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Shabastet

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Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

marie-taglioni-in-zephire.jpg

6 novembre 2010 6 06 /11 /novembre /2010 20:43

Andromaque à la comédie française

 

 

187485-andromaque-une-jpg_83601.jpgCe texte magnifique, où devoir et passions se heurtent et s’entrechoquent, est mis en scène d’une façon froide, mais poétique par Muriel Mayette.  Les tons pastel, à peine éclairés,  qui se déclinent en bleu clair, blanc-beige et gris légers donnent un côté surnaturel et lisse qui contraste avec  le drame qui se déroule  sous nos yeux. Même lorsque les grands rideaux blancs qui flottent au vent, s’ouvrent sur le fond bleu de la scène, évoquant la mer toute proche, la lumière n’apporte aucune joie, aucun éclat. Il est vrai :  par la mer vient le malheur et la guerre : hier à Troie, aujourd’hui en Épire.

Les costumes à l'antique, légers, s’envolent au moindre mouvement, comme si les personnages n’étaient que des ombres sans consistance. Sont-ils simplement les prisonniers des grandes colonnes blanches qui compartimentent l’espace, tels les barreaux d’une immense prison ?

Chaque vivant à son fantôme qui le suit pas à pas et  l’oblige à vivre une vie dont il ne veut pas : Achille hante Pyrrhus, Hector, Andromaque, et Agamemnon ne laisse pas Oreste en paix. Du fond de leur tombeau, les morts revendiquent, exigent que les promesses soient tenues, réclament des sacrifices malgré la guerre finie.  L’est-elle vraiment ?  

 

Il y a un magnifique film de B. Tavernier qui s’appelle « après la guerre » et qui montre qu’en 1920, même si elle est terminée, la guerre est encore là, tapie dans tous ces disparus que les vivants recherchent pour être en paix. Les morts dirigent encore les vivants! Ce titre conviendrait bien à Andromaque

 

 gpr_andromaque1011.jpgMais revenons à cette mise en scène : au milieu de cette tourmente, Pyrrhus, royal, brisé, mais qui décide, qui aime, et qui brave son propre peuple pour protéger Andromaque et son fils.  Il est né roi, il est fils de roi ; c’est le chef.  Magnifique Éric Ruf, tout pétri de majesté, d’autorité naturelle, et de désirs contradictoires. Je ne l’avais encore jamais vu sur scène ; déjà, à la TV, il me faisait forte impression, avec ce mélange de force, de douceur, de sensibilité et de virile féminité. Sur scène, il est sublime : il contraste avec le fragile Oreste, (Clément hervieu-léger)  tout en nerfs, dont le cœur sert de griffoir à l’odieuse Hermione. Léonie Simaga insuffle à ce personnage capricieux,   tout imbu de sa personne une humanité touchante. Par quelle magie ? Comment fait-elle pour rendre attachant cette princesse détestable qui manipule Oreste suivant son bon plaisir comme un enfant gâté, sa marionnette, qu’elle va jusqu’à disloquer ? On devrait la haïr ; on est épouvanté pour elle ;

De son côté, Andromaque - Cécile Brune –  se drape dans son destin de veuve et ne reste en vie que pour que son fils vive aussi. Quand on la voit arriver et qu’on comprend que c’est elle, Andromaque, on est déçue ; elle fait bien plus vieille que Pyrrhus, et sa voix conviendrait mieux semble-t-il à du théâtre de boulevard qu’à du Racine. Et pourtant, cette actrice dans certains passages du texte soulève en nous des torrents d’émotion

Je l’entends encore nous dire l’horreur de Troie, les cadavres de ses frères, le massacre de sa famille, la lueur de triomphe dans le regard des assaillants… tout à coup, Cécile Brune nous offre un véritable moment cinématographique où l’espace scénique disparaît au profit de notre propre espace mental et des ses représentations

Tout n’est pas génial dans son interprétation d’Andromaque, mais elle a des moments divins !

La clé de son personnage est dans ses souvenirs, dans cette vision d’épouvante qu’elle a vécue. Elle vit dans le passé et est morte pour le présent. Pleine de contradiction, elle souhaite tour à tour la mort de son fils, puis sa vie… tient la tête haute à Pyrrhus, se soumet – on la comprend ! – puis décide de mourir pour honorer sa fidélité  à Hector, son époux,  qu’elle a vu traîner derrière le char d’Achille – son beau père en quelques sortes !

Les rôles secondaires sont dans l’ensemble inspirés. Cléone a une diction parfois étrange, mais sait se montrer convaincante à d’autres ; Céphise est parfaite et Phénix aussi

 

Voici la liste complète :

 

·                          Cécile Brune: Andromaque, veuve d’Hector, captive de Pyrrhus

·                          Éric Ruf: Pyrrhus, fils d’Achille, roi d’Epire

·                          Céline Samie: Céphise, confidente d’Andromaque

·                          Léonie Simaga: Hermione, fille d’Hélène, accordée avec Pyrrhus

·                          Clément Hervieu-Léger: Oreste, fils d’Agamemnon

·                          Stéphane Varupenne: Pylade, ami d’Oreste

·                          Suliane Brahim: Cléone, confidente d’Hermione

·                          Aurélien Recoing: Phoenix, gouverneur d’Achille, et ensuite de Pyrrhus

Mise en scène de: Muriel Mayette
Assistante à la mise en scène: Josépha Micard
Scénographie et Lumières de: Yves Bernard
Assistant scénographe: Michel Rose
Costumes de: Virginie Merlin

 

Une soirée marquante, qui m’a permis de renouer avec la langue claire, simple et si magnifiquement maitrisée de Racine qui, décidément, décrivait les contradictions de l’âme humaine aussi bien que Freud… bien avant l’heure ! Son théâtre est humain, il est resté moderne.  Peut-être suis-je naïve, mais j’ai été tout étonnée de suivre aussi aisément l’embrouillamini des sentiments des uns et des autres, et de ne pas me perdre dans leur lignée ; tout semble clair, logique ; la mise en scène permet de ne pas se perdre en interrogation intérieure ; on comprend, on suit, on partage… et on se retrouve en empathie avec chacun des personnages… Oui, assurément, du grand art ! Bravo à la metteuse en scène et aux comédiens, Eric Ruf en tête !

 

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commentaires

Luna 11/03/2011 14:09



Je viens tout juste de découvrir Jean Racine et je dois bien avouer qu'il m'a totalement entrainé dans un autre monde !
Je viens d'ailleurs de publier mon avis sur sa pièce "Andromaque" sur mon blog...

Joli article, je reviendrais ;)
Bonne continuation !!


 



Nâga.... 12/03/2011 14:17



merci Luna!


je vais aller jeter un coup d'oeil sur le vôtre!


à bientôt!