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Shabastet

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  • : Blog sur la danse en général et l'opéra de paris en particulier rédigé par Valérie Beck, administratrice du forum danses pluriel
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

25 septembre 2013 3 25 /09 /septembre /2013 20:15

( Cliquez ici pour  le compte rendu de la Soirée du 29 septembre 2013 avec Paquette/ Ciaravola)

 

 

Depuis quelques mois, je n'arrive plus à sortir de ma tanière pour aller voir de la danse à l'ONP

 

Je prends des places à "l'aveugle" puis je découvre la distribution et immanquablement, je revends ma place...

 

Il y a quelques années, j'avais absolument voulu voir Isabelle Ciaravolla dans la Dame... j'avais fait des pieds et des mains et casser ma tirelire pour aller la voir... mais hélas, la belle s'était blessée et avait été remplacée par une autre danseuse.... laquelle m'avait fait passer une soirée d'ennui  mortelle!!!!

 

j'avais donc pris en grippe le ballet, et même Chopin... bref, une de mes pires soirées opéra de Paris

Pourtant Neumeier n'a pas son pareil pour chorégraphier les blessures du coeur, alors quoi?

 

 

Cette année, toute résignée à ne plus mettre les pieds à l'opéra pour aller m'y ennuyer, j'avais renoncé à aller voir cette Dame à l'aveugle. Je m'étais dit " attendons les distributions"

 

Seulement, voilà : une fois les distributions parues, impossible d'avoir une place pour Isabelle!!!  C'est toujours la même histoire dans ce fichu opéra!

Personne n'irait écouter un opéra sans savoir qui chante, ou un film sans savoir qui joue! et pour la danse, et bien on est obligé de prendre sa place au pif si on ne veut pas avoir l'embarras... mais de toute façon, on n'a non seulement pas le choix, mais en plus l'embarras quand on découvre sa distribution, souvent celle que précisément on voulait fuir!!!

 

 

Même en m'inscrivant sur Bourse opéra, toutes les places pour les dates d'Isabelle me passaient sous le nez....

 

 

Jusqu'à ce soir où, O joie! j'ai enfin réussi à avoir une place pour dimanche

 

Alors, quoi? pas la peine d'écrire un article pour si peu! J'ai fait des histoires pour une Dame et une danseuse...

 

 

C'est vrai.... mais depuisdepuis la fin de l'ère " Noureev",  je traîne les pieds pour aller à l'opéra!

 

L'an passé, il n'y a que Don Quichotte qui a réussi à me faire sortir de chez moi! trois fois, et ensuite plus rien!

 

Donc là, m'arracher à mon cocon dimanche soir, et à mes répétitions d'odissi.... vaut un article sur ce blog!

 

, Isabelle... elle a ce charisme si spécial des étoiles, cette aura particulière, qui fait qu'on est attirée par sa lumière... qu'on veut la voir!  C'est devenu si rare, pour moi en tous cas....

 

donc j'ai hâte d'être à dimanche...

 

 

 

Je ne manquerai pas non plus sa Tatiana...   car ensuite, et bien la belle tirera sa révérence... et je verserai plus d'une larme!

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Published by Shabastet - dans danseurs - danseuses
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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 09:53

 

Cet article fait suite au premier article qui présente le film et les réflexions qu'il m'a inspiré à lire en cliquant sur :

Devdas, au delà du navet

 

 

 

Les danses :

danse-de-la-lampe.JPG

 

Ce Devdas, œuvre excessive mais inventive offre des chorégraphies qui empruntent à plusieurs styles de danse ; certaines sont des danses de temple de par leur origine, commel’Odissi ou le baratha Natyam, d’autres des danses aux influences mélangées, comme le Kathak qui, sous l’influence musulmane, quitta le domaine du temple pour devenir une danse de divertissement. Peu à peu, le tribangha va s’effacer au profit d’une ligne droite des jambes et du buste, et les tours sur l’axe en répétition vont être une de ses caractéristiques, ainsi que des frappes de pied en dialogue avec les percussions et une virtuosité développée à partir de là. Les trois styles ont une gestuelle codifiée pour raconter, narrer, décrire, exprimer.

A ces styles purement indiens bien définis s’ajoutent des emprunts aux danses indiennes populaires, comme le Bangrha où l’on saute beaucoup ou encore aux styles occidentaux, utilisés et exploitées dans les comédies musicales.

 

premiere-danse-de-Chandramuki.JPGBollywood porte donc bien son nom, car Hollywood a influencé tout un cinéma musical dans les années 50,  y compris un cinéma musical arabe, qui est parfois rappelé dans certaines scènes du film, comme le Dola, Dola, final. C’est tardivement que l’Inde a fini par se mettre à l’heure hollywoodienne à la fin du 20ème siècle.

 

 

La plupart des chorégraphies mettent avant toute chose la soliste en valeur en utilisant un  « chœur » de 16 danseuses, voir de 32 comme la splendide chorégraphie finale  «  Dola, dola ».  On ne voit quasiment jamais d’hommes danser, sauf  «  au fond » dans cette même chorégraphie. Chaque personnage a sa «  marque » : pour Parvati, le style s’inspire de l’odissi ou du baratha natyam que l’actrice a pratiqué ;  pour Chandramuki, le  kathak s’imposait, car la belle divertit par sa danse, les hommes qui viennent s’amuser chez elle. 

 

Au total cinq chorégraphies d’environ 5 minutes chacune

1)      la danse de la lampe

2)      Radha et Krishna près de la rivière Yamuna

3)      Chandramuki

4)      La danse du pari de Chandramuki

5)      Dola, dola, finale avec Parvâti et Chandramuki

 

 Dès le  chapitre 2 du film, intervient la «  danse de la lampe », qui symbolise le désir toujoursdevdas2-copie-1.jpg entretenu de Parvâti pour Devdas.

Il y a ici un petit air de famille avec le «  I feel pretty » de West side story, lorsque le chœur chante «  regardez cette folle… » Les danseuses utilisent des éléments issus de l’Odissi : le tribangha, ici symbole du désir amoureux, car l’accent est mis sur le déhanché et la courbe douce du corps, et une gestuelle qu’on y rencontre aussi parfois (évocation du printemps, coordination de mouvements de poignets, de tête, et d’yeux)

Pour le reste, les déplacements sont dans la veine des musicals américains, avec ces lignes qui se font et se défont, les rondes, les spirales, etc. La danse très mouvante exprime tout l’affolement de la jeune femme à l’annonce du retour de son amoureux, et le désir puissant qui l’anime. Plus de trente plans nous permettent de la suivre de pièce en pièce dans sa maison, dans son jardin, sur les marches de sa demeure à l’exotisme «  hollywoodien ».

 

 

Pour la deuxième scène dansée, (minute 44)  la mère de Parvâti, invitée chez Devdas, raconte l’histoire de Radha et Krishna. Pendant que la mère utilise les mudras typiques pour narrer cette histoire,  le duo de Parvâti/ Radha et Devdas/Krishna s’intercale pendant son récit; scène ambiguë, par son message, où au bord d’un ruisseau, Krishna surprend Radha et lui saute dessus, sans que cela soit directement montré.  L’épine fichée dans le pied que Krishna retire, le sang qui coule, les colliers et bracelets arrachés et non pas retirés délicatement,  sont assez éloquents et au final, créée un sentiment bizarre.

 

Scène à rapprocher de celle où Devdas blesse Parvâti au front, répandant le sang sur son front, ce que le mari fait avec de l’alta, le jour du mariage, signifiant que l’hymen sera rompu lors de la nuit de noces.  Symboliquement  cela  se traduit ensuite par le bindu rouge peint sur le front  à la place du cakra Ajna ; il est d’ailleurs significatif de noter que Parvâti porte ce bindu, alors que le mariage n’est pas consommé ; elle le porte car Devdas symboliquement l’a épousée – par un viol, vu la brutalité du geste.

 

 

chandramuki.JPGLa troisième chorégraphie, l’une des plus brillantes du film, (minute 67) met en scène Chandramuki, la courtisane, lors de sa première rencontre avec Devdas. Pour «  symboliser » ce personnage, beaucoup d’éléments empruntés au Kathak  ont été réglés par  Birju Maharaj qui est l’un des grands maîtres de cet art. On touche ici véritablement au sublime car toute la scène est construite savamment et brillamment. Du grand art. Comme autrefois dans les musicals américains.

 

 

 La première partie de la chanson chantée par Chuni, le compagnon de débauche de Devdas, présente Chandramuki qui marche avec séduction. Son visage très expressif nuance mille émotions différentes. Le jeu de sourcil que toute bonne danseuse doit maîtriser est utilisé ici avec humour.

Dans la seconde partie, Chandramuki prend la parole ; on retrouve Krishna et Radha, encore taquinée par le Dieu ; le voile glisse, glisse, glisse et Radha proteste. Le tout expliqué avec une gestuelle de main et des expressions typiques des danses classiques indiennes.

