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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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1 novembre 2013 5 01 /11 /novembre /2013 15:46

 

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           Noureev et Tennant - Ballet du Canada - 1972

 

Un bref historique…

 

Ce ballet composé en  1890 par Tchaïkovski, est une commande des Théâtres Impériaux et de son directeur, Ivan Vsevolojski. C'est le second ballet du compositeur qui a déjà écrit le Lac des Cygnes en 1876. Ce ballet,   chorégraphié en premier non par Petipa mais par Julius Reisinger,  fut un terrible échec.  Le pauvre Tchaikowksy  dut assister impuissant non seulement à une chorégraphie calamiteuse mais à la mise à sac de sa partition car la prima ballerina a jugé bon de remplacer des dizaines de pages de sa partition par du Minkus qu’elle trouve bien plus dansant… 

 Heureusement : justice sera  rendue à cette poétique et poignante partition vingt ans plus tard, grâce au génie de Petipa qui la  magnifiera. Les actes blancs et leurs trentes cygnes aux arabesques inoubliables sont un chef d’œuvre de construction, d’équilibre, de beauté et de perfection classique. Tchaikovksy, décédé trois ans plus tôt, n’en saura rien. L'oeuvre, plus d'un siècle plus tard, n'a rien perdu de sa force et de sa poésie et figure au répertoire de toutes les compagnies classiques

 

 

Si le compositeur accepte la proposition de Vsevolojski malgré cette première expérience désastreuse, c’est au moins pour deux raisons : le livret s’inspire d’un conte de Perrault  que sa mère, d’origine française, lui lisait quand il était enfant. Cette possibilité de se plonger dans son enfance et ses souvenirs le ravit, lui qui a traversé des heures bien  sombres quelques années plus tôt, ne parvenant plus à écrire une seule note de musique.  La seconde est qu’il peut travailler directement avec le chorégraphe, créant ainsi une œuvre à deux voix. Petipa qui sait à quel point les compositeurs n’aiment pas être dirigés, a tout prévu dans les détails afin de rendre la collaboration agréable. Leur vision commune du conte, de sa scénographie permettra une vraie entente entre les deux artistes et également la naissance de  Casse Noisette, deux ans plus tard.

Le Lac posthume complète cette trilogie dansée aujourd’hui encore sur les scènes du monde entier. Marius et Piotr auront donné en seulement six années au ballet classique ses plus beaux joyaux. Cette riche collaboration permettra ensuite à d’autres compositeurs d’accepter de se frotter au monde  du ballet, ce qui était impensable auparavant. Pour Petipa aussi, c’est une rencontre heureuse ; il a enfin trouvé un compositeur à la hauteur de son talent. Ses chorégraphies pourront devenir symphoniques et être totalement portées par la musique. Petipa crééra des ensembles, des duos, des variations où la pureté du style classique s’entremêlera à sa poésie naturelle et expressive.

 

A la création, Aurore était dansée par l’Italienne Carlotta Brianza âge de 23 ans ; Pavel Gerdt, son Désiré avait exactement le double de son âge. Petipa avait confié à sa fille Marie le personnage de la Fée Lilas. Cecchetti incarnait Carabosse ET l’Oiseau Bleu.

 

Pour Rudolf Noureev qui découvre l’œuvre au Kirov, après en avoir entendu longtemps parlé à Oufa par son maître de danse, c’est le coup de foudre absolu. C’est précisément avec ce ballet que Noureev triomphera dans les ballets du marquis de Cuevas – dont il critiquera largement les costumes pesants qui contraignent les mouvements – dans les doubles rôles du Prince et de l’Oiseau Bleu.

 

 

L’opéra de Paris et la Belle

 

L’opéra de Paris découvre en 1922  lors de la période des Ballets Russes le troisième acte de la Belle qui est une espèce de «  compilation-divertissement » appelée le Mariage d’Aurore. Il est  présenté le 31 mai en même temps que l’Après midi d’un faune, le Spectre de la Rose et Shéhérazade. On peut lire sur le programme «  la variation des Comtesses, Marquises, Duchesses, de Barbe Bleue, du Papillon siamois, Shéhérazade, des trois Ivan et la variation du Prince sont de la Nijinska ». La première production intégrale de l’ouvrage à l’opéra voit le jour en 1974.  La chorégraphe est Alicia Alonso. En 1982,  Rosella Hightower, alors directrice de la danse a Paris, fait donner 45 représentations successives de la Belle au bois Dormant dans l’immense salle du Palais des congrès. C’est un triomphe. C’est seulement en 1989 que Noureev donnera sa version à la troupe.

 

 

Aurore au premier acte : Princesse mais femme de tête !

 

Dès son entrée, Aurore, 16ans,  montre toute sa fraîcheur et sa jeunesse. Les nombreux sauts de chats expriment à eux seuls un enthousiasme et une candeur enfantine. Mais c’est une Princesse.

 

   developpé seconde et équilibre, tempo lent.

developpe-seconde.JPG Et comme telle, elle sait aussi contenir ses émotions : ce que montre le célèbre Adage à la Rose, moment d’équilibre et de concentration redoutables pour la danseuse. Quatre princes sont présentés à Aurore qui  passe de l’un à l’autre (quatre développés seconde). Pendant la longue tenue de l’ attitude arrière, les princes la saluent à tour de rôle. Puis ils lui offrent chacun une rose, mais la princesse ne les garde pas, montrant  par ce geste à la fois sa détermination, sa maturité : elle ne veut pas choisir un époux, malgré la volonté de ses parents : elle donne les quatre roses à sa mère.

A la coda, pendant laquelle l’orchestre monte en puissance,  Aurore retrouve  ses quatre attitude-Aurore.JPGdéveloppés seconde du début, avec double pirouette, attitude quatrième -mais la Princesse a pris de l’assurance ; sa délicatesse et sa courtoisie du début ont fait place à sa détermination. Elle termine sa variation au centre des quatre princes avec ses magnifiques et redoutables pirouettes à la seconde, et les tours attitudes cambrés. Vient la dernière diagonales de développés seconde, très rapides cette fois : les Princes font une dernière tentative en offrant une nouvelle rose – ils sont tenaces !                                                                                                    attitude 4ème et équilibre : mise à distance

 

qu’Aurore saisit avant de les jeter au sol cette fois-ci :   pas la peine d’insister, messieurs les Princes,  j’ai dit non ! Et je vous réserve le même sort qu’à vos fleurs si vous continuez ! semble dire Aurore. Le tour attitude quatrième où chaque prince fait tourner la princesse sur elle-même – autre redoutable moment de concentration ! clôt la varation.

