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  • : Un jour, une œuvre
  • : Créé en 2006, ce blog rédigé par Valérie Beck autrefois consacré à la danse et à ma compagnie se diversifie davantage.
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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23 septembre 2015 3 23 /09 /septembre /2015 10:10
Les adieux de Sylvie Guillem - Théâtre des champs-élysées 2015

Comme tous les artistes atypiques, Sylvie Guillem peut  susciter les sentiments les plus contradictoires. On peut être bouleversé par ses interprétations comme la trouver  exaspérante. Parfois, on a la curieuse impression d'assister à un monologue où la dame ne se préoccupe plus de savoir si le public l'écoute ou la suit, parce que seul ce qu'elle a à dire est important... peu importe que l'on adhère ou pas...

Le blog qui ne date que 2006  ne relate pas tous les rendez vous, réussis ou ratés, toujours attendus impatiemment mais où la rencontre n’a pas toujours eu lieu. Les pires, son film evidentia, que j’ai sifflé lorsqu’il fut donné à un entracte il y a longtemps, Carmen, Eonagata, par exemple, mais qui  côtoient les sublimes, tels Manon, Boléro, Appartement, La Luna, Sissi impératrice, Aurore, Odette/Odile, Raymonda, Somewhere, et tant d’autres… : au fond, dans ces rencontres, seul l’imprévisible est vraiment au rendez-vous !

Dimanche a été une rencontre parfaitement ratée. Pour se dire adieux, c’est un peu frustrant mais au fond, est-ce si important quand la mémoire regorge de moments uniques, de frémissements artistiques jamais égalés ?

 

Dire que je suis sortie exaspérée du Théâtre des Champs Elysées est un euphémisme.

Il y a déjà eu le problème de l’achat de la place, qu’il a fallu arracher au vol, et qui a coûté aussi chère a elle toute seule que mon abonnement pour voir quatre spectacles l’an prochain à l’ONP…

 

Puis il y a l’accueil dans le hall, par les stands bien dans l’air du temps, dont le but est sans doute que vous vous sentiez coupable si vous passez devant sans vous y arrêter.

 

Il y a ensuite le prix du programme auquel on renonce…. Tant pis ! On se rabattra à la maison sur les anciens…

 

techne, d'Akram Khan, les doigts comme ceux de Wigman dans la danse de la Sorcière

techne, d'Akram Khan, les doigts comme ceux de Wigman dans la danse de la Sorcière

Et puis le rideau se lève, et ça commence plutôt mal… la sono est mal réglée ; c’est trop fort ; pourtant, mes tympans ne sont plus tous neufs mais là, c’est pénible…

Techne  d’ Akram Khan reste pour moi l’œuvre qui symbolise le rendez-vous raté  de cette soirée. Ça aurait pu être un grand, fort, émouvant moment… mais ça a fait «  pouf » et puis plus rien.

En grec, techne désigne l’art à la fois comme outil et comme réalisation. Akram Khan a bien compris que Guillem a œuvré avec l’acharnement qu’on lui connaît,  toute sa vie, pour acquérir une liberté complète, totale de son corps, qui lui répond aux doigts et à l’œil… elle n’a jamais ménagé sa peine, elle a exigé de son corps plus qu’aucun autre ; certes, les dispositions étaient là, mais cette perfectionniste a toujours travaillé avec une exigence unique et sa capacité de travail est unique elle aussi. Donc le titre est merveilleusement choisi.

Mary Wigman dans la sorcière

Mary Wigman dans la sorcière

Ce techne a des relents Wigmanien.

Mari Wigman, c’est cette danseuse expressionniste allemande dont tout le monde aujourd’hui connaît la Sorcière grâce à youtube.

Sylvie l’a d’ailleurs dansé avec talent, on en voit un extrait dans un des documentaires qui lui est consacré.

Sur la scène,  une sorcière ou  une chamane exécute une danse autour d’un arbre en fil de fer – et là, on pense au génial décorateur de Martha Graham, Isamu Noguchi.  La danse commence pareillement au sol, et est toute en expressivité. On assiste à un rituel, quelque chose de mystique palpite. La nature semble presque palpable.  Le seul souci, c’est qu’il n’y a pas vraiment de progression, le langage tourne vite en rond et s’essouffle rapidement et là, commence à monter le sentiment que Guillem va chercher à prouver à son public que oui, elle a 50 ans, « mais regardez ce que je suis encore capable de faire »

Si bien que la forme, - la prouesse technique, en mettre   «  plein la vue » à son public - va prendre le pied sur le sens profond de cette œuvre qui aurait pu fasciner.

