est qu'enfant, je les avais vus à la télé un dimanche, et que j'avais été complètement captivée par l'interprète principale, la sublissime Debra Paget qui  danse dans les deux films. Et pour cause : elle incarne une danseuse - prêtresse attachée à une déesse dans un temple. Bien sûr, un puissant Maharaja tombe amoureux d'elle en la voyant danser ( on le comprend), mais son coeur va vers un bel étranger, un architecte, qui doit réaliser des bâtiments nouveaux dans la ville d'Eschnapur...
 
 
Son apparition magique dans le premier film est stupéfiante : nous sommes dans l'enceinte d'un temple mystérieux et gris, sous une voûte immense; une statue gigantesque veille sur le temple. Les prêtres sont en ordre à droite de la statue, le Maharadja et ses invités de l'autre côté. Et lorsque Seetha apparait en haut de l'escalier, annoncée par un coup de gong qui résonne longtemps dans tous les souterrains qui étirent leur galerie tout autour du temple, toutes les respirations se suspendent.
Bien sûr, ni la musique, ni la danse n'ont rien d'indiens, puisque l'on est dans un immense conte de fée et pas du tout dans une vision réaliste de l'Inde...
N'empêche que le voyage est grisant...
 
 
 

 

Dans le second film, le tombeau Hindou, Seetha qui s'est enfuie avec l'architecte, est rattrapée dans le désert par le maharadja; comme elle a trahi la déesse, le prêtre la condamne à exécuter une danse avec un cobra. Et c'est très déshabillée que Seetha danse avec le serpent. Malgré tout, il n'y a rien de vulgaire ni d'excessivement suggestif dans sa danse, et je crois que cela tient à la danseuse elle même qui arrive parfaitement à mettre de la distance entre ses gestes, ses attitudes, ses poses et ce qu'elle veut exprimer.

 

 

Car après tout, Seetha danse pour une déesse, et pas pour l'assemblée des hommes qui l'entourent... je n'ai pas encore réussi à savoir qui avait réalisé ses chorégraphies, mais elles sont faites avec intelligence et bon goût, et sur le plan du style lui même réalise une synthèse entre le classique, l'oriental ( ondulations, accents de hanche en twist) et un petit quelque chose de " contemporain" dans les relâchés du corps. La musique est toute simple : quelques percussions métalliques pour créer le mystère, un hautbois mélancolique qui joue une mélodie très entortillée pour l'exotisme.

 

 


 

Voilà comment un grand metteur en scène, en utilisant la danse d'une façon artistique dans son film, a mis en éveil l'imagination d'une petite fille et a contribué à lui donner envie de créer le style.... indo-oriental!!!

Merci à ces artistes de mettre en germination dans nos esprits d'enfants tant de belles pousses qui croissent en nous toute notre vie...

 


 

les deux dvd " le tombeau hindou" et " le tigre du bengale" ont été réédité en DVD sous le label wildside films
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5 juin 2006 1 05 /06 /juin /2006 08:22

 Raymonda, premier cadeau fait à l'opéra de Paris.

Dans cet article, je ne donne que quelques points de repère que je developperai dans d'autres articles, car Raymonda reste émotionnellement mon ballet préféré, sans doute parce que c'est le premier que j'ai vu de Noureev à l'Opéra de Paris.

Raymonda est donc le premier ballet que Rudolph ait chorégraphié pour l'opéra de Paris en 1983, l'année même où il en pris la direction en tant que directeur de la danse. Le contrat stipulait qu'il pouvait passer six mois de l'année hors de Paris, ce qu'il fit puisqu'il continuait à danser un peu partout dans le monde. Il régla donc Raymonda tout en sillonant la planète de ses allées et venues.

Son arrivée à l'opéra de Paris changea bien la façon de travailler des danseurs, habitués, selon les expressions de F Clerc à des répétitions " pépères". Et voilà que Noureev impose une nouvelle façon de travailler, obligeant tout le monde à être présent à la fois, corps de ballet comme étoiles aux répétitions, ce qui avant sa venue n'était pas du tout envisageable. E Platel raconte que les étoiles répétaient devant le corps de ballet, et que Noureev voulant toujours obtenir plus d'elles, les poussait dans leur limite, et que, si elles devaient tomber, et bien elles tombaient, mais que en parallèle elles gagnaient beaucoup de choses.

Beaucoup de balletomanes aiment  la Belle au bois dormant, ou le Lac...

Mais moi, j'ai une préférence toute spéciale pour Raymonda


 

Pourquoi?

Déjà la musique : celle de Glazounov est riche en couleurs, en contrastes, en émotions. Elle baigne dans un orchestration "très russe", avec des thèmes russes   et amples,  aux couleurs chatoyantes empruntées aux cuivres, ou bien plus boisées, plus fraîche lorsque les bois sont plus importants. La harpe intervient dans ce ballet, dans les scènes oniriques.

Ensuite, le mélange des styles, puisque à l'intérieur de ce ballet de conception  classique, Noureev a utilisé les danses dites de caractères que lui même avait apprises enfant en Russie. ( Il a commencé par ces danses folkloriques dans sa petite ville).

 

 

IL y a aussi les emprunts à la danse contemporaine : cela est très net avec les variations d'Abderam, le prince maure amoureux de la belle raymonda. Noureev a toujours aimé apprendre : il a travaillé toute sa vie, enfin, dès son arrivée à "l'Ouest" avec des chorégraphes aussi divers que Paul Taylor, Béjart, Francine Lancelot,  et a appris avec la même passion.