 

Noureev  et la Belle :

 

C’est grâce à la scénographie de Noureev que cette variation prend tout son sens ; Aurore représente la jeunesse, l’avenir ; elle souhaite être maîtresse de son destin, de son cœur. Autour d’elle, une cour empêtrée dans son étiquette et ses traditions cherche à lui imposer son destin.

 

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Carabosse devient  avec Noureev  une douairière méchante et frustrée qui entend bien faire entendre raison à cette jeune fille insoumise. Elle refuse les princes qu’on lui propose ? Il faut la punir ! Féru de psychanalyse de conte de fées, Noureev fait de ce personnage un barrage à la féminité et la sexualité d’Aurore. C’est l’épingle de son chignon et non sa quenouille qui blesse Aurore. En face d’elle, Lilas permettra à Aurore d’être elle-même ; elle lève les tabous, les interdits. Elle représente la liberté. Elle permet la rencontre de deux jeunes gens. Elle préside à leur heureuse destinée et à une arrivée d’air frais et pur à la cour.

 

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Noureev met en scène sa première Belle au bois dormant en 1966 pour la Scala de Milan avec Carla Fracci en Aurore. La chorégraphie de Petipa est respectée. Sa mémoire prodigieuse lui a permis de graver de façon certaine la version dansée au Kirov qui a conservé au plus près le ballet d’origine. 

 

Noureev disait «  Quand je faisais mes premiers pas à Ufa, mon maître à danser qui avait appartenu au Kirov, me disait toujours que la Belle au bois dormant était le ballet des ballets ; et j’en étais gourmand à l’avance. Le Kirov, plus tard, m’a fait découvrir la splendeur du festin. Ce ballet représente en effet l’apogée du ballet classique : la danse s’affirme alors comme art majeur. Et cela constitue un événement historique : après la Belle, le ballet a pu attirer  lui les plus grand compositeurs qui ‘n’ont plus hésité à travailler avec les chorégraphes. »

Lorsqu’il remonte le Ballet pour l’opéra de Paris, (1989) c’est d’abord à Georgiadis qu’il confie le soin de réaliser décors et costumes. Mais c’est Ezio  Frigerio et la talentueuse costumière Squarciapino qui les créeront pour la nouvelle production à la Bastille (1997), Georgiadis étant à présent trop âgé pour supporter une telle somme de travail. Les 100 ans sont évoqués par le changement de style : celui de Louis XIV laisse la place à un style plus Louis XV, en tous cas pour le Mariage, car la chasse louche un peu du côté des costumes Louis XVI.

 

  Le rôle de Patricia Ruanne

 

En 1975, Patricia Ruanne fut la princesse Aurore de Noureev au London festival ballet.   Noureev qui avait beaucoup dansé avec elle et créé Juliette littéralement sur elle  en lui faisant innover sur pointes la technique contemporaine acquise auprès de Graham, lui demanda de devenir répétitrice du ballet de l’opéra ; après la mort de Rudolf, elle continua d’assumer cette fonction avec passion, détermination et aussi de grands moments de doute lorsque les productions passèrent de Garnier à Bastille, au plateau démesuré ; elle disait qu’elle se demandait sans cesse si Noureev serait content du résultat. La Belle fut le premier ballet qu’elle remontera sans la présence de Rudolf à ses côtés

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Cette production énorme de 1997 a demandé trois mois de travail à plein temps pour atteindre à cette perfection que Rudolf aimait tant. Le résultat est magistral. C’est Le plus beau décor jamais réalisé pour ce ballet, la châsse parfaite pour l’un des joyaux les plus précieux qu’il soit.  Ezio Frigerio explique à quel point l’univers de Noureev était loin du sien, et l’effort qu’il a fait pour se mettre à sa place afin de réaliser ce qu’il voulait. «  J’ai vraiment été vers lui, vers son monde, explique –t-il, ce n’était pas mon goût mais le sien ; il suffisait d’entrer dans sa maison pour voir son amour oriental du vieil or, des matières et des couleurs. Et j’ai fait tout mon possible pour le comprendre et le servir au mieux, y compris pour son tombeau. »  Travail que Noureev aurait sans doute adoré par sa magnificence et son sens du détail. 

 

Les différences entre les deux productions sont de taille : ainsi, le prologue se déroulait en plein air dans la première production ; il n’y avait pas le grand escalier par lequel arrive Aurore. Frigerio qui doit adapter ses décors aux dimensions du plateau fait du prologue et du premier acte un immense espace théâtral, avec colonne roccoco, dorure, trône,le-temps-a-passe.JPG  et grand escalier.  On ne voyait pas non plus le lien entre le décor du prologue et celui du second acte qui montre bien avec   que le temps  a passé et que la pierre s’est effritée puisque la toile peinte qui représente une rotonde devient une peinture à la Hubert Robert.

C’est cette version qui sera donnée cette année à Bastille.

 

Le Prince et Noureev

 

Dans ce ballet, Noureev a donné toute son importance au prince au deuxième acte qui est le personnage central du second acte.  La variation lente du prince qui dure 7 à 8 minutes sur un  très beau solo d’alto, redoutable pour le souffle, est conçue comme un monologue de théâtre ou un air d’opéra. On sent que Noureev s’est frotté à Shakespeare. Le Prince s’interroge sur sa vie, son destin ; il confie ses doutes, ses peines, son envie d’être aimé, compris ; il étouffe au sein d’une cour où les mêmes gens et les mêmes jeux le lassent ; il veut la solitude afin de réfléchir au sens qu’il veut donner à sa vie.  Manuel Legris dit qu’on avait l’impression que les pas qu’il proposait sortaient de son rêve. « Lorsque l’on arrivait à les danser comme il le souhaitait, il était alors fou de joie et comme transporté  sur une autre planète ». De la sorte, le ballet est parfaitement rééquilibré.  Si le rôle du prince s’accentue dès 1966 à la Scala, c’est en 1972 et au Canada que Noureev ajoute le superbe solo romantique du prince. Il y a d’ailleurs un film de cette version, malheureusement, de mauvaise qualité visuelle. Noureev donnera ensuite son ballet à l’opéra de Vienne en 1980 puis enfin à Paris en 1989.