 Dans Techne, avec sa perruque brune aux cheveux mal taillés, ses grandes guiboles toutes maigres qui sortent de sa robe, le personnage qui apparaît au début intrigue, on veut en savoir plus…. quel est cet être qui sort de la nature et qui, tels les chamanes, devient l'une des créatures de ce monde si étrange? Est-ce après une fin du monde? Est ce au commencement de tout ? Est-ce une sorte de Sacre du printemps mais d'un style nouveau? Mais ce ne sera pas le cas, on ne saura rien d'autre, car  la TECHNE-IQUE va l’emporter sur l’expression artistique…. Dommage…. Un grand moment de poésie ratée…

 

 

Suit ensuite pour moi, le pire de l’après midi ; un duo plan-plan pépère de Forsythe… encore un qui veillit mal… dire que j’ai été une de ses fans dans les années 1980 ! Et bien, cette époque est révolue, ces dernières créations m’ont fait bailler d’ennui et ce duo m’a fait glousser à plus d’une reprise ; je serai bien sortie prendre l’air si je n’avais pas du déranger mes voisins pour revenir ensuite voir le second duo.

A noter pour la petite histoire, cette création de 2015 m’a rappelé mes cours de contemporain avec Mohamed Ahmada au centre du marais dans les années….1980 !

Suivait Here et After, de Maliphant, cette fois-ci

Je l’aime bien pourtant celui là…

Mais là, à nouveau, une œuvre bancale, mal fichue, qui une fois encore me rappelle mes vieux cours de danse contemporaine….

Ils ont donc si peu d’idées les chorégraphes contents pour rien ???

Avec deux corps et deux techniques aussi opposées, n’aurait il été pas plus judicieux d’exploiter ces différences, plutôt que de faire faire la même chose à Sylvie et à sa partenaire, soit en miroir, soit exactement de la même façon ?

On ne peut que comparer, et au désavantage, bien sûr de l’autre, et ainsi, on n’entre jamais dans l’œuvre

Et puis les carreaux qui s’éclairent façon Mickael Jackson dans Billie Jean, (encore les années 1980) bon, pas d’autres idées, messieurs les scénographes ???

 

L'arbre Isamu Noguchi pour Martha Graham

L'arbre Isamu Noguchi pour Martha Graham

Bye, Mats Ek

Bye, Mats Ek

Arrivait ENFIN, Bye, que j’adore

Mats Ek ne m’a JAMAIS déçue, non, c’est impossible, il sait mettre en scène l’humain, avec une tendresse inégalée, même lorsque le personnage est face à ses contradictions, sa lâcheté,  sa solitude, son apathie, son petit côté mesquin ou misérable… il n'a pas son pareil pour faire ressentir de l'empathie pour ces personnages anonymes et leurs petites ou grandes souffrances dans leur vie quotidienne, banale, mais au fond si humaines.

Alors pourquoi ça n’a pas marché là non plus ???

Parce que j’ai eu le sentiment que Sylvie voulait prouver et non pas qu’elle dansait…

Elle dit elle-même dans une interview qu’elle est obsédée par les détails, encore plus qu’avant et que surtout elle veut rester au même niveau qu’avant… et au fond, c’est sans doute cela que j’ai ressenti tout du long

La technique avant le reste….

Alors oui, c’est éblouissant de virtuosité, mais où est passé l’âme ?

Comment croire aux faiblesses de ce personnage alors qu’on a sur scène  une guerrière, une combattante qui exige que son  corps dise «  Non, je ne lâche rien de ma technique ! »

La maîtrise au final, s’est faite au détriment de ce petit supplément d’âme qui fait toute la différence….

 

Pour les applaudissements, je n’ai tenu que quarante secondes  et je me suis ensuite enfuie en courant ; autant j’ai ressenti l’an dernièr  pour Ciaravola ou Le Riche, une chaleur, un amour sincère, et j’ai pu me fondre à toute la salle, pour ne faire qu’un…

Là, beaucoup de cirque…. Sylvie mérite pourtant mieux.