Les déhanchés, les déséquilibres, les attitudes de Abderam dans ses trois variations, les rapides passages au sol et les sauts qui ressemblent au bondissement d'un chat,  sont tous simplement époustouflants de beauté, de créativité et d'intensité virile.... eh oui! Il donne donc à ce personnage dit de " demi caractère" une dimension exceptionnelle, et en fait un contrepoids au Prince. ( Il apparait en rêve  à Raymonda dans les premiers actes, ce qui permet des pas de deux.) Noureev aimait danser les deux rôles : le Prince et le Maure.

 

 

Ensuite les variations de Raymonda elle même. C'est Petitpas qui les a réglées. Il y en a sept, et elles sont toutes incroyablement difficiles. Ma préféré est la dernière, lorsque tous les instruments se sont tus et que le piano joue une musique aux étranges accents de Transylvanie. La musique est puissante et mélancolique à la fois. Cette dernière variation est complètement magique, tant par la danse qui est à la fois très " slave" et très classique que par l'atmosphère immobile qui s'en dégage.


 

Enfin, les  quatre autres rôles du ballet dévolus aux    amis de Raymonda, deux filles, deux garçons  permettent une très grande richesse sur le plan de la structure du ballet et de son langage, car chaque ami a une personnalité qui lui est propre et les variations sont toutes bien différenciées.

 

J'ai eu la chance de découvrir ce ballet en 1983 avec Noella Pontois qui reste ma référence en matière de danse classique. C'était complètement magique! Je l'ai revue dans de multiples interprétations : Pietragalla, Lestestu, Guillem, Clerc, Platel... mais jamais je n'ai retrouvé cette poésie, cette force, cette douceur, cette passion.

Lorsqu'il fut redonné en 1998 à l'opéra Bastille, la magie Noureev s'était déjà perdu... tout semblait figé... perdu, pire encore : académique. De quoi ne plus aimer la danse classique.

 

J'ai vu aussi Noureev dans le rôle d'Abderam. Mais c'est une autre histoire....un peu triste...


Disques et dvd :

disque  : on ne trouve qu'un enregistrement de Raymonda en intégralité chez Naxos; il n'est pas fabuleux, mais pas mauvais non plus.

Je ne peux que vous recommander l'excellent dvd "Rêve d'étoile", chez TDK, "Raymonda" c'est un documentaire fabuleux sur ce ballet et sa création par Noureev.

Pour l'instant, hélas, pas de captation video du ballet dans la version Noureev.

A venir :

Des articles plus fouillées sur les variations, Noella Pontois et Jean Guizerix, la première de Raymonda, la septieme variation dite de la claque ....

 pour finir, cette image de Noella et Rudolph, sur scène.... émotion....

 


 

 A lire sur ce blog :

 

 Noureev

         

Noureev, parce qu'il était unique

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2 juin 2006 5 02 /06 /juin /2006 20:09

                                                                                                        

Pourquoi, tout à coup,  vous parler de Robert? Et bien, je ne sais pas! Une envie, comme cela!

Et puis, cela changera de la danse! 

Tout a commencé un jour, en écoutant la radio... je suis tombée sur un des titres de Led Zep : whole lotta love. Et ça a été le coup de foudre IMMEDIAT. J'ai été illico presto acheter le disque et me le suis repassée en boucle; oui, à l'époque, j'étais au conservatoire, à la Sorbonne, avec des étudiants qui écoutaient des choses bien sages. Mais c'était un peu étouffant, même si ces années étudiantes sont toujours très très grisantes par toutes les rencontres que l'on fait de gens qui partagent nos passions... enfin pas toutes, car pour Led Zep... C'était ainsi à l'époque et ça n'a pas changé... je jouais Chopin, Debussy, Ravel, Bartok, et j'écoutais Kate Bush, Led zep, Tina Turner, James Brown, Marvin Gay... et bien d'autres.

Depuis, j'ai appris à découvrir l'univers de Led zep à travers leurs autres albums... et bien, quand j'écoute leurs titres, que ce soit immigrant song, fabuleuse de force, Stairway for heaven, inimitable, Lemon Song, Kashmir, qui me transporte au delà de tout, et tant d'autres, je me dis... Mon Dieu, quels musiciens on avait là, quelle musique on avait là, dans les années 70...

Les thèmes sont ciselées, la musique, vraiment travaillée, elle vous emmène là où vous ne pensiez pas aller, vous ne pouvez pas la prévoir à l'avance. Quelle soit ballade, rock plus lourd, ou qu'elle lorgne sur un mélange plus inédit, elle a tellement de choses à dire cette musique, servies par des êtres tellement entiers, avec un univers si personnel, que le voyage est grisant et que l'on voudrait qu'il ne s'arrête jamais...

Oh, non, je n'ai rien d'une nostalgique, on peut écouter Adam de la Halle et se sentir tout à fait du 21ème siècle, si cette expression veut dire quelque chose. Disons que je me sens bien de "mon présent". Je n'ai pas besoin de regarder par dessus mon épaule, ni de savoir ce qu'il y a de l'autre côté de l'horizon...

Bon, revenons à Robert!

Malheureusement à l'époque, j'étais assez facilement effrayable et jeune, et jamais je n'ai osé mettre les pieds dans un concert de rock! hélas, j'ai raté beaucoup de beau monde....

Aussi, quand Robert Plant a relancé sa carrière solo et a sorti le fabuleux myghtyrearranger, j'ai sauté de joie... en apprenant qu'il viendrait au festival rock de Saint Cloud!

Il y a plein de titres sur le disques que j'aimerais chorégraphier. Certains se marieraient à merveille avec un style indo-oriental et même des voiles...

ce qui n'a rien d'étonnant car par exemple le titre Kashmir qui fait plutôt référence à l'Inde a été écrit quand Robert Plant était au Maroc... c'est un orient au sens très large, comme je l'aime.