 

Autres changements de Noureev :

 

Les autres modifications par rapport au ballet d’origine sont pour les fées : la seconde variation est dansée par deux fées jumelles, et la Fée Lilas ne danse plus la 6ème variation. Elle intervient plus tard dans le prologue, et le rôle utilise la pantomime avec ses codes si particuliers. Cette fée Lilas lumière s’oppose à la fée Carabosse douairière : l’une se tourne vers le progrès, les Lumières littéralement, l’autre vers le passé, la tradition.

Au troisième acte, le Petit chaperon rouge et le Loup disparaissent ainsi que Cendrillon. Le pas de quatre des pierres précieuses devient un pas de cinq.

 

 

 

Cette Belle au bois dormant, vue et revue, délivre à chaque fois de nouvelles perspectives, de nouvelles surprises, de nouveaux enchantements, pour peu que la distribution soit à la hauteur. Ainsi sont les chefs d’œuvres : ils nous accompagnent toute notre vie et grandissent en même temps que nous dans notre cœur et notre esprit.

 

Il existe une captation avec Noureev et Tennant ( Aurore) et le ballet national du Canada qui date de 1972 à l'image malheureusement médiocre... comme tous les documents qui concernent Noureev, je la possède bien évidemment...

 

 


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26 octobre 2013 6 26 /10 /octobre /2013 09:13
Le lieu de mémoire consacré à Noureev a ouvert ses portes au Centre National du Costume de Moulins il y a quelques jours. Cela apparemment n’a pas été une mince affaire, et je suppose que ce lieu doit beaucoup à l’obstination et à la persévérance de ceux et celles qui souhaitent vraiment conserver la mémoire de cet être qui a filé comme une étoile, illuminant pendant vingt cinq ans environ le monde de la danse de sa créativité, de sa passion, et de sa volonté à rendre le ballet classique «  moderne » tout en étant ouvert à toute la création de sa génération.
A une époque où la mémoire des gens s’étiole  et où l’on considère que au final  Noureev n’a pas fait grand-chose puisque les ballets sont de Petipa et que sa technique, superbe jusqu’à la fin des années 70, a ensuite décliné rapidement à cause de sa maladie longtemps cachée, il est bien qu’un lieu comme celui-ci rende hommage à cet exilé qui a tout sacrifié pour la danse.

                                                                        Salon de Noureev quai Voltaire
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Excessif, passionnée, démesuré, Noureev l’était, comme le sont toujours  ceux  qui   apportent de l’air frais sur un art en passe de se momifier, ce qu’était devenu en Occident le ballet classique dans les années 60. Qu’un transfuge de l’Est  apporte  dans leur intégralité des ballets inconnus ou perdus pour «  l’Ouest »  dans les années 1960 était un vrai miracle pour bons nombres de compagnies de  danse, qui savaient que seul l’Est détenait ces ballets.
Car on l’oublie trop souvent : Noureev n’était pas qu’un danseur. Il remontera avec passion, ardeur et intelligence aussi, tous les grands ballets que sa mémoire phénoménale a conservé précieusement, étant capable non seulement de danser les rôles masculins mais aussi les rôles féminins, réglant les ensemble parfaitement, lui qui arrive à l’école Vaganova en 1955  âgé déjà de 17 ans,  devient soliste deux ans plus tard, et quitte définitivement la Russie six ans après, en ayant déjà énormément dansé, assisté et mémorisé nombres de  ballets et commencé  une petite révolution dans son propre  pays en bousculant la tradition.
 
Destin unique et fascinant que celui de cet enfant d’origine musulmane et très pauvre, qui va10454968954_ba300607cd_o-copie.PNG accéder en quelques années à un statut de star – il l’était déjà dans son pays, mais la Russie a soigneusement gommé toute trace de son souvenir après son passage à l’ouest -  et bouleverser le métier de danseur, le faisant financièrement véritablement «  décoller ».
Noureev s’achète maisons, appartements et objets d’art partout où il danse ou presque. Beaucoup ont encore en mémoire les images de cet homme seul et fatigué sur son île au large de l’Italie, voyageant d’un bout à l’autre du monde presque jusqu’à la fin de sa vie, et remontant, malade, pour l’Opéra de Paris, la Bayadère à la toute fin de sa vie.
 
Le Centre du costume de Moulin a pu acquérir des objets, du mobilier, des costumes qui ont traversé la vie de Noureev et les  présente dans une scénographie due à l’un des plus fidèles et plus talentueux collaborateur de Noureev : Ezio Frigerio.
Il a  réalisé un superbe tombeau de mosaïque comme vous pouvez le voir dans cette vidéo : j'ai moi même déposé la rose sur ce tombeau.       Tutu d'Odette de N Pontois




 
 
Il reste à espérer que peu à peu le musée fera d’autres acquisitions et saura toujours rendre vivant cet héritage culturel exceptionnel, car Noureev n’aimerait sans doute pas voir sa mémoire se momifier puis tomber en poussière...
 
Martine Kahane et Delphine  Pinasa ont déjà publié un catalogue de cette collection
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30 avril 2013 2 30 /04 /avril /2013 09:50

Je réédite cet article car l'oeuvre sera redonnée la saison prochaine et d'autres articles vont venir s'ajouter!

Inoubliables Sylvie Guillem et Laurent Hilaire vus en décembre 1991

Inoubliables Sylvie Guillem et Laurent Hilaire vus en décembre 1991

 

Ezio Frigerio et Rudolf Noureev – Autour de Roméo et Juliette.  Volet 1

 

 

 

 

ezio-frigerio.jpgNoureev a principalement travaillé avec deux décorateurs et costumiers : Ezio Frigerio et Nicholas Georgiadhis.

Il connaissait bien le dernier qui oeuvrait pour le Royal Opera Ballet, troupe à laquelle il était rattaché au début de son arrivée à « l'Ouest ».