Une partie du mime se passe au sol, comme parfois dans les danses classiques indiennes, où tout est raconté avec des «  mudras », des expressions de visage particulièrement, et quelques gestes stylisés.

Pour la troisième partie, purement instrumentale, les danseuses tournent à l’infini, et  les jupes filmées de haut sur des motifs au sol géométrique se déploient en corole.  On a ici un rappel des danses des Derviches qui ont influencé d’une certaine manière le kathak ; à noter que les belles tournent sur un sol aux figures géométriques, comme dans l’art musulman.

Puis le récit de Radha  reprend «  sur le pot de lait, et le cœur qui bat en entendant les pas de Krishna » ce dernier abuse de la pauvre Radha qui  le supplie de ne pas la forcer, - décidement ! - et qui n’a personne à qui se plaindre pendant cette nuit.

La chanson se termine par une coda rythmique où la virtuosité des frappes et des mouvements de bras  explose en un finale éblouissant,  un peu à la façon d’un final de récital de kathak.

 

le-pari.png

 

La quatrième chorégraphie  ( A qui sont ces pas ?) égalemment chorégraphiée par Birju Maharaj  ( voir la photo où le maître fait répéter Madhuri)  intervient lorsque Chandramuki attend que Devdas revienne lui rendre visite ;  un des hommes présents à sa fête lui dit qu’il ne viendra pas ; ils font alors un pari que Chandramuki remporte ;  elle est si heureuse du retour de Devdas qu’elle se met à danser et à chanterBirju-et-Madhuri-2.JPG

 

«  Qui m’a peinte en vert émeraude » demande-t-elle

Le vert est la couleur du printemps et ce thème est souvent illustré dans les danses indiennes.

Une partie de la chorégraphie a lieu au sol, entourée par le chœur des 16 danseuses

Le Kathak insuffle à cette nouvelle chorégraphie une vitalité, une effervescence qui exprime à elle seule la passion de Chandramuki pour Devdas.  Tours virtuoses, sauts, frappes de pieds, gestuelles des bras rapides et précis

Comme précédemment, les passages purement instrumentaux alternent avec les récits chantés. Chandramuki a beaucoup prié pour revoir celui

qu’elle aime.Sa joie a le revoir explose littéralement dans cette chorégraphie somptueuse, énergique, pleine de vitalité. A noter que le choeur est composé de danseuses de kathak issu d'une des grandes écoles du Nord du l'Inde.

 

 

 

chandramuki-groupe-sol-copie-1.JPG

 

  Voici les principaux chorégraphes du film Devdas :

 

Birju Maharaj : Maître de Kathak ( a chorégraphié les danses de Chandramuki la courtisane)

Sarjo khan : chorégraphe feminin de film bollywood

Vaibhavi merchant : chorégraphe féminin de film bollywood

Malu 

 

  

 

A venir : Dola, dola : troisième volet du film Devdas! pour un prochain ( et dernier ? article!)

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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 10:13

Devdas

 

 

 

2rr0uap.jpg

 

 

 

Pour la première fois de ma vie, je suis face à une énigme. Elle se nomme Devdas ! Lorsque mon professeur d’Odissi m’a conseillée de voir les chorégraphies du film afin d’observer les attitudes et expressions des danseuses, tout à fait dans la lignée des Gopi amoureuses, j’ai d’abord été sur Youtube, mais ai finalement décidé de m’offrir le double DVD, le second proposant des bonus qui m’intéressaient : interview du réalisateur, de Maria Kiran, et même un double commentaire sur l’une des chorégraphies par Kader Belarbi et Maria Kiran.

 

À peine le début du film commença-t-il que je me suis mise à pouffer ! Quoi ? Devdas sélectionné pour Cannes, un vulgaire Feux de l’amour version indienne ?

Je n’en croyais pas mes yeux : personnages grotesques, mise en scène ridicule, émotions excessives – pendant tout le film, il y a toujours un personnage qui pleure – et puis surtout, le propos machiste du film m’a été insupportable. En outre, la version française est ignoble, mal doublée, et les voix ne vont pas avec les personnages. En version originale, c’est plus acceptable.

 

 

L'histoire

 

 

Parvâti, l’amoureuse de Devdas, qui l’a attendu patiemment dix ans, entretenant symboliquement la lampe à huile sans jamais l’avoir laissée s’éteindre une seule fois, ne reçoit de son amoureux que des blessures morales ou physiques.  Le sommet de sa violence se manifeste dans la scène où il la blesse cruellement au front avec un collier, lui disant que la cicatrice qui la défigurera pour toujours sera la marque de son amour. Croyez-vous que la belle se rebelle ? Non, heureuse de  porter cette cicatrice, elle le remercie de lui avoir fait cette marque !

J’en suis restée sans voix !

La suite n’est guère mieux ! Devdas, qui n’a pas voulu épouser Parvati, car de caste inférieure à la sienne — finit par arriver  de son plein gré chez la belle courtisane Chandramuki et là, à nouveau insultes et mépris alors que la belle le console, le soigne, et dit gentiment qu’elle est habituée à être humiliée.

Le personnage est-il sympathique ? Que nenni : il s’apitoie sur son sort, il geint, se plaint, se noie dans l’alcool, pendant que les deux femmes s’évertuent à trouver des solutions pour le rendre heureux !

Les hommes sont tous monstrueux dans le film : entre le mari de Parvati qui finit par la séquestrer, son beau-frère qui a des vues sur elle, s’encanaille dans les bordels alors qu’il a chez lui une toute jeune et ravissante épousée et finit par l’humilier publiquement, et le père de Devdas qui ne sait que crier et battre ! Quelle société !devdas2.jpg

J’ai passé à la télécommande rapide la dernière demi-heure, car Devdas n’en finissait pas de mourir. La mise en scène atteint le sommet du grandiloquent et du grotesque : ralenti, effet de couleurs tapageur, flots de larmes….

 

La place des femmes dans ce film?

 


À la fin du film, je me suis sérieusement posé des questions sur la place de la femme dans ce genre de cinéma et surtout je me suis demandé comment les femmes reçoivent ce genre de film en Inde.

Le réalisateur prétend qu’il offre un cinéma populaire qu’on va voir en famille. Mais alors, quelles images les femmes ont-elles d’elles-mêmes ? Soumission, amour désintéressé, coups, blessures morales et physiques... Le tout enrobé dans des décors kitschissimes et des costumes somptueux pour faire passer le tout ? 

 

Intriguée, j’ai fini par acheter le roman, espérant trouver des réponses dans la lecture. Ce fut pire encore, car dès l’enfance, on voit Parvâti brutalisée par Devdas (elle rentre un jour chez elle le dos en sang). Elle y est décrite comme orgueilleuse, alors qu’elle souhaite simplement être respectée. Ce qui m’a littéralement interloquée est le mot de la fin de l’auteur qui écrit :

« Je n'ai aucune idée de ce que Parvâti est devenue maintenant à la suite de tant d'années.

Je ne cherche pas à le savoir non plus. Mais c'est pour Devdas que j'éprouve un profond chagrin. Après avoir lu l'histoire tragique de sa vie, vous éprouverez sans doute le même sentiment que moi. Néanmoins, si jamais vous rencontrez un malheureux, un débauché et un pêcheur comme Devdas, alors priez pour son âme. Priez pour que, quoi qu'il advienne, personne ne meure de la même façon pitoyable que Devdas. La mort n'épargne personne. Mais qu'à cette dernière heure, le front du mort reçoive le toucher de doigts affectueux, que la flamme de sa vie s'éteigne sous le regard d'un visage empli d'affection et de compassion, qu'il voie au moins une larme dans les yeux d'un être humain. Ce serait pour lui un bonheur suffisant au moment de son départ pour l'autre monde. "

 

La question est : "Est-ce une déclaration de l’auteur ou du narrateur ? Par un biais subtil, si subtil que je ne le perçois pas, l’auteur dénonce-t-il au final la condition de la femme en Inde ? Veut-il montrer à quel point l’homme est gâté, et la femme soumise ? " Je n’en sais rien ! Le récit, plein d’ambigüités, décrit l’amour-obsession que Devdas et Parvâti éprouvent l’un pour l’autre, dans un jeu de dominant-dominée.  Mais est-ce de l’amour ? Plus tard, Chandramuki la courtisane vouera une passion tout aussi brûlante à Devdas, tentant de le soigner, de le guérir, se transformant à la fois en infirmière, sœur, confidente…

 

Alors, me direz-vous, pourquoi avez-vous regardé jusqu’au bout ?

 

chandra.jpg

 

Parce que j’ai été fascinée par l’actrice Madhuri Dixit ! Un vrai coup de foudre ! C’est une danseuse exceptionnelle et elle donne au film une indéniable profondeur. Son personnage a un charisme étonnant ; on devine que cette femme n’a pas eu le choix ; que malgré tout, elle est digne ; qu’elle sait en imposer aux hommes ; qu’elle est bonne, charitable, dévouée ; qu’elle a décidé une fois pour toutes d’être heureuse, ou tout au moins de le paraître.