 

 

 

    Le festival

Moment inoubliable, comme je les aime!

Certes, beaucoup de gens " de mon âge", mon compagnon, un rocker, évidemment, qui au retour peut tout me rejouer d'oreilles sur ses guitares,   mais aussi pas mal de jeunes gens. Cela m'a mis le coeur en fête de voir que tous n'ont pas eu les oreilles " lobotomisées" par la   star ac...

Quand à ses  musiciens! fabuleux!

L'album tire sa grande énergie précisément des musiciens qui l'entourent, du rythme très travaillé, de métissage comme Led zep a toujours aimé faire, et de la voix de Plant, qui, si elle n'étincelle plus comme autrefois, est encore capable de vous soulever du sol pour vous emporter dans les étoiles...

bref, un grand moment de musique. On a toujours un peu l'impression d'une communion, d'une célébration, quand la musique a une telle force. Je ne retrouve cette sensation très spéciale qu'avec la compagnie d'Alvin Ailey

Et ce qui me fait le plus plaisir dans l'histoire, c'est qu'il n'est plus tout jeune, le Robert, et qu'il a bigrement roulé sa bosse...

Et bien, à l'émission de Guillaume Durand, il s'est montré toujours aussi amoureux de la musique, pas blasé pour deux sous, prêt à repartir sur les routes à plus de 60 ans, avec une grande spiritualité, une belle vision du monde... et la même envie de musique que trente ans plus tôt!

 

 

                                   Robert Plant and the strange sensation

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2 juin 2006 5 02 /06 /juin /2006 08:17

Voici Claire Motte, telle exactement que je la découvris au Palais des Sports de ma ville, l'année 1974...

Coup de foudre! Elle était étoile de l'opéra de Paris et avait dansé, pour un gala d'étoiles qui réunissait  Bessy,   Pontois,   la courageuse Janine Charrat, Denard, je crois, Atanassoff,  le pas de deux de Don Quichotte!

J'étais une enfant, mais ce fut un moment inoubliable. Tellement inoubliable que plus de trente ans plus tard, je m'en souviens encore!

Je rends d'abord hommage à  sa "flamme", c'est ce que l'on voyait en premier! Cette impétuosité immense, cette fougue, cette passion qui l'animaient en scène. Une fois le rideau tombé, elle travaillait énormément, avec rigueur, discipline, ténacité, sans rien se laisser passer.

Mais sur scène, sa joie éclatait, elle était un feu vivant et dansant, et c'était tellement fort qu'en rentrant chez soi, sa flamme continuait de danser en nous.

A cette époque là, la télévision aimait bien la danse classique et je pouvais la voir dans des émissions de danse, trouver des articles sur elle dans la presse populaire... je l'adulais!

Au conservatoire National Supérieur de Paris, elle fut ensuite un professeur aimé qui enseigna avec intelligence. Noureev la nomma en 1983 professeur à l'Opéra de Paris.

D'ailleurs, j'ai même eu l'immense plaisir de suivre un stage de danse classique pendant quinze jours. Au vue de mon piètre niveau que m'avait donné la petite école de danse de ma ville, je n'ai pu aller qu'avec les débutants ( des enfants) alors que j'étais déjà une jeune adulte. Mais Claire Motte corrigea tout le monde de la même façon, donna son savoir avec générosité, et m'encouragea même très gentiment à continuer...

chapeau bas! une grande artiste dans toute sa simplicité!

 

Dans un vieux livre qui date des années 70, j'ai " la barre" par Claire Motte

La barre, c'est tous les exercices que font quotidiennement les danseurs pour échauffer leurs corps : pliés, dégagés, ronds de jambes, battements, petits frappés sur le coup de pied, etc...

Ce que j'ai pu les regarder, ces images! tous les jours, je m'y replongeais!

Malheureusement, cette grande artiste qui participa à de très nombreuses créations,  tout le temps qu'elle fut à l'opéra , partit sans un bruit... et beaucoup trop tôt!

Il était question que l'on nomme l'une des places de Paris " Place Claire Motte" mais je ne sais pas où en est ce projet....

 


 

Voici un article sur la mort de Claire Motte ( 1937-1986) qui fait référence à l'aide qu'elle apporta à Noureev quand il passa à "l'Ouest"

ref : hérald tribune

 July 18, 1986

 

 

Claire Motte, 48, Dies; Paris Opera Ballet Aide

 

Claire Motte, ballet mistress of the Paris Opera Ballet and formerly one of the French company's leading ballerinas, died Wednesday in Paris after a long illness. She was 48 years old.

 

 

Miss Motte, a very strong technician with a dramatic style, held the rank of ''etoile,'' or star, from 1960 through 1979. Rudolf Nureyev, who had been befriended by Miss Motte before his defection from the Kirov Ballet in 1961, appointed her ballet mistress of the Paris Opera Ballet immediately after he became its artistic director in 1983.

 

 

Born in Belfort, , Miss Motte entered the Paris Opera Ballet school and then joined the troupe in 1952. She created the role of Esmeralda in Roland Petit's ''Notre Dame de Paris,'' among others. Miss Motte, a frequent partner of Jean-Pierre Bonnefous before he joined the New York City Ballet, appeared with him as a guest with the Eglevsky Ballet and at the Jacob's Pillow Dance Festival in the 1960's. Because of her illness, Miss Motte could not accompany the Paris Opera Ballet on its current American engagement.

 

 

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Published by shabastet - dans danseurs - danseuses
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30 mai 2006 2 30 /05 /mai /2006 07:27

 Je reviens aujourd'hui sur cette création qui malheureusement a eu des échos assez négatifs dans la presse, et je me demande encore pourquoi aujourd'hui.