 

En 1981, pour sa première collaboration à l’opéra, Noureev est appelé par la directrice Rosella Hightower à remonter Don Quichotte, comme il l’a déjà fait pour d’autres compagnies. Il demande à Georgiadhis de faire décor et costumes. Ceux-ci seront conservés jusqu’en 2001, date à laquelle une nouvelle production est commandée… qui est d’ailleurs loin d’être une réussite. Nous sommes nombreux à regretter les magnifiques tutus vert d’eau des Dryades et leur écrin…

 

Ezio Frigerio travaillera une première fois avec Noureev sur Roméo et Juliette. Il raconte : «  Noureev m’a un jour appelé,j'étais à Rome,  et il semblait que ce soit une question de vie ou de mort, il fallait que je vienne immédiatement ! »  Il ajoute : «  Noureev avait une vraie passion pour la Renaissance italienne, mais cette culture s’était faite avec des images d’Epinal qui avaient peu à voir avec la véritable Renaissance. »

Noureev avait dansé son premier Roméo dans la chorégraphie de McMillan avec Margot Fonteyn  (Juliette) et cela avait été pour lui une révélation. Lorsqu’on lui passe une dizaine d’années plus tard la commande d’une chorégraphie nouvelle pour le London festival ballet, il est déjà engagé sur un autre projet, cinématographique celui-là : Valentino. Il créera le rôle de Juliette sur Patricia Ruanne. Je reviendrai sur les conditions  si particulière de cette création dans un autre article.

L’opéra de Paris a gardé quelques maquettes de la chambre de Juliette qui baignait dans un clair de lune romantique.  

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chambre London Festival

 

Frigerio en voyant celles-ci comprend l’ampleur de sa tâche. «  Je l’ai donc emmené se promener au milieu de cette culture si bizarre de la Renaissance Italienne" dit Ezio qui se rend compte que Noureev ne rentre pas dans certaines peintures ou décorations. "Il avait des goûts très arrêtés avec lesquels je  n’étais pas d’accord.   Il voulait que la chambre s’ouvre sur un décor romantique, très 19ème siècle, comme c’était le cas pour la production de Londres.  Il avait une vision de l’art baroque toute personnelle », ajoute-t-il encore. Et il conclut «  J’ai fait au mieux pour à la fois satisfaire son goût oriental de la surcharge, et en même temps pour rester fidèle à mon propre style. Cela a été loin d’être facile, et de tout repos. Mais je crois qu’au final, il était vraiment content »

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Chambre Paris 1984

 

C’est la raison pour laquelle, le tout premier décor prévu pour Garnier, présentait la chambre de Juliette s’ouvrant sur la place de Vérone qu’on devine au loin.  Frigério s’est inspiré de peinture, «  la città ideale » afin d’évoquer Vérone.  Il sait qu’au fond la ville de Vérone est secondaire, car Shakespeare lui-même n’en a qu’une vague idée.   Lorsque le ballet est repris en 1995 pour Bastille, Frigerio revoit ses maquettes avec en tête les derniers souhaits de Noureev qui au fil du temps, a modifié sa conception de Roméo, abandonnant un certain réalisme pour une vision plus allégorique.

 

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Chambre Paris 1995

 

 

 

 

 

 

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Il pense que rendre la  mort  partout présente est la clé de l’œuvre et décide donc que la chambre n’aura plus cette grande baie ouverte sur une ville lumineuse, écrasée de chaleur et de poussière, mais sera cloisonnée par des lambris. Pour Frigerio, cela permettait de donner plus de profondeur, de poids, au drame, et  au spectateur un sentiment d’oppression, de fatalité. Dès le début, le spectateur pressent ce qui attend les héros qui vont mourir les uns après les autres : Mercutio, Tybalt, Pâris, Roméo, Juliette; toute une jeunesse qui disparaît.

J’avoue que la toute première fois, en voyant ce décor, j’ai amèrement regretté la chambre romantique et son ouverture. Mais Frigerio a mille fois raison : le drame shakespearien prend plus de densité de cette façon.

 

Noureev a toujours su d’instinct s’en remettre à des artistes de grands talents ; d’ailleurs, disent ses proches, il avait toujours un goût très sûr lorsqu’il chinait des antiquités. C’est ce qui manque aujourd'hui à l’opéra de Paris et les restrictions budgétaires n’en sont pas les seules raisons.  Il n’y a plus son œil pour tout superviser, un peu comme un Louis XIV  qui, parmi les maquettes du Louvre, a choisi  la plus sobre et la plus puissante, ou encore qui a donné à  Versailles sa grandeur.

 

( à suivre)

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14 janvier 2013 1 14 /01 /janvier /2013 07:00

Marco Spada – Pierre Lacotte

 

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Dans les années 1970, Pierre Lacotte remonte la Sylphide, ballet mythique  imaginé d’après le Trilby de Nodier avec  dans les rôles-titres Mickaël  Denard et Ghislaine Thesmard. Le ballet  diffusé à la télévision connaît un tel succès qu’il est ensuite  remonté à l’opéra de Paris. Thesmard, qui n’avait jamais intégré le corps de ballet, y gagne ses galons d’étoile. Quelques temps plus tard, Lacotte confie le rôle de James à Noureev qui  adore le rôle. S’en suit de nombreuses tournées avec  Ghislaine Thesmard qui danse la Sylphide. Un jour qu’ils étaient tous à New York, attablés joyeusement après une représentation, Noureev demande à Lacotte : « Qu’avez-vous en projet actuellement ? » et le chorégraphe lui répond «  Justement, l’Opéra de Rome m’a commandé un Marco Spada sur une musique d’Auber ».