 

Et c’est là qu’il me faut vous parler de la danse dans ce film, une vraie réussite !

Une fois habituée au style musical ‘populaire’ et aux voix aigües des filles, j’ai pu réellement apprécier la beauté des chorégraphies et leur inventivité.  Contrairement aux autres films bollywood, ce ne sont pas des " clips" sortis tout droit de MTV; non, il y a eu un vrai travail chorégraphique fait par des danseurs et chorégraphes rompus aux danses indiennes classiques.

 

devdas3.jpgPour ces deux raisons - l’extraordinaire Madhuri qui insuffle un peu de son âme aux deux poupées de cire que sont Devdas et Chandramuki et les chorégraphies – Devdas a commencé à me hanter. Revu une seconde fois quasiment en entier, puis encore plusieurs fois juste pour les passages dansés,  le film m'est resté indigeste  mais j'ai pu apprécier la magie et la pertinence des danses : elles emmènent le récit vers la mythologie, avec Krishna grand séducteur de gopis  (ce sont les gardiennes de troupeaux avec lesquelles le Dieu batifole tant et plus -, qui trompe sans cesse sa chère Radha, qui se comporte comme un adolescent attardé…

Il parait que c’est ce que souhaitaient les chorégraphes : transposer Devdas/Parvâti/  Chandramuki en Krishna, Radha et Madurai…

Pour ce faire, ils ont largement emprunté à l’Odissi, au Kathak, aux  danses populaires indiennes, le tout mélangé à des influences occidentales…

Vu sous cet angle, le film ne serait alors qu’un prétexte à mettre en danse de façon populaire, colorée, festive, luxueuses, la mythologie bien connue des Indiens ?

 

Cet argument ne tient qu’à moitié car d’une part, le film est réalisé d’après l’œuvre de Chatterjee, au message trouble, deuxièmement, la durée totale des danses représentent environ 35 minutes pour trois heures de film.

 

Il est temps à présent d’entrer dans chacune des chorégraphies  et de les relier aux danses classiques indiennes.

 

L’analyse de tout ceci pour un second article !

 

Prochain article : le détail des danses dans Devdas

 

La danse de la lampe

Radha et Krishna près de la rivière Yamuna

Chandramuki

Le pari

Parvâti et Chandramuki fêtent Durga


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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 09:50

Je réédite cet article car l'oeuvre sera redonnée la saison prochaine et d'autres articles vont venir s'ajouter!

Inoubliables Sylvie Guillem et Laurent Hilaire vus en décembre 1991

Inoubliables Sylvie Guillem et Laurent Hilaire vus en décembre 1991

 

Ezio Frigerio et Rudolf Noureev – Autour de Roméo et Juliette.  Volet 1

 

 

 

 

ezio-frigerio.jpgNoureev a principalement travaillé avec deux décorateurs et costumiers : Ezio Frigerio et Nicholas Georgiadhis.

Il connaissait bien le dernier qui oeuvrait pour le Royal Opera Ballet, troupe à laquelle il était rattaché au début de son arrivée à « l'Ouest ».

 

En 1981, pour sa première collaboration à l’opéra, Noureev est appelé par la directrice Rosella Hightower à remonter Don Quichotte, comme il l’a déjà fait pour d’autres compagnies. Il demande à Georgiadhis de faire décor et costumes. Ceux-ci seront conservés jusqu’en 2001, date à laquelle une nouvelle production est commandée… qui est d’ailleurs loin d’être une réussite. Nous sommes nombreux à regretter les magnifiques tutus vert d’eau des Dryades et leur écrin…

 

Ezio Frigerio travaillera une première fois avec Noureev sur Roméo et Juliette. Il raconte : «  Noureev m’a un jour appelé,j'étais à Rome,  et il semblait que ce soit une question de vie ou de mort, il fallait que je vienne immédiatement ! »  Il ajoute : «  Noureev avait une vraie passion pour la Renaissance italienne, mais cette culture s’était faite avec des images d’Epinal qui avaient peu à voir avec la véritable Renaissance. »

Noureev avait dansé son premier Roméo dans la chorégraphie de McMillan avec Margot Fonteyn  (Juliette) et cela avait été pour lui une révélation. Lorsqu’on lui passe une dizaine d’années plus tard la commande d’une chorégraphie nouvelle pour le London festival ballet, il est déjà engagé sur un autre projet, cinématographique celui-là : Valentino. Il créera le rôle de Juliette sur Patricia Ruanne. Je reviendrai sur les conditions  si particulière de cette création dans un autre article.

L’opéra de Paris a gardé quelques maquettes de la chambre de Juliette qui baignait dans un clair de lune romantique.  

chambre-londres.JPG

 

chambre London Festival

 

Frigerio en voyant celles-ci comprend l’ampleur de sa tâche. «  Je l’ai donc emmené se promener au milieu de cette culture si bizarre de la Renaissance Italienne" dit Ezio qui se rend compte que Noureev ne rentre pas dans certaines peintures ou décorations. "Il avait des goûts très arrêtés avec lesquels je  n’étais pas d’accord.   Il voulait que la chambre s’ouvre sur un décor romantique, très 19ème siècle, comme c’était le cas pour la production de Londres.  Il avait une vision de l’art baroque toute personnelle », ajoute-t-il encore. Et il conclut «  J’ai fait au mieux pour à la fois satisfaire son goût oriental de la surcharge, et en même temps pour rester fidèle à mon propre style. Cela a été loin d’être facile, et de tout repos. Mais je crois qu’au final, il était vraiment content »

chambre-paris.JPG

 

Chambre Paris 1984

 

C’est la raison pour laquelle, le tout premier décor prévu pour Garnier, présentait la chambre de Juliette s’ouvrant sur la place de Vérone qu’on devine au loin.  Frigério s’est inspiré de peinture, «  la città ideale » afin d’évoquer Vérone.  Il sait qu’au fond la ville de Vérone est secondaire, car Shakespeare lui-même n’en a qu’une vague idée.   Lorsque le ballet est repris en 1995 pour Bastille, Frigerio revoit ses maquettes avec en tête les derniers souhaits de Noureev qui au fil du temps, a modifié sa conception de Roméo, abandonnant un certain réalisme pour une vision plus allégorique.

 

chambre-paris-1965.JPG

 

Chambre Paris 1995

 

 

 

 

 

 

place-de-Verone.JPG

Il pense que rendre la  mort  partout présente est la clé de l’œuvre et décide donc que la chambre n’aura plus cette grande baie ouverte sur une ville lumineuse, écrasée de chaleur et de poussière, mais sera cloisonnée par des lambris. Pour Frigerio, cela permettait de donner plus de profondeur, de poids, au drame, et  au spectateur un sentiment d’oppression, de fatalité. Dès le début, le spectateur pressent ce qui attend les héros qui vont mourir les uns après les autres : Mercutio, Tybalt, Pâris, Roméo, Juliette; toute une jeunesse qui disparaît.

J’avoue que la toute première fois, en voyant ce décor, j’ai amèrement regretté la chambre romantique et son ouverture. Mais Frigerio a mille fois raison : le drame shakespearien prend plus de densité de cette façon.

 

Noureev a toujours su d’instinct s’en remettre à des artistes de grands talents ; d’ailleurs, disent ses proches, il avait toujours un goût très sûr lorsqu’il chinait des antiquités. C’est ce qui manque aujourd'hui à l’opéra de Paris et les restrictions budgétaires n’en sont pas les seules raisons.  Il n’y a plus son œil pour tout superviser, un peu comme un Louis XIV  qui, parmi les maquettes du Louvre, a choisi  la plus sobre et la plus puissante, ou encore qui a donné à  Versailles sa grandeur.

 

( à suivre)

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29 avril 2013 1 29 /04 /avril /2013 09:42

 

C’est tout à fait par hasard qu'il y a deux ans, j’ai découvert les Trois sœurs à la Comédie Française. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre et j’ai été conquise

 

Par le texte lui-même pour commencer ; simple, sobre, il nous plonge au sein de cette fratrie privée de leurs parents ; trois sœurs et un frère – comme chez les Bronté – qui vivent en Province et ne rêvent que de retourner à Moscou, depuis la mort de leur père, un an plus tôt. On ne sait pas très bien depuis quand la mère est morte, mais l’on suppose que cela fait longtemps, car la vieille nounou qui est là depuis trente ans fait partie de la famille.

Dans cette maison, les officiers de la garnison en place dans la petite ville, viennent souvent en visite, amenant avec eux gaité et chansons

Chacun essaie de trouver le bonheur dans une existence qui n’en donne pas. Personne n’est véritablement malheureux non plus ; non, juste une existence ordinaire dans une ville ordinaire.