Donc, par cet article, j'exprime mon mécontentement d'une certaine presse critique d'art, qui ne perçoit les spectacles qu'en fonction des critères retenus par la ligne éditoriale des journaux auxquels ils appartiennent et dont ils se doivent d'être les fidèles serviteurs.

Je ne vois pas d'autres raisons aux critiques stupides que j'ai lues ( je vous en ferai un petit florigèle demain) sur cette chorégraphie, qui, si elle ne se range pas aux côtés des grands ballets, n'en a pas moins son identité propre et sa poésie.

Nicolas Leriche est le danseur étoile que l'on connait. C'est l'un des plus " à part" à l'opéra de Paris, car sa façon de danser est étonnament puissante, féline, envoûtante, bien à lui. Il a du caractère, de l'intelligence, de la sensibilité, et une présence en scène immense. Il marque tous les rôles qu'il danse, parce qu'il les investit intensément. Lorsque l'idée de ce ballet a germé en lui, Roland Petit, à qui il avait demandé de faire un ballet sur ce thème, lui a conseillé de le faire lui-même, de se lancer. Ce qu'il fit.

 


 

Des scènes qu'on n'oublie pas.

J'ai vu ce ballet en septembre, et j'ai attendu que l'oeuvre décante en moi pour en parler, non pas à chaud, dans l'excitation qui suit parfois un spectacle qu'on découvre et qui retombe quelques temps après, mais bien à froid. Et lorsque je repense à cette oeuvre, des scènes entières surgissent :

D'abord, Caligula lui même, dansé par le fabuleux Mathieu Ganio, qui donne a u  tyran une grande instabilité mentale : c'est un être malade terassé par des crises d'épilepsie, d'une grande sensibilité, et dont la   cruauté semble être inspirée par la folie. Ses solos sont spectaculaires, fort émotionnellement, et techniquement brillants.

Ensuite Mnester, le pantomime que Caligula adorait, et qui est dansé par Laurent Hilaire. Mon Dieu, même quand il ne bouge pas, Laurent Hilaire est spectaculaire!

Là, Leriche montre son savoir faire de chorégraphe en mêlant intelligemment une danse au vocabulaire contemporain à l'ensemble de son ballet qui exploite un langage classique.

Toutes les scènes avec Mnester, sur de la musique électro-acoustique sont des moments suspendus dans le temps; à eux seuls, ils valent d' être vus.

 


 

Ensuite, viennent les choses plus classiques mais non moins abouties :

  •  Le personnage de Lune, aimée de Caligula, les duos qu'ils dansent ensemble.  Claire Marie Osta apporte là aussi une grande délicatesse au personnage et le contraste avec Caligula est saisissant.
  • Le cheval Incitatus, qui apporte un élément poétique exceptionnel, dansé par Gil Isoart, et qui là aussi, offre au spectateur, de "l'inédit" et du sensible.
  • Les scènes de groupe, de foules. Elles restent assez classiques, mais on s'en souvient... de même que l'éclairage, ou plutôt la lumière, devrais je dire,  qui suit le rythme des saisons. On est tantôt baignée dans une lumière orangée, qui peut virer au rouge, tantôt dans un éclat lunaire et argentée, tantôt les couleurs expriment la vie, le sang, tantôt elles se retirent, et il ne reste que le blanc, le gris, le noir, l'argenté.

  MUSIQUE

Caligula utilise la musique des quatre saisons  de Vivaldi, qui fait une boucle sur elle même. Comme si l'on présentait cinq saisons de la vie de Caligula. Choix curieux? Pas tant que cela, au contraire.  Le décalage entre cette musique tellement connue et le propos, qui n'est pas " l'histoire de la vie de Caligula" mais plutôt "scènes de la vie d'un Caligula" fait que tout à coup la partition sonne "neuve". C'est comme si on la découvrait pour la première fois. Et elle s'associe merveilleusement à celle composée par Louis Dandrel, qui a beaucoup de talent, plus qu'un certain Dusapin tellement encensé par la critique officielle depuis quelques années...

Premier essai réussi

Bref, j'ai vu dans ce travail beaucoup d'intelligence, de sensibilité, d'idées, de reflexions de poésie, mais avant tout, j'ai vu tout un univers aux nombreuses facettes... c'est cela être un artiste, non? Avoir un monde et y entraîner des êtres avec soi...

Par cet article, je rends hommage au travail de Nicolas Leriche, et à sa très belle créativité.

 


 

A venir :

 

Portrait de Nicolas Leriche

Ivan le Terrible et Nicolas Leriche.


 A lire

Florilège de critiques stupides et bâclées : Caligula de N Leriche

 


 

 La photo est d'Haruyo, que vous pouvez retrouver sur le site d'agoradanse.

www.agoradance.net, partie forum, topic Caligula.

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Published by shabastet - dans chorégraphes
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29 mai 2006 1 29 /05 /mai /2006 16:19

 

 

Comme promis voici quelques critiques que je vais me faire un plaisir de commenter. Je ne peux les citer en entier, pour des raisons de droits d'auteur. Je n'ai pas triché dans ma sélection. La première est due au critique de libération. Mes commentaires en bleu!

 


 

Jérémie Bélingard est plus que convaincant dans le personnage, y compris dans ses ralentis, comme Wilfried Romoli en sénateur ou Laurent Hilaire dans le rôle de la pantomine robotique. Ce n'est pas mal du tout. On regrette que la pièce suive trop le découpage un peu formaté du livret, ce qui enlève à son intensité et donne une longueur un peu lourde.

libération

 


 

Jérémie est plus que convaincant dans le personnage,y compris dans ses ralentis.