-          Ah, s’exclame Noureev qui occupait une grande partie de ses nuits à lire et à découvrir toute la culture artistique occidentale,  j’aime beaucoup cette musique, parlez moi un peu du ballet. »

Et Lacotte lui raconte les aventures du dénommé Marco Spada, bandit sympathique qui dépouille les gens. Sa fille n’en sait rien : ce bandit est noble et cache son identité soigneusement, afin qu’Angela n’ait pas à en souffrir.  Il se déploie sur scène  toute une série de bals, d’enlèvement, de fêtes,  de soupirants qui finissent dans des malles, de trappes secrètes,  d’amoureux qui entrent et sortent pas des fenêtres. A la fin du ballet, tout le monde se retrouve dans les montagnes, à danser joyeusement. Lacotte ajoute qu’il y aura beaucoup de scènes de pantomime, comme dans les ballets de l’époque. Aussitôt, Noureev prend ce bandit en affection et dit «  Mais c’est un rôle pour moi ! »

-          Bien sûr, répond Lacotte, c’est un rôle pour vous, mais voyez-vous, comment monter un ballet avec vous qui dansez aux quatre coins du monde ? J’y avais bien pensé, mais cela me semble impossible car il me faudra du temps pour remonter le ballet »

-          Et si je m’engage à vous donner tout un mois de mon temps ? demande Noureev.

-          Vous le pourriez, vraiment, vous toujours tellement occupé ? questionne l’autre.

 

Noureev griffonne aussitôt sur  un bout de nappe en papier : «  Moi, Noureev, je m’engage à me rendre disponible  tout un mois pour être à la disposition de Pierre Lacotte » Il arrache le bout de papier qu’il tend à Pierre. Celui-ci éclate de rire et Noureev se met à rire aussi.  Il sait très bien qu’il a la réputation, justifiée d’ailleurs, d’être fort peu disponible – il n’avait donné que trois jours à Petit pour filmer son jeune Homme et la mort – Il s’est souvent brouillé avec des chorégraphes – dont Petit- car il danse parfois «  à sa sauce » les chorégraphies apprises en quelques jours et réinterprétées plus ou moins sur scène. Il sait qu’il n’est pas très populaire à cause de la vitesse de travail qu’il impose à tous ceux qui collaborent avec lui.  Ce soir-là, il n’est pas dupe ; il devine ce que pense Pierre à part lui ; mais celui-ci décide de tenter l’aventure et  téléphone le lendemain au directeur de l’opéra de Rome pour lui dire : «  Finalement je vais confier le rôle de Spada à Noureev » L’autre au bout du fil s’étrangle : «  Etes vous sûr ? Pourrons-nous  vraiment compter sur lui ? »

Le ballet sera bien donné à Rome en 1981 puis remonté à l’ONP  en 1985. Il  a fait l’objet d’une captation, rééditée en DVD en 2009.  

ll se déroule en trois actes et est léger comme la musique d’Esprit Auber.  La chorégraphie d’origine – 1857 – faite à partir de  l’opéra du même nom, est bien sûr perdue, comme nombre de ballets de cette époque. Mais Lacotte, en grand habitué des reconstructions de ballet, connaît parfaitement  le vocabulaire et le style chorégraphiques du 19ème siècle :  le bas du corps travaille énormément et demande beaucoup d’agilité, d’aisance et de précision. Paquita - " avec ses   pas qui tuent", comme le disent les danseurs  - en est un excellent exemple.

 Lacotte excelle à inclure  de très nombreux    petits pas  virtuoses, précis, avec une petite   batterie incisive, et des sauts nombreux «  Noureev, dit-il, adorait tous les pas compliqués que je créais pour lui, et il en redemandait davantage. Il a travaillé avec moi pendant un mois, se rendant disponible, heureux d’apprendre, s’amusant comme un fou avec les scènes de mime. Il adorait notamment la  pantomime avec le moine et il aimait particulièrement  mourir sur scène à la fin du ballet »

 

 

Dans Marco Spada, G. Thesmard vive, enjouée, gaie, donne à  Angela sa brillante, sa majesté, sa force de caractère aussi, avec des pointes d’acier et des pieds d’une précision hallucinante. M Denard alias le prince Frederi amoureux d’Angela, campe un jeune premier élégant et racé, et surtout fort sympathique !  Quand à Noureev, si sa danse a perdu en précision et en propreté, c’est un vrai bonheur de le voir se donner ainsi corps et âme à un rôle drôle, qui lui sied à ravir. Il s'amuse dans les scènes de pantomime et nous avec lui, et son énergie, sa flamboyance, son panache, tout est intact.

J'aime particulièrement le troisième acte, brillant, enlevé, où les variations se succédent dans une effervescence et une joie générale : car ce ballet déborde de bonne humeur!

 Il met le cœur en joie. Ce n’est  peut être pas un chef d’œuvre,  il n'a pas la somptuosité des costumes ou des décors de la Fille du Pharaon – remonté par ce même Lacotte pour le ballet du Bolchoi -  mais il fait partie de ces œuvres légères, insouciantes,  qui donnent une idée claire de ce qu’était le ballet au 19ème   où la précision et la beauté des pas montrent  tout le travail de l’école française  sur laquelle se construit toujours à l’ONP la technique d’aujourd’hui.

Rien que pour le plaisir de voir Noureev dans ce rôle de bandit au grand coeur – il a 43 ans – c’est un bonheur d’avoir ce Marco Spada.

 

 

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13 janvier 2013 7 13 /01 /janvier /2013 08:53

 

 

 

 

images-copie-1.jpgA partir de la semaine prochaine, je vais commencer une série d’articles pour faire un peu le point sur toutes les vidéos, biographies, films qui sont en lien avec Noureev. J’ai récemment fait l’acquisition des «  Dancer’s dream » que je n’avais pas encore ; ce sont des documentaires qui plongent au cœur même des ballets que Noureev a remonté ; certains sont fantastiques – Raymonda, Roméo- d’autres moins intéressant parce que l’on ne voit qu’une seule distribution au lieu des 2  de Roméo ou 5 de Raymonda.

Côté livre en français, pas mal de choses aussi : des albums de photos, ou des biographies. J’ai récemment fait l’acquisition de  Noureev l’insoumis d’Ariane Dollfus, emprunté à la bibliothèque et qui m’avait «  à l’époque »  mise de mauvaise humeur à cause d’un  « déballage » un peu    presse à scandale   de la vie de Noureev. Avec le temps, la mauvaise humeur est passée, et comme ce livre est l’une des biographies en français las plus complète, je l’ai acheté d’occasion.