 

 54739308.jpg Verchinine, - l'excellet Vuillermoz - le nouveau commandant de la batterie,  qui au détour d’une phrase fait comprendre qu’il a toujours vécu dans des petits meublés minables, aux côtés d’une épouse suicidaire, mais qu’il aime profondément ses « deux petites filles », est l’un des personnages les plus attachants. En dépit d’une vie qu’on suppose difficile, lui qui ne rêve « que d’une maison comme celle-là » alors qu’il va de garnison en garnison, ne se plaint jamais de son sort qu’il essaie  d’accepter. Il pense que  l'existence banale qu'il mène conduira peu à peu   l’humanité future au bonheur.

Dans le passé, ancien camarade du père des trois sœurs, on l’appelait le major amoureux. Rien qu’avec cette évocation, on imagine ce qu’a pu être sa jeunesse : pleine de promesses !

Mais cette époque est bien révolue… aujourd’hui, il trouve du bien-être à venir dans la maison des Prozorov,  auprès des sœurs raffinées – l’une d’elles parle quatre langues, l’autre joue du piano, la troisième enseigne et finira directrice.

Les sœurs sont persuadées qu’en retournant  à Moscou, leur vie prendra enfin son envol. Moscou, c’est aussi la ville de l’enfance, lorsque leurs parents vivaient encore.

Macha, - Elsa Lepoivre, parfaite en femme qui a perdu ses rêves - qui joue avec talent du piano, est mariée à un homme bon, mais qui l’ennuie. C’est le genre d’homme gentil - l'excellent Gilles David -qui veut surtout ne pas déplaire, ni à sa femme, ni à ses supérieurs au lycée ; il finit par couper sa moustache, car le proviseur l’a fait, alors que ce geste l’enlaidit. Olga, - Florence Viala - l’ainée,  enseigne, mais se sent toujours fatiguée, sans entrain ; elle se plaint de maux de tête, de surcharge de travail.    La cadette, Irina, - Georgia Scalliet qui incarne à la perfection l'insouciance qui se voile -  dont c’est la fête lors du début de la pièce,  pense qu’elle trouvera du plaisir en travaillant, en s’occupant. Pour elle, en ce matin de mai, un an après la mort de son père, tout semble possible, une promesse de bonheur flotte dans l’air,   sa vie est en fleur, comme le printemps au dehors.

Quant au frère, c’est un brillant étudiant en sciences et un talentueux violoniste. Tous les espoirs reposent sur lui. ( Stéphane Varupenne- en 2010 et 2011Guillaume Gallienne.)

On comprend que la maison de ces quatre enfants attire les officiers qui viennent y passer leurs après-midi de liberté et à  leurs soirées. On chante, on danse, on devise, on rit, on se chamaille gentiment.

Verchinine, le commandant,  philosophe sans cesse ; plus tard, « dans deux cents ou trois ans » lui-même sera oublié, mais sa vie et celles de ses contemporains auront permis à cette humanité future d’éclore.

 

Natacha, la fiancée du frère, accélérera l’étiolement des rêves de cette fratrie. ( Coraly Zahonero est parfaite en fiancée peu sûre d'elle au début de la pièce qui finit par régner en maître, parfaitement contente de sa vie)

 

Françon  offre à ce texte une mise en scène très sobre et belle tout à la fois, qui renforce le sentiment de chagrin  qui s'étend d'acte en acte sur toute la maisonnée hormis Natacha.

 

Le premier acte, le plus lumineux, offre deux espaces : un grand salon avec un piano, éclairé par une immense 54739353.jpgvéranda qui s’ouvre sur un printemps en fleurs et de grands bouleaux, « mes arbres préférés » dit Vernichine. Les arbres " n'ont pas encore de feuilles" fait remarquer l'une des soeurs.   Il y a des fleurs blanches à profusion, et lorsque le soir arrive, les domestiques allument de nombreuses bougies dans chaque coin de la pièce.

 

 

 

 


Dans le second acte, l’espace est le même, mais le piano qui trônait ne se voit presque plus.  La musique se tait peu à peu. La neige tombe par les fenêtres, à demi-masquées par de sombres rideaux. Il n’y a plus de lumière. Le salon comme la véranda semblent tristes. Les officiers arrivent, pour voir les Masques, mais Natacha les renvoie chez eux, alors qu’elle-même court rejoindre Protopopov, - un personnage qu’on ne voit pas – qui l’invite à faire un tour dans sa troïka et avec qui on comprend qu’elle a une liaison.


Dans le troisième acte, les trois sœurs sont réunies dans une seule chambre ; un incendie a éclaté. Le passé brûle – l’un des officiers a tout perdu dans les flammes. Le caractère de Natacha s’affirme, car elle veut congédier tous les domestiques inutiles, après avoir donné toutes les chambres des sœurs à ses propres enfants.  Le médecin militaire sombre dans un chagrin sans fond devant son incapacité à soigner, à être utile.  

Passé et présent se « télescopent » en cet espace qui est fermé, cloisonné. Tandis qu’en cette nuit d’incendie, la maison sert de refuge à ceux qui n’ont plus de toits – et qu’on ne voit pas – le drame se resserre dans la chambre.

Le frère, qui vit désormais reclus dans sa chambre avec son violon, vient trouver ses sœurs pour qu’elles lui disent ce qu’elles ont sur le cœur ; mais elles se cachent derrière leur paravent ; il déverse des flots de mensonges sur ses motivations, sa vie, jusqu’à ce qu’il avoue tout à coup qu’il a hypothéqué la maison, y compris la part de ses sœurs.

Le quatrième acte se passe à l’extérieur, devant la véranda. Les sœurs sont mises « dehors ». La garnison s’en va dans une autre ville ; c’est l’heure des adieux, mais des décisions aussi.

Et tandis que Natacha décide de couper " toute cette allée de chênes" un duel inattendu entre le soupirant d’Irina qui a quitté l’armée et un officier qui lui a toujours cherché querelle met fin de façon violente aux rêveries sans fondement des sœurs.

Elles qui, comme tous les autres personnages ont toujours plus ou moins cru que les choses se passeraient comme elles le souhaitaient, réalisent à ce moment-là qu’elles doivent prendre leur destin en main. « La musique est si gaie, dit Olga en écoutant la garnison s’éloigner ; il faut vivre ! » 

 

On se demande si elles trouveront la force, si elles auront l’énergie nécessaire pour faire le voyage à Moscou afin de bâtir la vie dont elles ont rêvé.

 

Le plus touchant dans cette pièce est cette dizaine de personnages sans rien de particulier, mais si humains ; le texte de Tchékov est d’une telle modernité qu’on le croirait écrit aujourd’hui. Les personnages font écho à une partie de nous-mêmes ; dans leur quête, leur rêve, leur espoir et leur résignation aussi. « Dieu ne l’a pas voulu » dit parfois l’un d’eux.

54739547.jpgCette résignation attriste, car il semble que quoiqu’ils décident ou fassent, le bonheur espéré ne viendra pas pour aucun des personnages qui aspire à quelque chose d’inaccessible.  Une sorte de paradis perdu, peut-être. Ce qui ne les empêche pas d’avoir des fou-rires, des moments de gaité, de chanter, de danser, au moins au premier acte. Les émotions surgissent, jaillissent spontanément. Et cette spontanéité est pleine de fraîcheur.

 

La Comédie Française offre pour la troisième saison cette pièce sensible, touchante, humaine avec des comédiens de grands talents.  Peut-être y retournerai-je avant la fin de cette reprise.

 

 

 

distribution :

 

Michel Favory : Feraponte

Eric Ruf : Vassili Saliony

Eric Génovèse : Touzenbach

Bruno Raffaelli : Tcheboutukine

Florence Viala : Olga

Coraly Zahonero : Natalia

Michel Vuillermoz : Verchinine

Stéphane Varupenne : Prozorov

Gilles David : Koulyguine

Gerogia Scalliet : Irina

Jérémy Lopez : Fedotik

Danièle Lebrun ; Anfissa

Benjamin Levernhe: Rode

 

 

photos sans but commercial

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20 février 2013 3 20 /02 /février /2013 11:08

 

Kaguelk.jpegIl  y a deux ans, lorsque j'ai été voir les extraits vidéos de Kaguyahimé sur YouTube - l’œuvre a fait l’objet d’une captation avec les danseurs du NDT qu’on trouve en Blu-Ray- je n'ai pas été séduite et n’ai donc pas pris de place. Mais certains balletomanes en qui j’ai confiance m’ayant assurée que c'était une belle histoire, ma curiosité a été éveillée! Une fois encore, la vidéo est une vraie traîtresse, qui nous prive des émotions qu’on ne peut ressentir qu’en live. Toute la puissance de cette pièce et son intensité sont palpables si on est dans la salle! En outre, scénographie et lumières ont été modifiées pour cette nouvelle production pour l’ONP. Donnée il y a deux ans à Bastille, en plein été, elle a été reprise cette année à Garnier.