ça ne veut pas dire grand chose! qu'est ce que les ralentis viennent faire là?

Et puis, voilà déjà une chose que je n'aime pas : le critique ne voit " qu'une distribution" donc déjà son point de vue en est faussé. Dans un art chorégraphique comme la danse, le ballet peut changer du tout au tout suivant l'interprète. D'autant que Mathieu Ganio était éblouissant!

" la danse robotique de Mnester" ce monsieur n'a jamais dû voir un robot de sa vie. Il y a autant de point commun entre un robot et Mnester qu'entre un ventilateur et un sushi. Bref, sous prétexte que la musique est éléctro acoustique, et le geste présenté en suspension, hop, on fait simple, et on écrit robot. Pourtant ce monsieur est bien payé pour avoir un peu de vocabulaire et de culture, que je sache?

"Ce n'est pas mal du tout!"

Sans commentaire, n'est ce pas? C'est ce que je dis à mon fils de trois ans quand il essaie quelque chose et que c'est plus ou moins réussi...

Passons à la suite!

 


 

Quel attrait peut bien exercer le mythe épais de Caligula sur le danseur étoile Nicolas Le Riche pour qu'il en fasse le thème de sa première chorégraphie destinée au Ballet de l'Opéra de Paris ?

qu'est ce que ça peut lui faire? rien que le titre " mythe épais" présente le choix de Nicolas Leriche comme n'ayant qu'un goût très mauvais. Sinon, on ne choisit pas un mythe épais!  En outre,  Caligula n'est pas un "mythe", que je sache, et N Leriche ne l'a pas du tout traité ainsi.

Ce manque de précision m'afflige!

 Certes, l'envergure tragique du personnage et sa dimension conflictuelle ouvrent les pages d'un livret à rebondissements porté par une chorégraphie qu'on imagine nerveuse à souhait. Le Caligula de Nicolas Le Riche, conçu pour la dramaturgie avec Guillaume Gallienne, n'échappe malheureusement pas au registre du ballet décoratif avec sa succession de tableaux repérés.

 

Ballet décoratif!

voilà un terme méchant, creux, qui ne reflète en rien l'oeuvre de Leriche. Les émotions, dans certaines scènes, y sont si fortes que l'on ne peut parler de décoratif. Le décoratif vise l'esthétique pure, la présentation, et non le sensible. Ce critique  serait-il dénué de sensibilité? Aurait il oublié qu'une oeuvre d'art se reçoit aussi et se comprend avec le coeur?Les costumes et décors n'envahissent pas la scène.... ce n'est pas " décoratif"!Je pense tout simplement que c'est le premier mot qui est tombé sous la plume de ce critique!

 

Le monde

 


 

 Heureusement, Gérard Mannoni, que j'estime et apprécie beaucoup, a rédigé une critique intelligente dans laquelle, en tant que spectatrice, j'ai reconnu beaucoup de ce que je m'étais formulé en regard de cette oeuvre!

Pour garder son ballet au répertoire, Le Riche pourra certainement le remanier, fort de cette expérience unique qu’est le passage d’un spectacle devant le public, car c’est là qu’apparaissent les forces et les faiblesses, beaucoup mieux qu’au cours des répétitions. Nous manquons terriblement de chorégraphes ayant le désir de s’attaquer à de tels thèmes dans un langage de oui-danse. Le Riche doit tirer les conclusions de ce travail et trouver les idées lui donnant un second souffle.

 

Merci à Gérard Mannoni dont je vous recommande les ouvrages sur la danse.

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Published by shabastet - dans chorégraphes
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28 mai 2006 7 28 /05 /mai /2006 18:49

 Noureev... C'est souvent que je pense à lui... Je ne l'ai pas connu, ni cotoyé,comme un ami, et pourtant, dans ma mémoire, il a une place à part, aussi grande que celle que l'on accorde aux êtres qui ont vraiment comptés pour nous,  et lorsque je pense à lui, je suis pleine d'émotion. C'est la magie de cet artiste...

Cet article, comme les autres qui viendront, ne se veut pas "historique, encyclopédique", non. C'est un simple petit texte pour exprimer tout ce que ce danseur m'inspire, et puis, pour me replonger dans des souvenirs encore tellement puissants...

Lorsque l'occasion se présente, - une triste obligation - je vais à Sainte Geneviève des Bois, où il repose dans le cimetière russe. Vous ne pouvez pas le manquer... sa tombe est recouverte d'une sorte de grand brocard sculpté dans un matériau qui rappelle les riches étoffes russes, sa patrie. Et si je le peux, je dépose des lys. Oui, comme sur la photo. J'ai entendu dire que c'étaient les fleurs qu'il préfèrait.  Celles là même qu'il  portait dans le deuxième acte de Gisèle, son ballet préféré à danser, parait-il... il semble bien seul, là, sous l'étoffe de pierre, quelques menus objets posés sur sa tombe...

Là, il est bien jeune, sur la photo, et bien loin de la mort qui l'a cueilli... trop tôt?

Alors que vous dire?

Oui, il me manque... et quand je vais à l'opéra de Paris voir un des ballets qu'il avait réglé pour la compagnie, je ne le retrouve plus. Où est-il? Les ballets sont parfaits, les danseurs aussi, mais ce n'est plus du tout à la " façon Noureev". Quelque chose s'est perdu. Son âme slave, je pense, qui donnait un caractère excessif, passionné, entier, fougueux, dramatique, enjoué, exalté, à tout ce qu'il faisait!