J’ai aussi fait le point sur les documentaires qui sont parus ces   dernières années ; avant ceux-là, il y a l’extraordinaire Noureev, de P Foy (qu’on trouve en DVD à présent), qui a été tourné de son vivant et où Noureev revient sur sa vie, sur son enfance. Puis dans le désordre, sont parus  L’Attraction céleste, Sur les pas de Noureev, From Russia with Love. Plus   ancien  et seulement en anglais, on trouve I am a dancer, filmé de son vivant dans les années 70 avec Margot Fonteyn.  Plus récemment est paru «  Un jour, un destin » qui malheureusement comportait beaucoup trop de petites interwiews découpées en morceau et trop peu d’extraits de danse.  De la sorte, le documentaire, pas inintéressant, était trop morcelé pour être agréable à suivre.

Quand aux captations de ballets avec Noureev, j’ai acquis récemment son Marco Spada ; on trouve toujours à l’achat ses Belle au bois dormant, Don Quichotte ( australian ballet), Casse Noisette, Giselle ( avec Fonteyn ou Fracci), Roméo et Juliette,  tournés aux quatre coins du monde avec différentes partenaires,  et surtout son merveileux Lac des cygnes avec Fonteyn  (malgré des costumes et des décors pas du meilleur goût).

 

A très bientôt !

 

 

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17 décembre 2012 1 17 /12 /décembre /2012 06:47

noureev.jpgCher Noureev!

 

 

Nous allons  fêter les 20ans de ta mort… hypocritement, l’opéra de Paris va faire un « gala » alors que tout prouve que l’ONP ne remonte tes œuvres qu’à la va-vite et parce que ça remplit les caisses !

Ce gala est réservé aux membres Arop ou autre, autre hypocrisie  : aucune vente des catégories accessibles à tous n'a été mise en place....

Bien évidemment, aucun de ceux qui ont dansé avec Noureev par le passé ne seront présents : Ni Jude, ni Legris, ni Guillem, ni personne....


Je n’irai pas….

Je serai chez moi : je mettrai ta photo, une bougie, et je te remercierai du fond du cœur pour les émotions uniques de spectatrice  que j’aurai eu entre 1982 et 1993…

Comme je l’avais déjà écrit ici, j’ai été longtemps avant de retourner voir tes ballets à l’opéra.

Il y a eu ces déceptions immenses, indescriptibles entre 1998 et 2003…date à partir de laquelle j’ai commencé à accepter que plus jamais je ne verrai tes ballets tels que tu les avais conçus.

Quand  tes ballets ont été «  réadaptés » à la salle de Bastille et à ses grandes dimensions, j’ai senti déjà une première trahison ; mais il y avait encore sur scène des danseurs qui avaient travaillé avec toi ; au gré des représentations, une certaine magie subsistait…. Une fois Legris parti, c’en fut réellement fini…

Dans un documentaire, on voit P. Ruanne faire répéter ton Roméo et Juliette à Bastille;  Frigerio a d’ailleurs revu les décors pour les adapter à l'immense plateau du théâtre. Patricia Ruanne, elle, se sent perdue ; elle doit prendre seule des décisions, sans toi à ses côtés pour lui indiquer la «  voie ». Elle fait de son mieux… cette ancienne partenaire, c'est toi même qui l'avait appelée à l'ONP  pour qu'elle t'aide  à faire répéter les ballets dès 1987. Elle a donné ses derniers conseils avisés en  2007,  sur Cendrillon. Depuis elle  n’est plus présente pour remonter ou coacher les danseurs.  Elle s’était déjà éloignée de l’ONP vers 1996, mais elle avait conservé un lien avec l’ONP ; c’est à présent fini.

 

 

En regardant des vidéos des mêmes ballets à quinze ans d’intervalles, on voit très bien toute l’évolution et comment ton style part en lambeaux.

 

Alors d’aucun dise : tous ces pas tarabiscotés, il faut cesser !

Ce que ceux là ne comprennent pas, c’est que expliqués, montrés par toi-même, ces pas  « compliqués » avaient un sens, une raison d’être ! Ils étaient toujours au service de tes personnages, que tu rendais vivants, crédibles, avec un cœur, de la chair, des émotions. Les pas n’arrivaient pas comme cela pour faire joli ou difficile, mais parce que  tu matérialisais à travers eux, des éléments psychologiques qui donnaient au personnage une épaisseur, tout de suite perçue, sentie par le spectateur.

 

Quand je revois certaines variations aujourd’hui, oui, les pas sont là, mais les chemins pour les faire ne sont plus les mêmes : il manque un certain  moelleux dans tel plié, ou bien un certain arrondi pour le bras, ou encore un  léger petit décalé du bassin pour le rond de jambe, etc…

Ce serait comme de dessiner une figure géométrique très raffinée en supprimant certains traits, et en ne gardant que la structure la plus grossière.

 

Les  deux videos des dryades ( pour la seconde, prenez à partir de la minute  2'08 environ) qui suivent montrent mieux que mes mots l'évolution du style.

Regardez la première video : ça vit

La seconde ; il n’y a plus de vie !

Vous remarquerez aussi que les tutus ne sont plus les mêmes ; ils retombent en corolle sur les genoux des danseuses à l’époque Noureev, aujourd’hui, ils sont en plateau, raides, comme le mouvement de buste et de bras des danseuses.   D’un côté la danse semble plus « parfaite » mais elle est aussi aseptisée : où sont l’émotion, le cœur, les tripes, l’humain en un mot ?

 

 

http://www.youtube.com/watch?v=Yo2dzoQwK20

 

http://www.youtube.com/watch?v=HUGXNcJ6SlQ

 

 

Aujourd’hui, après avoir vraiment été malheureuse de voir ton héritage être dilapidé par une direction incapable, je me dis qu’hélas, c’est normal, ou en tous cas inévitable ; peu à peu, les choses changent, se déforment, perdent leur authenticité…

Il faudrait peut être qu’un nouveau chorégraphe  de génie s’empare à nouveau de ces grands classiques pour leur insuffler un peu d’air frais, sans quoi, tes ballets  vont perdre encore plus leur vie : ils vont finir comme ces pièces de musée :  figés, sans vie, artificiels.