Il faut déjà dire à quel  point la musique est envoûtante ; pour ceux qui n'ont pas eu l'occasion d'aller "Ecouter-voir" cette œuvre, voici quelques points de repère extraits du programme acheté pour répondre au mille questions que je me posais en quittant la représentation :

Qu'est ce que Kylian connaît des tambours japonais?
Pourquoi la présence d'un ensemble gagaku?
Pourquoi le chef est-il un occidental ?

Comment se repère t'il par rapport au temps musical?

Que connait-il des tambours japonais lui aussi?
Qui et pourquoi a écrit la partition?


Des questions plutôt musicales, c'est vrai, mais il faut dire que j'étais placée dans une loge en avant-scène qui surplombait littéralement la fosse d’orchestre. Pas évident pour voir la scène, car on est  de «  travers » mais extraordinaire pour « écouter-voir » les musiciens.  
Voici donc quelques points de repère que j’ai extraits du programme de l’ONP.



Le compositeur Maki Ishi, né en 1936, a baigné dans un contexte artistique avant-gardiste. Quand il écrit la partition en 1985, il a déjà une grande connaissance de la culture occidentale; son père, danseur, est un des pionniers de la danse moderne au Japon. Dès 1910, il découvre les théories de Jacques-Dalcroze sur l’eurythmie (courant théosophique auquel est relié Rudolf Steiner) ;  cela lui inspire une forme chorégraphique nouvelle, le poème dansé (buyôshi) ; plus tard, il travaillera et rencontrera  en Occident  M.Wigman et Isadora Duncan.

C’est dans cette ambiance si particulière que son fils  s’oriente très jeune vers la musique ;  il fait ses classes de composition et de direction d’orchestre au Japon puis  part à Berlin s'imprégner sur place du " post sérialisme ». Là, à l’écoute des œuvres dodécaphoniques ou sérielles, il a des réminiscences des ensemble  Gagaku, orchestres  classiques qui jouent de la musique hautement raffinée pour la cour où  son père  avait ses entrées. Et c’est la musique sérielle qui lui ramène ses souvenirs, effet   « madeleine de Proust » plutôt surprenant. Il est fascinant de voir comme père et fils ont été à la fois envoûtés par les traditions musicales et chorégraphiques  de leur pays et désireux de s’ouvrir à la modernité et à l’Occident !

S'ensuivent  ensuite ces "concours de circonstances" extraordinaires :  Maki Ishii rencontrera Michael de Roo, le chef d'orchestre qui créera l'œuvre à Berlin lors d’un festival de pecrussions. Ce chef d’orchestre possède lui aussi une étonnante curiosité et ouverture d’esprit ; il adore Monochrome de Ishii qu’il a entendu dix ans plus tôt. Il accepte de grand cœur  de créer  son  ballet féérique Kaguyahime,  qui n'a pas trouvé, pour l'heure, de chorégraphe.  Pour s’imprégner de l’essence   des ensembles Kodo,  percussions japonaises, Michael de Roo travaille d’abord avec Fujimoto  qui lui  apprend la base  de ces tambours et la philosophie de vie qui en résulte. Il faut savoir que l’entraînement d’un joueur de tambour est à la fois sportif, musical et spirituel.

Kaguyahimé est finalement  créé en 1988 lors du Holland festival de 1988 avec M de Roo à la direction des différents orchestres réunis, y compris un petit ensemble de vents de tradition Gagaku. Quel parcours pour les uns et les autres ! Quels métissages, quelle ouverture d’esprit, quel sens du partage et de l’expérimentation, quelle générosité aussi dans les échanges ! Une vraie leçon de vie…

 

 Comme M de Roo travaille de temps à autre avec le Nederlands dance theater,  il  fait écouter le ballet à Kylian qui s'enthousiasme… et voilà ; Kaguyahimé a trouvé son chorégraphe !
Sur cette   partition  absolument formidable, jouant sur tension et détente en permanence, mêlant toutes sortes de sonorités, de textures, alliant le traditionnel, le folklore, à des écritures musicales plus occidentales et contemporaines,  Kylian va créer une œuvre originale, inventive, bourrée d’énergie et pourtant  simple, claire, et finalement très puissante. Le plus impressionnant est  de voir les percussionnistes sculpter l'énergie! Tantôt fluide, évanescente, spirituelle comme une fumée d'encens, qui vous enveloppe délicatement,  tantôt si lourde, si palpable qu'elle pénètre littéralement en vous et vous transforme à votre tour en percussion; on se met à vibrer comme la peau d'un tambour! Sur ces volutes de sons, les danseurs exécutent des solos, des duos, des scènes de groupes virtuoses, spectaculaires, où la joie  de s’abandonner à la musique est communicative pour le spectateur ; celui-ci entre pour ainsi dire en contact direct avec les émotions des danseurs, ce qu’ils ressentent.

 

L’histoire est simple ; c’est un conte très populaire au Japon que tous les enfants connaissent. La Lune qui se retrouve pour quelques temps sur Terre va amener malgré elle luttes et désirs. Au début, si elle reste tout à fait indifférente aux sentiments humains, elle sera, avant de retourner vers son royaume dont elle a été temporairement exclue, touchée par les émotions des êtres qu’elle a cotoyés.

 

L’un des grands moments de Kaguyahimé est lorsque le chef d’orchestre donne le départ aux musiciens qui s’élancent sur la scène rejoindre des percussions qui les y attendent et se mêlent ainsi aux danseurs dans une exaltation magistrale, comme si l’énergie tourbillonnait dans tous les sens. Il paraît qu'a Bastille où l'oeuvre a été donnée il y a deux ans, c'était encore plus impressionnant.
Kaguyahimé est aussi une œuvre du contraste. Au mouvement s’oppose l’immobilité, comme celles des trois musiciens Gagaku on encore celle de  la  Lune inaccessible, lointaine et froide... Le 16 février,  Agnès Letestu  incarnait avec maîtrise cette Lune impavide. Ses mouvements de bras ondulaient paisiblement, tels les  rayons de la lune lorsqu'ils frôlent et glissent sur  la Terre.

Le " pas de deux" avec le Mikado, pourtant minimaliste, marque profondément le spectateur : rencontre impossible de la matérialité incarnée par le Mikado (Vincent Chailley) et son immense voile d’or qui ne retiendra pas plus la Lune  qu’un filet de pêche de l’eau et de l'inaccessible!

 

Il faudrait rendre hommage à l'ensemble des danseurs qui brillent tous dans des solos acrobatiques! (Madin, Meyzindi, Stokes, Couvez, Demol, Alu Renaud, Bertaud, Gasse, Thomas) et des filles ( Colosante, Bellet, Westermann, Granier, Ranson, Baulac, Galloni, Vareilhes, Vauthier, Bance) tellement synchrones malgré la rapidité d'exécution de certains passages, qu'on les aurait dits animés d'un seul  et même souffle! On sent le plaisir qu'ils ont à se fondre à la musique!

Lorsque  le grand tambour apparaît sur la scène, il y a une sorte d'exaltation générale que je n'avais encore jamais vue sur scène!  


A cela s'ajoute une scénographie d'une intense poésie, avec ces jeux de  lumières, particulièrement oniriques sur les grands chevaux en fond de scène qui incarnent les émotions non maîtrisées, la violence, la sauvagerie aussi! C'est d'une simplicité et d'une beauté à couper le souffle! (Michael Simon scénographie et lumières).

  

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Published by Shabastet - dans opéra de paris
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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 07:00

Marco Spada – Pierre Lacotte

 

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Dans les années 1970, Pierre Lacotte remonte la Sylphide, ballet mythique  imaginé d’après le Trilby de Nodier avec  dans les rôles-titres Mickaël  Denard et Ghislaine Thesmard. Le ballet  diffusé à la télévision connaît un tel succès qu’il est ensuite  remonté à l’opéra de Paris. Thesmard, qui n’avait jamais intégré le corps de ballet, y gagne ses galons d’étoile. Quelques temps plus tard, Lacotte confie le rôle de James à Noureev qui  adore le rôle. S’en suit de nombreuses tournées avec  Ghislaine Thesmard qui danse la Sylphide. Un jour qu’ils étaient tous à New York, attablés joyeusement après une représentation, Noureev demande à Lacotte : « Qu’avez-vous en projet actuellement ? » et le chorégraphe lui répond «  Justement, l’Opéra de Rome m’a commandé un Marco Spada sur une musique d’Auber ».

-          Ah, s’exclame Noureev qui occupait une grande partie de ses nuits à lire et à découvrir toute la culture artistique occidentale,  j’aime beaucoup cette musique, parlez moi un peu du ballet. »

Et Lacotte lui raconte les aventures du dénommé Marco Spada, bandit sympathique qui dépouille les gens. Sa fille n’en sait rien : ce bandit est noble et cache son identité soigneusement, afin qu’Angela n’ait pas à en souffrir.  Il se déploie sur scène  toute une série de bals, d’enlèvement, de fêtes,  de soupirants qui finissent dans des malles, de trappes secrètes,  d’amoureux qui entrent et sortent pas des fenêtres. A la fin du ballet, tout le monde se retrouve dans les montagnes, à danser joyeusement. Lacotte ajoute qu’il y aura beaucoup de scènes de pantomime, comme dans les ballets de l’époque. Aussitôt, Noureev prend ce bandit en affection et dit «  Mais c’est un rôle pour moi ! »

-          Bien sûr, répond Lacotte, c’est un rôle pour vous, mais voyez-vous, comment monter un ballet avec vous qui dansez aux quatre coins du monde ? J’y avais bien pensé, mais cela me semble impossible car il me faudra du temps pour remonter le ballet »

-          Et si je m’engage à vous donner tout un mois de mon temps ? demande Noureev.