 


 

Mondain, et bourreau de travail, il fut les deux.  Et en répétition, lorsqu'il prit les rênes de l'opéra de Paris, il ne musardait pas. A l'une des questions d'un journaliste qui lui demandait ce qu'il n'avait pas eu le temps de faire, il répondit : " d'être paresseux" avec cet inimitable accès russe. Et aux danseurs qu'il faisait travailler, il disait " Pas parler, pas parler, travailler!" les pauvres devaient se rebeller pour avoir droit à une pose. Alors sa thermos de thé qu'il trimbalait partout avec lui volait, il criait, et puis... hop, il se remettait au travail!

Il est mort en 1993, le 6 janvier, je crois. Et j'ai eu le même violent chagrin en apprenant sa mort que lorsque j'appris celle d'Hervé Guibert, emporté par la même affreuse maladie, le sida... qui emporta aussi Alvin Ailey.

Il n'avait pas envie de mourir. Dans un avion, aux côtés de Sylvie Guillem, il y eut un jour de très fortes turbulences qui effrayèrent la ballerine. Il lui dit " Vous aussi, vous avez peur que le monde tourne sans vous?"

Il acheta une île, quelque part en Méditerannée. Il s'y retirait quelques jours par an... A la fin de sa vie, un peu plus qu'autrefois. Il semblait alors si seul...

Lui qui avait conquis toutes les scènes du monde, qui avait vécu la plus belle amitié artistique qui soit avec Margot Fonteyn, de presque vingt ans son ainée, lui qui avait une capacité de travail monstrueuse, une énergie inépuisable, semblait si solitaire à la fin de sa vie...

Noureev me manque... alors pour le faire revivre, j'écris... pas pour me souvenir, car je n'oublie pas... c'est lui qui m'a vraiment révélé ce qu'était la danse classique, le ballet classique, parce qu'il avait une vision exceptionnelle et très russe de la danse...

L'âme russe... si loin de notre cartésianisme à la française...

C'est une autre histoire que je vous conterai bientôt!

 

 

 


 

à lire sur ce blog :

Noureev, parce qu'il était unique

 

 

 

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26 mai 2006 5 26 /05 /mai /2006 16:47

 Alvin Ailey, ou plus exactement sa compagnie, est invitée aux étés de la danse qui se déroulera en plein air dans les jardins de l'hotel de Rohan. Le spectacle commencera à la nuit, vers 21h45... s'il ne pleut pas!!

C'est toujours un évènement lorsque cette compagnie vient en France, à peu près tous les trois ans ou quatre ans  Je les ai découverts en 1992 à l'opéra Garnier, puis les ai revus au Chatelet, en 1995 ou 1996, puis à Mogador, en 1998, puis au Palais des sports en 2003 où l'ambiance était explosive. Et à chaque fois, l'émotion est au rendez vous, dans ce qu'elle a de plus violent, de plus fort, de plus inoubliable, de plus humain. 

 

 


 

Premier souvenir de spectacle

 

 

La toute première fois que je les ai vus sur scène à l'opéra Garnier, tout en haut de l'amphithéâtre, ce qui m'avait vraiment étonnée, surprise et enthousiasmée, c'est que cette compagnie, après les applaudissements hystériques des spectateurs, avait fait remettre la musique et avait offert un bis... du jamais vu pour moi! C'était drôle, car à l'amphithéâtre, les gens,  déchaines, tapaient des pieds sur le sol en bois  et j'avais l'impression que l'amphithéâtre allait s'écrouler... Une telle chaleur se dégageant d'une compagnie,se communiquant aux spectateurs sous les dorures de l'opéra et ses velours rouges, c'était presque comique! Mais c'était surtout tellement extraordinaire, ce partage avec les artistes, qu'on en oubliait le lieu un peu guindé pour s'abandonner à cette magnifique célébration de la vie, de la danse...

Je revois ces magnifiques danseurs, souriants, regardant le public debout...   on avait tous l'impression d'être vu individuellement tant le regard des artistes était plein de vie. Ils nous regardent, ils sont souriants, et puis, ils se mettent à   taper dans leurs mains pour nous donner le rythme, et hop, ils demandent à remettre à la musique et sans plus de manière, se remettre à danser  avec un plaisir....! sous les hurlements de joie du public! C'était jubilatoire!!!!

On ressort de ces spectacles avec une envie de célébrer la vie, comme le fait la compagnie sur scène. Les danseurs sont fabuleux de technique, de vie, de félinité, et certains sont d'incroyables virtuoses.

Alors, sur le trottoir, encore tout vibrant d'émotion, le coeur débordant de tout ce qu'on a reçu pendant le spectacle,  on se met à sauter, à tourbillonner, comme des enfants...

 


 

Revelation

 

A chaque fois que j'ai vu le ballet Révélations, j'ai fini en larmes. Ce ne sont pas des larmes de tristesse, mais d'un trop plein d'émotions. En quelques instants, on ressent au fond de soi toute l'étendue de la palette des émotions humaines, à travers une chorégraphie d'une grande lisibilité, qui déroule des scènes de groupe, des solos bouleversants, un trio d'un étonnante vitalité, et la scène finale sur " rock my soul", célèbre gospel, déclenche toujours un enthousiasme parmi les spectateurs digne d'un concert rock!

Mais il n'y a pas que ce célèbre ballet qui est à voir... il y a  aussi The River, poétique,  Cry, solo touchant, Pas de Duke et tant d'autres. Et puis sont aussi à voir les   chorégraphies d'autres chorégraphes,  comme Elisa  Monte ( treading est donné régulièrement) Donald Byrd. Depuis la mort de Ailey, c'est Judith Jamison qui dirige la compagnie...