Les gens continueront à dire «  A quoi bon? » et, hélas,  ils auront raison

Quand on ne peut plus transmettre, il faut dans ce cas là renoncer, et repartir à zéro

 

Si, vue  de loin, la Martha Graham compagny semble bien vivante, - encore qu'elle a failli péricliter à une époque où il y a eu contestation sur les locaux loués par la compagnie, après la mort de Graham,  la Alvin Ailey compagny elle, vit sur son nom….  Et depuis longtemps.... Pauvre Alvin, s'il voyait ce qu'on a fait de son âme; on a gardé le " cirque" mais l'âme d'Alvin est partie.... surtout depuis que Judith Jamison ne dirige plus la compagnie.

Grâce à Gil Roman, le Béjart Ballet de Lausanne semble trouver son second souffle, mais pour combien de temps?

 

Mais l’ère Noureev et ses fidèles compagnons sont loin à présent. Est-ce que Manuel Legris peut ressuciter un peu de cette magie passée ?

C’est ce que j’irai découvrir aux étés de la danse cet été !

 

Tiens,  justement mon article suivant consacré à Arushi Mudgal va laisser percer une lueur d’espoir !!!

Ah Noureev, tu es peut être désormais loin de tout cela; tu vogues peut être dans des mondes où ça n'a plus d'importance  Vingt ans ont passé, et vois tu, je suis encore capable de m'arracher à ma maison, prendre l'A4, dans la nuit et le froid, pour voir tes ballets avec l'espoir d'un miracle.

  Il y en a de temps en temps : la Bayadère de ce printemps; Zakharova avait déposé un peu de son âme slave sur la troupe; ou encore le Casse-Noisette d'il y a trois Noëls... C'est maigre; mais que ne ferais-je pas pour retrouver une fois encore l'émerveillement qui fut le mien lorsque je découvrais, dès 1981, ton travail de chorégraphe inspiré  à l'ONP?

 

 

 

 

 

 

 

 

  

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26 août 2011 5 26 /08 /août /2011 08:07

Comme je suis amenée de temps en temps à aller à Sainte Geneviève des bois, je ne manque jamais l'occasion d'aller me recueillir sur la tombe de Noureev; souvent, je dépose un lys blanc sur sa tombe

Mais la dernière fois, j'y suis allée les mains vides... un peu ennuyée quand même...

C'est toujours magique de voir sa magnifique sépulture, ce lourd kilim en mosaïques réalisé par son ami E Frigerio

A chaque fois que je vais me recueillir, je lui redis tout l'amour que j'ai pour lui... c'est émouvant de voir sa tombe dans ce magnifique cimetière russe, plein  de bouleaux, de sapins et   de chants d'oiseaux

 

A mon retour, une surprise m'attendait : des lys blancs sur ma boîte aux lettres...

Hasard?

Je ne crois pas au hasard!

 

L'explication est toute simple, j'avais reçu des fleurs pour mon anniversaire qui auraient dû arriver quinze jours plus tard, mais la boutique de fleurs s'est trompée et les a livrées juste quand je revenais du cimetière; le livreur a téléphoné quelques minutes avant que j'arrive à mon domicile...

 

Cher Noureev, ce petit signe montre à quel point tu habites toujours mon coeur....

Les beaux lys embaument le salon et s'épanouissent pendant que je travaille dur l'odissi, une danse classique  que tu dois aimer car elle est aussi masculine que féminine... je fais fi de la douleur parfois intolérable dans les cuisses et les genoux, je regarde les lys et je pense à toi...

 

Décidément non, je ne t'oublie pas! Ce beau bouquet l'atteste volontiers!

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23 février 2011 3 23 /02 /février /2011 12:50

12771777-copie-1.jpgQu'il est calme, le cimetière orthodoxe où repose la dépouille de Noureev; qu'il est paisible, beau, avec tous les arbres plantés le long des tombes; celle de Noureev est vraiment sublime. J'y vais de temps à autre; je vais lui redire tous bas tout ce que je pense souvent lorsque je  me rappelle  la glorieuse époque de l'opéra de Paris ; je vais me souvenir de lui autrement, émerveillée par ce kilim de son ami Frigerio, façonné de milliers de mosaiques; quand on sait combien est long ce travail! il est sublime, de loin on dirait que le kilim est un vrai... Noureev les collectionnait, il en avait des centaines, certains, même pas dépliés sous son lit; celui là est à la fois très russe et très oriental; il doit adorer!

Des admirateurs américains étaient passés peu de temps avant moi et avaient laissé un petit mot (  sur de papier sec et lisible, d'où ma déduction, élémentaire mon cher Watson!)

Il est touchant qu'un homme qui a tellement tourbillonné dans le monde ait choisi cet endroit solitaire, tranquille...

C'est toujours le coeur ému et plein de tendresse que je vais me recueillir quelques instants sur cette tombe; je sais bien qu'il n'est pas là, mais sa dernière demeure terrestre me permet de garder ce fil ténu qui me relie a ce qu'il a été de son vivant

Le cimetière regorgeait de chant et de bruits d'oiseaux - des picverts, entre autres!-

Entre les pins, les cèdres et les grands bouleaux encore nus, on était presque dans l'autre monde. Cela me plait que les arbres veillent sur la sépulture de Noureev, tous peuplés d'oiseaux...

Tu ne reposes sûrement pas en paix, cher Noureev... tu dois danser sous d'autres cieux!

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 20:54

 maurin26.jpg

 

Dis quand reviendras tu?

Dis au moins le sais tu?

le temps, le temps qui passe

ne se rattrape guère

Le temps le temps perdu

Ne se rattrape plus

 

(Barbara)

 

 

 

 

 

 

 

18 ans déjà, que l'opéra de paris se passe toi!

Comment fait-il?

Il ne fait pas!

Il faiblit, te trahit, même s'il ne t'oublie pas!

Les jeunes danseurs étouffent sous le poids de la hierarchie

Les vieux danseurs, peu à peu, s'en vont... Il ne reste que Le Riche pour " y croire encore"...

 

Il n'y a plus ton oeil pour donner sa lumière, pour donner l'envie d'exister de toute son âme sur scène, sans ennui mais avec passion... pour prendre des risques, et tant pis pour la chute, si le pas était beau!!! ( tiens, on dirait Cyrano!)

 

Disparus Belarbi, Maurin et puis Legris,

Hilaire, Loudières, Guérin!