-          Vous le pourriez, vraiment, vous toujours tellement occupé ? questionne l’autre.

 

Noureev griffonne aussitôt sur  un bout de nappe en papier : «  Moi, Noureev, je m’engage à me rendre disponible  tout un mois pour être à la disposition de Pierre Lacotte » Il arrache le bout de papier qu’il tend à Pierre. Celui-ci éclate de rire et Noureev se met à rire aussi.  Il sait très bien qu’il a la réputation, justifiée d’ailleurs, d’être fort peu disponible – il n’avait donné que trois jours à Petit pour filmer son jeune Homme et la mort – Il s’est souvent brouillé avec des chorégraphes – dont Petit- car il danse parfois «  à sa sauce » les chorégraphies apprises en quelques jours et réinterprétées plus ou moins sur scène. Il sait qu’il n’est pas très populaire à cause de la vitesse de travail qu’il impose à tous ceux qui collaborent avec lui.  Ce soir-là, il n’est pas dupe ; il devine ce que pense Pierre à part lui ; mais celui-ci décide de tenter l’aventure et  téléphone le lendemain au directeur de l’opéra de Rome pour lui dire : «  Finalement je vais confier le rôle de Spada à Noureev » L’autre au bout du fil s’étrangle : «  Etes vous sûr ? Pourrons-nous  vraiment compter sur lui ? »

Le ballet sera bien donné à Rome en 1981 puis remonté à l’ONP  en 1985. Il  a fait l’objet d’une captation, rééditée en DVD en 2009.  

ll se déroule en trois actes et est léger comme la musique d’Esprit Auber.  La chorégraphie d’origine – 1857 – faite à partir de  l’opéra du même nom, est bien sûr perdue, comme nombre de ballets de cette époque. Mais Lacotte, en grand habitué des reconstructions de ballet, connaît parfaitement  le vocabulaire et le style chorégraphiques du 19ème siècle :  le bas du corps travaille énormément et demande beaucoup d’agilité, d’aisance et de précision. Paquita - " avec ses   pas qui tuent", comme le disent les danseurs  - en est un excellent exemple.

 Lacotte excelle à inclure  de très nombreux    petits pas  virtuoses, précis, avec une petite   batterie incisive, et des sauts nombreux «  Noureev, dit-il, adorait tous les pas compliqués que je créais pour lui, et il en redemandait davantage. Il a travaillé avec moi pendant un mois, se rendant disponible, heureux d’apprendre, s’amusant comme un fou avec les scènes de mime. Il adorait notamment la  pantomime avec le moine et il aimait particulièrement  mourir sur scène à la fin du ballet »

 

 

Dans Marco Spada, G. Thesmard vive, enjouée, gaie, donne à  Angela sa brillante, sa majesté, sa force de caractère aussi, avec des pointes d’acier et des pieds d’une précision hallucinante. M Denard alias le prince Frederi amoureux d’Angela, campe un jeune premier élégant et racé, et surtout fort sympathique !  Quand à Noureev, si sa danse a perdu en précision et en propreté, c’est un vrai bonheur de le voir se donner ainsi corps et âme à un rôle drôle, qui lui sied à ravir. Il s'amuse dans les scènes de pantomime et nous avec lui, et son énergie, sa flamboyance, son panache, tout est intact.

J'aime particulièrement le troisième acte, brillant, enlevé, où les variations se succédent dans une effervescence et une joie générale : car ce ballet déborde de bonne humeur!

 Il met le cœur en joie. Ce n’est  peut être pas un chef d’œuvre,  il n'a pas la somptuosité des costumes ou des décors de la Fille du Pharaon – remonté par ce même Lacotte pour le ballet du Bolchoi -  mais il fait partie de ces œuvres légères, insouciantes,  qui donnent une idée claire de ce qu’était le ballet au 19ème   où la précision et la beauté des pas montrent  tout le travail de l’école française  sur laquelle se construit toujours à l’ONP la technique d’aujourd’hui.

Rien que pour le plaisir de voir Noureev dans ce rôle de bandit au grand coeur – il a 43 ans – c’est un bonheur d’avoir ce Marco Spada.

 

 

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 08:53

 

 

 

 

images-copie-1.jpgA partir de la semaine prochaine, je vais commencer une série d’articles pour faire un peu le point sur toutes les vidéos, biographies, films qui sont en lien avec Noureev. J’ai récemment fait l’acquisition des «  Dancer’s dream » que je n’avais pas encore ; ce sont des documentaires qui plongent au cœur même des ballets que Noureev a remonté ; certains sont fantastiques – Raymonda, Roméo- d’autres moins intéressant parce que l’on ne voit qu’une seule distribution au lieu des 2  de Roméo ou 5 de Raymonda.

Côté livre en français, pas mal de choses aussi : des albums de photos, ou des biographies. J’ai récemment fait l’acquisition de  Noureev l’insoumis d’Ariane Dollfus, emprunté à la bibliothèque et qui m’avait «  à l’époque »  mise de mauvaise humeur à cause d’un  « déballage » un peu    presse à scandale   de la vie de Noureev. Avec le temps, la mauvaise humeur est passée, et comme ce livre est l’une des biographies en français las plus complète, je l’ai acheté d’occasion.

J’ai aussi fait le point sur les documentaires qui sont parus ces   dernières années ; avant ceux-là, il y a l’extraordinaire Noureev, de P Foy (qu’on trouve en DVD à présent), qui a été tourné de son vivant et où Noureev revient sur sa vie, sur son enfance. Puis dans le désordre, sont parus  L’Attraction céleste, Sur les pas de Noureev, From Russia with Love. Plus   ancien  et seulement en anglais, on trouve I am a dancer, filmé de son vivant dans les années 70 avec Margot Fonteyn.  Plus récemment est paru «  Un jour, un destin » qui malheureusement comportait beaucoup trop de petites interwiews découpées en morceau et trop peu d’extraits de danse.  De la sorte, le documentaire, pas inintéressant, était trop morcelé pour être agréable à suivre.

Quand aux captations de ballets avec Noureev, j’ai acquis récemment son Marco Spada ; on trouve toujours à l’achat ses Belle au bois dormant, Don Quichotte ( australian ballet), Casse Noisette, Giselle ( avec Fonteyn ou Fracci), Roméo et Juliette,  tournés aux quatre coins du monde avec différentes partenaires,  et surtout son merveileux Lac des cygnes avec Fonteyn  (malgré des costumes et des décors pas du meilleur goût).

 

A très bientôt !

 

 

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3 janvier 2013 4 03 /01 /janvier /2013 10:33

Les photos viendront plus tard!

 

 

 

La danse à tout prix, émission de France 2 du 26 décembre 2012

 

 

 

   Quelle curieuse idée de diffuser si tard ce reportage  grand public  si plaisant, si fascinant, qui pendant quelques mois a suivi quatre danseurs du corps de ballet de l’Opéra de Paris : François Alu, Pierre Arthur Raveau, Héloïse Bourdon et Léonore Baulac.  L’idée étant de filmer le quotidien de ces jeunes jusqu’au fameux concours de promotion qui a lieu chaque année, et qui, seul, permet à un danseur de changer de grade.

Il y a quatre états dans le corps de ballet :

Quadrille (Léonore Baulac)  coryphée (François Alu) sujet ( Héloïse Bourdon – P. A. Raveau)  Premier danseur. Les premiers danseurs ne passent pas de concours pour devenir étoile. On devient étoile sur proposition du directeur de la danse, et avec accord du directeur de l’opéra de Paris.

Pour ce concours, le danseur doit interpréter une variation imposée commune à tout son grade, et une libre. Souvent l’imposée montre ou non sa maîtrise technique un jour de concours, tandis que  la libre  révèle plutôt son potentiel artistique. Pour travailler celle-ci, le danseur sollicite parfois un danseur de la compagnie qui l’a déjà dansée en spectacle, donc  une étoile ou un premier danseur. Qu’on ne s’y trompe pas : le temps de travail est toujours très rapide à l’opéra. Les danseurs n’ont droit – au mieux – qu’à quelques heures de travail réparties en une ou deux séances de travail.  