 

 

La rencontre :

En fait, j'ai découvert Alvin Ailey là aussi grâce à la télévision. Je suis tombée un jour par hasard sur une émission qui lui était consacrée, je me suis mise à danser dans mon salon, tant la danse et le sentiment qui s'en dégageait étaient communicatifs, et tout à coup, je me suis dit : "Voilà, c'est ainsi que j'aime la danse! Elle célèbre la vie, même dans ses moments les plus sombres..."

Surtout ne les manquez pas!!!!

 


 

A venir  dans la rubrique chorégraphe :

Portrait de Alvin Ailey

 


 

Les étés de la danse : informations sur le site :

http://www.lesetesdeladanse.com/

 


 

 

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22 mai 2006 1 22 /05 /mai /2006 07:53

 

Qu'est ce que la danse kalbeya?

C'est l'une des danses les plus mystérieuses, fascinantes et envoûtantes que j'ai découverte tout récemment, grâce à Simona Jovic, danseuse rom.

 

D'où vient t'elle?

Du désert du Thar, qui est l'un des grands déserts du monde, situé dans le Nord de l'Inde, au Rajasthan. Le Pakistan n'est pas loin, et musicalement, je m'en suis tout de suite rendue compte en écoutant la musique.

Dans ce désert, vit la caste des Kalbeyas, qui est  celle des magiciens et des charmeurs de serpent. Non, non, nous ne sommes pas dans le tombeau Hindou de Fritz Lang, et la danse n'a rien à voir avec celle de Debra Paget, même si il y a un point commun, le cobra!

Au son du pungi, sorte de clarinette au corps rond, le cobra sort de son panier. A ce moment, la danseuse danse en décrivant sur le sol un grand cercle qui sera le domaine du cobra. Sa robe est noire, sa jupe très vaste, elle porte parfois des pantalons dessous, et a des sonnailles à ses chevilles pour bien marquer la structure binaire de la musique.

A partir de là, elle va improviser,comme c'est le cas pour toutes les danses et les musiques rom.

 


 

Rom?

 

Oui, gyspsy, tziganes, ghawazee... ils viendraient tous de là, de cet endroit du monde, du désert du Thar... quelques siècles avant JC, il semblerait que certains aient déjà quitté le Rajasthan et soient partis vers les plateaux iraniens, la Turquie. Mais c'est au 13ème siècle que leur exode va commencer, car ils sont chassés... ils partiront pour un long voyage, un long exil, et emporteront avec eux leurs musiques, leurs danses, qui, au cours de leur rencontre, s'enrichiront de ce qu'ils trouveront en chemin... c'est ainsi que vont naître toutes les musiques et danses tziganes, qu'elles soient turques, egyptiennes, d'Europe de l'Est, Russe, Espagnole... chacune, bien sûr, ayant développé au fil du temps ses caractéristiques propres. C'est par la musique et par la danse, par leur sens de l'improvisation que ces peuples rom ont gardé leur identité. Mais la source est commune:

 


 

Le Style

 

 

D'ailleurs, ce qui fut fascinant pendant le stage que je fis avec Simona Jovic, fut de retrouver beaucoup d'éléments qui appartiennent aujourd'hui au flamenco, aux danses tziganes : comme les accents d'épaules, les accents avec la tête, les petits accents avec les poignets, de multiples détails qui font la saveur de ces danses, car si le vocabulaire est commun, la façon de le prononcer change considérablement d'un endroit géographique à l'autre! Ainsi les mouvements sont plus ou moins marqués, exécutés sur des tempi qui changent, et bien évidemment, les instruments ne sont pas les mêmes non plus d'un pays à l'autre.  Les accents de hanche, communs à beaucoup de danses rom, sont   très vifs, très marqués, dans la danse kalbeya  et ils  s'accompagnent souvent de jeux de bras, de mains : tout est en mouvement. Mais au delà de la grande liberté des mouvements, le style est très défini par une multitudes de détails qui font toute la différence et qui, mal exécuté, font perdre le sens de la danse elle même.

Il fut tout aussi savoureux de retrouver des éléments qui appartiennent aux danses indiennes du Nord, comme le kathak : les danseuses  très souples, exécutent des cambrés impressionnants pour attraper avec leurs bouches ou même leurs paupières, toutes sortes de petits objets posés sur le sol. La position des doigts en "lotus"  est commune aux danses indiennes, mais la où le barahta natyam est très géométrique, très posé, très contrôlé, la danse kalbeya, elle,  a un côté complètement exubérant, vif, libre, joyeux, spontané, lancé dans l'énergie. Les sonnailles aux chevilles sont communs aux danses indiennes aussi.   De même que les tours qu'on retrouve non plus en baratha natyam, mais dans les danses kathak : les danseuses kalbeya ou Sapera ( qui veut dire serpent) les utilisent beaucoup en tournant longtemps sur place ce qui est très envoûtant. Elles peuvent ou non incliner la position de leur buste, jouer avec les bras, et marquer les accents par des gestes du poignets, des mains. Et leurs grandes jupes, leurs voiles délicats sur leur tête tournent avec elles. 

Ces danseuses dansent aussi beaucoup au sol, sur les genoux, et elles exécutent des mouvements de hanches, d'épaules, montrent leur souplesse.

 


 

 

 

 

 

Improvisation et transmission

 

Rien n'est structuré, rien n'est préparé, et la danse kalbeya est l'une des danses les plus vives que je connaisse. Visuellement, elle a quelque chose de très mystérieux, comme si les danseuses, par leur danse, lançaient des charmes, ou se livraient à quelques rites magiques.

La transmission, comme c'est le cas pour toutes les danses de cultures rom, se fait de père en fils, pour la musique, de mère en fille pour la danse. On regarde les grands, on imite, on apprend.