Disparus Guillem et Averty

 

 

Leurs ombres ne hantent plus les plateaux de Bastille et de Garnier... heureusement, il reste quelques archives... mais les images ne sont que des images, sans chair, sans sang, sans tripes toutes chaudes et vibrantes... sans muscles, sans tendons... sans souffle, et sans sueur....

 

Les nouveaux danseurs, talentueux, n'ont qu'eux mêmes à qui faire confiance

Et seuls, sans un tigre pour les mener, ils sont fragiles, ils doutent, se blessent et se brisent...

Pauvre Lac des cygnes, transformé en lac des guignes... tant de blessés... si peu d'étoiles...

 Même si le corps de ballet a fait ce qu'il a pu, il était froid, sans émotion, sans âme... le comble pour un ballet " slave"...

 

Tu n'es  plus là pour   insuffler aux danseurs ta passion, ta démesure, ton amour fou de la danse et du travail fait avec maîtrise dans les moindres détails...  tu n'es plus là pour rajuster un tutu, redorer un petit bout de décor mal fait, rajouter quelques strass sur un pourpoint, retailer un justeaucourt trop long, étirer un collant pas assez tendu, donner ta flamme à tout les danseurs qui se la passent sans cesse entre eux...tant pis si les horaires de répétition explosent, tant pis si les danseurs n'en peuvent plus... le spectacle sera inoubliable!!!

 

Dans le monde, je sais que je ne suis pas seule à penser à toi, aujourd'hui... c'était hier, que tu quittais notre planète

Mais il ne se passe pas un jour sans que je pense à toi

Noureev... 18 ans sont trop courts pour oublier tout ce que tu nous a donné...

 

je te remercie, cette fois encore, malgré mon coeur qui te regrette tant! ah, tu as brûlé ta vie... tu as brûle ton âme comme disent les Slaves...

 

J'irai bientôt à Sainte Geneviève déposer sur ta tombe ces lys blancs que tu aimais tant!

 

 

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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 09:06

Rudolf-Noureev-au-Centre-national-du-Costume-de-scene_mediu.jpg 

Bouleversant !

Il n’y a pas d’autres mots pour ce catalogue exclusivement consacré aux costumes des ballets de Noureev ; les costumes qu’il a portés, ou bien les costumes portés pour ces productions, par d’autres danseurs, et sur lesquels il avait un œil acéré !

 

Le plus émouvant, est sans doute le pantalon bouffant du Corsaire, reprisé un peu partout et dont Noureev ne voulait absolument pas se séparer. ( Il en avait un tout neuf qu’il n’a jamais porté !)

C’est avec ce costume qu’il avait dansé en URSS pour la première fois sa variation qui avait été bissée le jour du concours. Ce rôle du Corsaire sera un peu son «  aria di baule » - airs de valises que tout castra, véritable rock star avant l’heure,  trimbalait avec lui au 18ème -

C’est sans doute ce jour-là qu’il a pris son envol

Le pas de deux du Corsaire, qu’il dansera souvent – il y a une captation sur youtube avec M Fonteyn- le montre dans ce pantalon de harem vert, tout reprisé par lui même et par les danseuses qui l’entouraient et prenaient soin de lui.

À propos de ce fameux pas de deux, Noureev disait : «  Pour la première fois de ma vie, le public réclama un bis ; c’était pour le pas de deux du Corsaire ; je le dansais à nouveau et les applaudissements furent encore plus forts qu’avant ; c’était grisant ; comme danser me semblait facile, imprévisible, source d’inspiration dans ce temps-là. Je ne savais pas si je pourrais faire à nouveau le pas que je venais de réussir, mais je sentais que j’y mettais tout mon être… et que danser devenait un jeu de vie ou de mort : gagner ou mourir ; je ne savais jamais ce qui allait arriver. Je suis sûr que cette qualité de liberté et de prise de risque se communiquait au public et qu’il sentait voir quelque chose de nouveau ; tandis que pour moi, cela tenait du miracle »

 

Dès son arrivée à l’ouest, Noureev qui n’a que 23 ans sait déjà parfaitement ce qu’il veut ; il danse dans les ballets du marquis de Cuevas, mais n’y est pas heureux. Il lui déclare :

« Je lui dis que si les costumes étaient superbes, ils étaient aussi beaucoup trop compliqués et distrayaient l’attention du public de la danse ; je lui dis qu’il était terrible pour des artistes d’avoir à suffoquer sous des décors et des costumes somptueux et que c’était précisément ce qui arrivait dans son ballet ; dans la foulée, j’ajoutai que l’art se définit en usant de petits moyens pour exprimer de grands sentiments et de grandes idées, et non le contraire comme c’était le cas dans sa production ou d’énormes moyens ne servaient de support à aucune idée et à aucune atmosphère. Je lui dis que je considérais comme une grave faute de goût de costumer hommes et femmes de la même manière dans l’acte III. Je terminai en lui disant que j’avais quitté le théâtre avec un sentiment de malaise et malheureux de l’absence générale de profondeur émotionnelle et que notre art fugitif ne pouvait être significatif que par la grandeur humaine de ses créateurs et de ses interprètes. »

 

 

En outre, dans ce livre magnifiquement illustré, on apprend que Noureev a bâti lui-même une fois pour toutes le patron de base de ses pourpoints. On voit aussi comment à partir d’un costume dessiné par une costumière, lui-même en simplifie la coupe, lui donne une sorte de côté incroyablement épuré, tout en lui donnant une élégance inimitable. Ce qui fait que quelle que soit ensuite la production dans laquelle il doit danser, il emmène les costumes qu’il préfère et danse avec, glissant au passage quelques conseils à ses partenaires, lorsqu’il trouve que leurs tutus sont  tristounets pour qu’elles rajoutent perles ou strass… ce que s’empressent de faire Thesmard ou Piollet qui encourent ensuite les foudres de leur opéra….

 

Enfin, ce livre montre avec quelle énergie il a œuvré pour que les productions qu’il a montées un peu partout dans le monde répondent exactement et précisément à la vision qu’il en avait.

Le livre, abondamment illustré est tout à la fois beau et émouvant, et ouvre une nouvelle porte sur cette personnalité excessive et attachante.

 

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