  P.A. Raveau travaille seul en studio sa variation de l’Oiseau de feu de M. Béjart avec l'aide d’une vidéo. Les danseurs sont tellement habitués à  apprendre et à mémoriser les pas que n’est pas là pour eux l’essentiel de leur travail. Il s’agit avant tout de s’approprier le style de la variation pour pouvoir l’interpréter au plus juste, exactement comme dans ces concours de musique où la grande difficulté reste l’interprétation et non pas le «  texte ».

A noter qu’il y a trois oiseaux parmi les candidats : un cygne blanc (Bourdon), un cygne noir (Baulac) et un Oiseau de feu. Le présentateur explique simplement ce que représente chaque variation. Le ton est simple, il s’agit d’intéresser le « grand public » à des danseurs d’un autre   "temps » : ceux de l’opéra de Paris. Et si le ton est agaçant, le reportage lui, est très vivant et bien fait.

 

 Certains danseurs restent toute leur vie dans le plus petit grade, «  quadrille »  que les danseurs intégrent à leur sortie de l’école de danse, s’ils réussissent le concours d’entrée, ce qui est loin d’être «  automatique ». Agés de 16 à 20 ans, très jeunes,  la plupart continuent à vivre s’ils le peuvent dans leur famille.  Rester toute sa vie quadrille signifie faire uniquement du  corps de ballet, ce qui doit être très difficile moralement, surtout qu’année après année, des jeunes de danseurs de 16 ans intègrent le grade qu'ils quittent au bout d’une année ou deux, ou trois, suivant.

Quand un danseur devient sujet – et parfois aussi avant -  il accède à des rôles de demi-soliste ou de soliste.

Inutile de rappeler ici que Noureev qui n’a jamais connu cette hiérarchie à Vaganova où, arrivé à 17 ans, il s’est propulsé directement dans la dernière classe avant de devenir très vite soliste, ne l'a jamais respectée  à l’époque où il dirigeait la compagnie.

 

Nous suivons donc tout au long de l’émission qui désire maintenir le suspens jusqu’à la fin sur le résultat du concours, ces jeunes gens fort sympathiques que j’ai découverts avec beaucoup de plaisir.

Je découvre avec stupéfaction qu’il est tout aussi difficile de trouver un studio libre pour répéter que pour n’importe quel danseur lambda ; même à l’opéra. Ainsi, y a-t-il des séances de travail ultra-matinales (Baulac avoue s’être levée à 6heures pendant toute cette période pour travailler) ou bien jusqu’à l’heure des spectacles ; car pendant ce temps, la compagnie continue de se produire sur scène.

En réalité, le travail de captation a commencé à la fin de la saison précédente (une saison à l’opéra se finit mi-juillet pour reprendre courant septembre, vers le 20) et l’on peut voir ainsi P.A. Raveau travailler la fille mal Gardée, où il danse un rôle de soliste : Colas. (Avec M. Froustey pour partenaire). Le montage a décidé de garder le travail de P.A sur le « manège » qu’il exécute au cours d’une variation. Un manège - morceau de bravoure d'une varation - est une série de pas qui alterne différents grands sauts entrecoupés parfois de pirouettes de liaison, en formant une ronde de très grande amplitude.  P. A. cherche  dans l’espace l’endroit précis où il doit finir ces sauts en boucle. Par deux fois, il tombe. Et oui,  sur scène on les voit s’élancer, ça semble évident…. Et pourtant.

Très sympathique, Pierre Arthur Raveau  joue aussi du violon et du piano, plus que très bien ! Il exécute brillamment le finale  d'une sonate de Beethoven. Où trouve-t-il le temps? Vraiment doué pour la musique aussi! 

Le jour J, on ne le verra pas comme les autres d’ailleurs exécuter sa variation et je le regrette. Entre temps, on l’aura suivi chez lui, compati devant l’affreux petit déjeuner qu’il ingurgite pour avoir de l’énergie pendant six heures, suivi dans les ateliers de costume où il découvre horrifié que le costume de l’oiseau de feu exige un corps «  sans un poil de graisse ».  On apprend – et je m’étais toujours posé la question – que les costumes que revêtent les danseurs le jour du concours, sont ceux faits sur mesure pour les danseurs de la compagnie qu’on leur prête. Le danseur en essaie donc plusieurs –   celui de Mathieu Ganio puis de Karl Paquette - On ne verra pas avec qui il travaille la variation et je ne suis même sûre qu’il y ait eu quelqu’un.   «  Il faut que je demande à un danseur pour la position des bras, car j’ai trouvé deux vidéos avec des positions de bras différentes » déclare-t-il. Un peu plus tard " J’ai demandé à un danseur pour les bras, je sais à présent quelle position choisir" dit-il un peu plus tard. A-t-il pu répéter sa variation avec un danseur en particulier? Rien n'est moins sûr!


P.A. Raveau   n’a pas été promu cette année (mais il a été classé second, ce qui veut dire que s’il y avait eu deux postes, il serait devenu premier danseur) mais il a dansé cet hiver, parait il avec grand talent,  Don Quichotte avec M. Froustey.

Une personnalité vraiment attachante et un beau talent artistique à suivre!

   

 

Léonore Baulac, 22 ans, passe le concours pour devenir coryphée pour la 4 fois ou 5 fois il me semble ;  pétillante, bourrée d’énergie et d’enthousiasme, on devine quand même à mi-mots que le découragement n’est pas loin, mais qu’elle se l’interdit purement et simplement en poursuivant coûte que coûte son rêve de devenir «  étoile ».  Sa mère semble être d’un grand soutien moral dans ces moments toujours difficiles et douloureux de concours et de compétition entre danseurs. Elle a choisi une variation libre difficile  afin de prouver qu'elle "a de l'ambition et qu'elle a de l'audace". Aurélie Dupont la guide dans son travail pour qu'elle devienne un Cygne noir machiavélique! C’est toujours extraordinaire de voir ce travail de transmission, de réaliser à quel point un rôle passe d’un corps à un autre uniquement par le geste. De découvrir même quand on connaît par cœur ce répertoire des petits détails supplémentaires, et surtout de voir ce que toutes ces variations classiques donnent sur des corps différents. Léonore est jolie comme tout, avec de longues lignes de bras et de jambes, elle a une spontaneïté naturelle, un piquant, un quelque chose de frais et de juvénile. En parallèle de sa préparation au concours, elle répète la chorégraphie Sous apparence de M.A Gillot qui l’a choisie. Baulac, comme beaucoup d’autres danseurs, travaille beaucoup de danse contemporaine et visiblement aime cela autant que le répertoire classique. En répétition, son cygne noir semble beau, mais  là encore impossible de voir la variation en entier !


Toute autre ambiance de travail avec la sage Héloïse Bourdon qui répète sous l’œil avisé d’Agnès Letestu la variation du Cygne Blanc ; c'est à dire le pôle «  douceur » tandis que Baulac a opté pour le plus «  méchant » : ces deux rôles extraits du Lac des cygnes sont dansés par la même danseuse : Odette, la douce princesse prisonnière du magicien Rotbart devient Odile, la créature diabolique créée par ce même magicien pour abuser le prince.

Ce reportage m’a permis de découvrir des facettes d’Héloïse qui m’avaient vraiment échappé à chaque fois que je l’ai vue en scène. Elle a déjà eu droit à des rôles d’étoile, puisqu’elle a dansé au printemps dernier Nikya, dans la Bayadère. Je l’ai récemment vue dans Don quichotte cette année en Reine des Dryades et au printemps dernier dans la première ombre ; j’ai eu un jugement sévère. J’en ai presque «  honte » en découvrant une danseuse douce, douée, et travailleuse… Ah, public !!! Nous sommes intransigeants !

 

C’est pour cela, comme le disait si bien le jeune reporter du film « Presque célèbre », il ne faut jamais devenir intimes avec les artistes, si l’on veut écrire des comptes rendus impartiaux ! Les connaître peut retirer la précieuse objectivité! 

 

Héloïse  posée, studieuse et réservée a des lignes de bras et de jambes, longues et belles. Souvent, d’ailleurs, certains rôles curieusement, rendent mieux en répétition qu’en    costume :   comme si ce travail brut avait une force, une puissance qui s’atténue ensuite en scène,  une fois  intégré au ballet. Je me suis souvent fait cette remarque en assistant à des « passeports » : m’émerveiller sur un danseur et sur une variation qui «  retombe » transposé à la scène.

 

Ni Léonore, ni Héloïse, ni P.A. ne seront promus cette année. L’émission tient le suspens jusqu’au bout et montre la réaction de ces trois danseurs ; habitués qu’ils sont à ce type de concours depuis l’école de danse – on y a d’ailleurs fait un petit tour grâce à Héloïse où l’on découvre l’exigüité des chambres de trois, que trois petits boxes cloisonnent («  on a intérêt à bien s’entendre »  commentait laconiquement Héloïse) – ils ne montrent pas leur immense déception à la caméra. P. A Raveau  se dit  plutôt content de sa seconde place; L. Baulac continuera son travail acharné puisqu’elle veut atteindre le sommet, et H. Bourdon  s'incline avec élégance "devant  la meilleure danseuse qui a obtenu le poste".