Si la transmission orale cesse, si la raison d'être de cette caste disparait, toute la culture mourra du coup elle aussi. On dit que cette caste kalbeay divertissaient autrefois les Princes. Itinérants, ils voyageaient et lorsqu'ils s'arrêtaient quelque part, ils montraient leurs tours, leurs serpents et leurs danseuses, un peu comme nos ménestrels, nos montreurs d'ours du moyen Age.

Aujourd'hui, ils se produisent dans les grands festivals qui sont donnés au Rajasthan et aussi pour les touristes. Ainsi, existe le risque qu'au fil du temps toute cette culture disparaisse ou se perde, ou même change... le pire peut être, serait le phénomène d'aculturation qui a touché déjà tant de pays...

 


 

 

 

 

 

S'initier soi même!

 

Ce qui est fabuleux lorsque l'on s'initie soi même à une danse, c'est qu'on la vit de l'intérieur et que tout de suite, on la comprend mieux puisque c'est le corps qui est sollicité et pas seulement l'esprit.

J'ai donc fait pendant ces quatres heures un long voyage qui m'a emportée beaucoup plus loin que d'habitude car cet univers m'était étranger, même si musicalement, j'ai trouvé bien des points communs avec la musique qawali.

je remercie vivement Simona Jovic qui sait rendre accessibles, vivantes, passionnantes toutes ces danses du peuple rom.

J'attends avec impatience le prochain stage!!!!

 

 


 

A lire aussi sur ce blog

Simona Jovic

site : http://www.simonajovic.com/

 

 

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Published by shabastet - dans Autres danses
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19 mai 2006 5 19 /05 /mai /2006 20:29

 Et oui, j'aime Béjart!!! Et pourtant, mon amour pour lui n'est pas né le jour de notre rencontre! Je m'en souviens encore... je faisais de la danse classique depuis quelques temps et on m'avait offert un livre de danse où il y avait des photos du Sacre du Printemps... mon Dieu, ces corps trapus,   dansant pieds plats ( sans pointes) en académique, ( justeaucorps et collants non seyants au lieu de tutus!) avec ces tresses noires mal peignées... cela   représentait pour moi le comble de la laideur... en outre, j'étais très sensible aux propos des " grandes" dans les vestiaires de mon école de danse, qui savaient tout mieux que moi et qui disaient que " Non, Béjart, ce n'est pas de la danse, ça n'a pas de sens, les danseurs se roulent par terre!"

 

Bref... j'avais une image étriquée et fausse du chorégraphe. De plus, lors de ses apparitions à la télé, son expression, la puissance de son regard qui allait vous chercher jusque sur votre chaise, me faisait peur! Impossible de voir ces grands yeux bleus, ce profil d'aigle sans trembler... Béjart me semblait détenir une vérité étrange que je n'avais nulle envie de connaître.

 


 

A cette époque, Béjart était très médiatisé et dans les années qui suivirent, mon rejet se transforma en curiosité grâce à la télévision de l'époque. Je me souviens d'une soirée où je découvris, médusée, Bakhti, parmi d'autres oeuvres... et puis bien sûr des extraits de ses films avec Jorge Donn... il y eu la Flûte Enchantée, à la télé, toujours, instrument qui servait vraiment la culture dans ces lointaines années... bref, j'oubliais les propos des " grandes" et je commençais à voir par moi même et  à avoir envie de découvrir ses oeuvres sur scène... chose impossible dans ma petite ville de Province...

 

 

 

Et puis vint enfin le jour de la recontre...  ce fut un soir, en 1982, au théâtre du Chatelet, et ma perception de la danse devait s'en trouver changée à tout jamais.  "Notre Faust" fut un choc électrique, complet, terrible, tel un coup de foudre amoureux ... non seulement pour l'oeuvre chorégraphique, mais surtout les danseurs de Béjart, Jorge Donn  et Shonach Mirk en tête. Quant à la  façon dont Béjart avait utilisé la musique! Inutile de dire que j'ai été littéralement clouée sur mon fauteuil par son audace, son sens musical, son écoute. C'est quelque chose d'immense chez lui qu'on ne remarque peut être pas immédiatement. Béjart aime la musique et la comprend d'instinct. C'est très puissant.  C'est ce qui continue de me fasciner  : la musique, la façon dont il l'entend, dont il la sculpte, dont il l'apprivoise, dont il la révèle... la si belle Messe en Si de Bach, mystique, froide, mystérieuse dialoguait fougueusement et spirituellement avec les tangos argentins violents, sensuels et déchaînés, et les deux oeuvres, au lieu de s'éclipser mutuellement, au lieu de se rejeter mutuellement,  se renforçaient tout au contraire.... elles faisaient naître l'une avec l'autre une lumière unique. Aujourd'hui, cette lumière m' éclaire encore...

 


 

Il y eu d'autres créations, des rendez vous ratés où j'ai cru l'avoir perdu ( le concours, 1789) des rendez vous où je suis ressortie en larmes ( L'histoire du soldat, musique for the life) des rendez vous où je suis ressortie pleine de vie ( Brel et Barbara, Lumière)

Il y eu des découvertes de son passé : La Flûte Enchantée, Le Mandarin Merveilleux, l'Oiseau de feu, le Sacre du printemps, le Boléro, Rumi, Sept danses grecques, Héliogalabe...

Il y eu l'émerveillement de découvrir Guillem en Sissi, impératrice anarchique...

Il y eu la fascination de voir Jérémie Bélingard dans l'une de ses dernières créations qui s'appelle Phrase de Quatuor...

Bref... j'aime Béjart!

Je vous parlerai souvent de lui...


A lire sur ce blog :

Béjart et Rumi

Béjart à l'opéra de Paris du 19 juin au 14 juillet

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Published by shabastet - dans Maurice béjart
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