 

Si, comme l’expliquait Bourdon, «  on a intérêt à bien s’entendre   quand on partage les petites chambres de l’école de Nanterre »,  j’ajouterais, comme l’expliquait si bien Tavernier dans son film «  Tout près des étoiles » qu’il est impératif de bien s’entendre «  tout le temps » car au moment des concours, ce sont vos collègues qui peuvent être amenés à vous noter. Et danser ensemble, travailler ensemble demande cette entente permanente, au moins sur le plan de la forme.

 

Je n’ai pas parlé encore François Alu ? Mais oui, bien sûr ! Ce jeune danseur de 19 ans a gravi pour l’instant tous les échelons sans problème. Et il sera le seul des quatre à être promu et à devenir  "sujet ».  Sa mère, professeur de danse,  lui   montre un jour une vidéo de P. Dupond pour lui faire comprendre ce qu’est la danse classique masculine – il a des préjugés -   c'est le coup de foudre. Il essaye d’apprendre les variations….  tout jeune, il se lance, fait les mouvements, puis peu à peu, avec le temps, il  les décortique, à cherche  à les comprendre, à les analyser : bigre, il a déjà une sacré maturité pour son âge !  Ce jeune passionné aime tout autant le hip hop que danse professionnellement l’un de ses cousins.

Au cours du reportage, F. Alu se blesse au pied et doit s’arrêter de danser. Quinze jours avant, il reprend le chemin de l’opéra sans savoir   s’il pourra passer le concours. Lorsqu’il revient travailler, c’est une période à la fois de remise en route du corps, mais aussi de préparation au concours ; il a toujours un ligament qui lui fait mal. Il ne peut même plus trouver de studio de répétition libre, ce qui fait qu’il travaille sa variation libre - Le Solor de la Bayadère - pendant les cours collectifs… où on le voit briller. Il a les pires conditions de préparation qu’on puisse imaginer : le corps n’est pas prêt, il n’a pas d’endroit où répéter seul, ni se faire conseiller.

 

Vu cet hiver dans Don Quichotte, c’est surtout l’intelligence de sa danse qui m’a stupéfaite. Il comprend réellement les pas qu’il danse et du coup, leur donne une nuance personnelle sans trahir le texte ; il a de grandes qualités dans la propreté des pas, dans l’exécution des pirouettes, dans le moelleux de ses sauts. Son élasticité naturelle, un peu comme Leriche, lui permet de varier la vitesse d’exécution, ralentissant un saut, accélérant une pirouette, le tout donnant un naturel à sa danse étonnant !

 

 

Alors oui, l’émission avait un ton irritant, a toujours revenir sur «  qui, des 4, réussira le concours ? »….

Mais malgré tout, j’ai aimé le côté moderne de ces jeunes gens, et c’est ce genre d’émission qui peut   amener tout un public à s’intéresser au ballet de l’opéra. Juste dommage pour l’heure tardive ! J’ai bien sûr enregistré ce reportage qui va rejoindre mes nombreuses archives !!!!

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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 10:54

Don Quichotte Pagliero/Paquette – 26 décembre 2012   

 

Kitri : Ludmilla Pagliero

Basilio : Karl Paquette

Espada : Alexis Renaud

La danseuse de rue : Sarah Kora Dayanova

Don Quichotte : G Charlot

Pança/ Gamache/ Le père : Vigliotti, Monin, Saramite

Les deux amies : Clément et Westermann

La reine des Dryades : Laura Hecquet

Cupidon : Mélanie Hurel

Le gitan : Allister Madin

 

 

 

 

 

ludmilaenapesanteur.jpgSi mon troisième et dernier Don Quichotte ne m’a pas permis d’admirer Zakharova, il m’a néanmoins donné l’occasion de  découvrir Ludmilla Pagliero sous un jour nouveau ! Et ce fut assurément une bonne surprise. L’entrée de Kitri énergique, vive, conquérante n’est plus gâchée par une certaine brutalité visible sur les vidéos mises en ligne. L’interprétation a été travaillée depuis et met en lumières de façon plus subtile la pétillante  Kitri, son tempérament de feu, mais aussi sa drôlerie, sa chaleur. Elle aime son latin de père (l’excellent Saramite) de tout son cœur sans le craindre le moins du monde, même quand il vocifère et jette son bonnet à terre ; elle retrouve avec bonheur ses deux amies (Clément et Westermann) avec qui elle pique de bons fou-rires.  Elle raille gentiment Gamache (Monin) que son père veut lui imposer. En somme, c’est une bonne fille avec beaucoup de caractère. A ses côtés, Karl Paquette en confiance, campe un Basilio  plus drôle et plus présent que lors de la soirée du 12 aux côtés de Gilbert.

 Si l’on suit avec autant d’intérêt les péripéties de Kitri et de Basilio, malgré les défauts techniques de ce dernier dans certains pas, c'est parce que les deux danseurs s’entendent artistiquement à merveille. Chacun trouvant ses marques dans l’autre, ils dansent ensemble en toute confiance pour notre plus grand bonheur : enfin une soirée où,  grâce à cette complicité artistique, on ne redoute pas le faux pas, le ratage. 

Dommage qu’il n’y ait pas eu à leurs côtés Froustey et Giezendanner en amies espiègles et railleuses,  Hecquet en danseuse des rues que rien n’impressionne, ou  le bouillonnant F Lorrieux en Espada. Car malheureusement, les seconds rôles,  bien dansés, manquent de ce petit plus qui fait toute la différence. Où sont passées la folle gaité, le petit brin de folie latine et cette  insouciance contagieuse propre à la jeunesse ? Seule, Westermann danse avec conviction et brio.  Dayanova compte sur son beau sourire et sa séduction certaine pour donner vie à son rôle et Renaud manque de ce feu intérieur qui consumait Lorrieux. Clément disparait littérallement derrière son rôle.

 

Pour en revenir à Kitri, Pagliero a dominé aisément toutes les difficultés techniques des variations.  Energique et précise, son travail de pieds est toujours très propre :  batterie  incisive, nette,    équilibres sûrs;  les sauts, les pirouettes se referment sur de belles cinquième. Le haut de son corps commence à se libérer de même que son visage qui offre des expressions plus vivantes et naturelles que par le passé.

Kitri se jette en toute confiance dans les bras de son Basilio  qui la rattrape sans le moindre faux pas  et la hisse à une main sans effort apparent. Il y a de très belles choses dans ce que proposent ce soir là les deux danseurs.

 

Dans le second acte, le pas de deux au châle est particulièrement réussi, lyrique à souhait, et poétique. Dans les mains de Ludmilla, le châle devient émouvant  tout comme le pas de deux au pied des moulins. C’est l’un des plus jolis moments de ce Don Quichotte, empli d’une certaine émotion.

La belle scène des gitans avec un Madin très en forme ne prend pas l’ampleur qu’elle devrait à cause des éclairages, toujours aussi sombres même vus de l’orchestre, cette fois-ci !

 

La scène des Dryades manque toujours autant de poésie, malgré une Laura Hecquet très bien techniquement, - des sauts secondes légers à souhait avec un atterissage coupé -  et une Pagliero-Dulcinée moins crispée que ne l’ont été avant elle Renavand ou Gilbert. Ludmilla arrête comme elle le souhaite les mouvements, les équilibres ; la variation a été bien comprise (travail du rond de jambe, du bassin décalé et  du fouetté, les attitudes arrière ne sont pas trop cassées, le pied est sûr, et les ballonnés sont légers.) il ne manque que cette respiration du haut du buste qui fait toute la poésie de la scène.  

Les Dryades, elles, sont toujours un peu lourdes et un peu raides  et si scolaires dans l’exécution des pas ! Hurel ne me convainc toujours pas en Cupidon.

 

Le troisième acte passera aussi vite que les deux précédents : Pagliero ne montre pas le moindreDon_Quichotte.jpg signe de fatigue ni dans les redoutables équilibres à l’issu du pas de deux, ni dans sa dernière variation où elle fouette tant et plus sans faux pas ! Elle s’amuse à rajouter tout un tas de petits effets avec son éventail ! A noter que dans les retirés, elle est la seule des trois, lorsqu’elle repose les deux pieds, à ne pas refermer ses cinquièmes ou arranger un peu le pied avant de poser le talon. C’est net.  Paquette est lui en prise avec les pas de Noureev mais malgré cela il restera Basilio jusqu’à la fin du ballet.

 

Giezendanner passe comme une libellule en demoiselle d’honneur : un moment de grâce qui suspend le temps !

 

Pagliero a su camper aux côtés de Karl Paquette une Kitri vivante, chaleureuse et sympathique ! Les voir tous les deux en une si belle harmonie a vraiment été le plus de cette soirée.

Pas au point d’effacer de nos mémoires Motte,  Pontois, Loudière ou Letestu dans le rôle… mais quand même !

C’est drôlement bien !

 

Petite synthèse sur ces trois soirées bientôt !

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