 

Suis-je rentrée déçue ? Pas vraiment, parce que depuis Eonagata, je n’avais plus vraiment d’attente, je voulais juste être là, dimanche, pour lui dire Bye, je l’ai fait

Pour le reste, et bien, ma mémoire me la rejouera encore de nombreuses années. Merci Sylvie !

 

 

 

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13 juillet 2012 5 13 /07 /juillet /2012 08:07

Sylvie_guillem_Massimo_Murru_penchee.JPGRevoir Manon cette année m’a fait prendre conscience du « manque Guillem »

Quel dommage que la Dame de la Bastille ne l’aime pas et ne l’ait donc pas invitée à venir danser une Manon à Paris, rôle que Sylvie danse encore sur scène (pas plus tard que l’an passé en Italie)

J’ai été bouleversée par l’interprétation de Ciaravolla et par le couple qu’elle forme avec Mathieu Ganio ; aimer Guillem ne remet nullement en doute, en cause cela, bien évidemment. Etre «  en manque » d’un artiste ne signifie pas que l’on n’aime moins les autres.

Ce qui est curieux, c’est que la Manon vue cette année m’a complètement remis en mémoire celle vue avec Guillem il y a plus de dix ans.

 

D’elle, je me rappelais nettement son sourire lorsqu’elle descend toute ingénue du carrosse de voyage,  son air de jeunesse, sa candeur – elle avait pourtant déjà 37 ans. Je me rappelais aussi son charme, l’incandescence de sa danse, la grâce de ses épaules, de ses pieds tellement musicaux ; enfin, je me rappelais avec une précision extraordinaire ses prises de risques constantes, son abandon à son personnage,  à son partenaire aussi, son engagement total. Son air mutin, sa sensualité teintée d’intelligence, cette façon d’être plusieurs filles à la fois, suivant qu’elle dansait avec son frère, avec Monsieur de GM ou avec son amoureux. Sylvie a un tel sens des nuances, des détails, du récit, des émotions, des sentiments qu’elle veut faire passer!

C’est presque irrationnel d’être envoûtée à ce point par ce qu’elle fait, et être bouleversée par ses interprétations, toujours justes, toujours habitées.

Cela me rappelle dans un autre genre ma découverte de la Callas en 1977 alors que je rangeais ma chambre. J’ai tout à coup entendu une voix comme jamais, ni belle ni laide, mais authentique ; et le personnage – Rosine du barbier de Seville – a surgi dans ma chambre. Je ne savais même pas que c’était la Callas qui passait à la radio et tout de suite, le coup de foudre, absolu et pour toujours.

 

J’ai souvent repensé à cet Eonagata que je n’ai pas aimé, et à chaque fois, c’est la même image qui revient : Guillem et sa plume, qui écrit, qui danse, qui se donne, et ces cinq minutes de grâce absolue me restent ancrées dans la tête avec une telle netteté dans les détails qu’au fond, eh bien oui, je l’avoue presque malgré moi,  je ne regrette pas d’avoir vu cet Eonagata. Pour elle. Pour ces cinq minutes hors du temps. Pour ce moment de grâce pure.

 

Kelucharan dont je parlais dans un précédent article pourrait dire la concernant : « Elle, elle dirait qu’elle danse, mais moi qui la regarde, je dirais qu’elle prie »

 

Elle viendra danser l’an prochain au TCE en juin. Mais c’est dans un ballet « narratif » que j’aimerais la revoir.

Elle y déploie non seulement sa technique sublime et intacte, — chose exceptionnelle à 47 ans - mais surtout, mais aussi son intelligence de la danse, sa grande finesse et compréhension psychologique des rôles. Cette interprète exceptionnelle  offre toujours une vision très  personnelle de ses rôles mais avec une telle compréhension qu'elle suscite l'adhésion immédiate.

 

Ah ! Revoir Sylvie dans Manon, ou le Lac…  

Je ne suis pas allée la voir cette année dans 6000 miles away. Les photos vues dans les magazines sont sublimes, mais j'avoue avoir de plus en plus de mal avec la danse abstraite...

Je ne sais donc pas si j'irai la voir l'an prochain dans " Sacred monster" avec Akram Khan

je crois que je vais acheter la video pour me décider si oui ou non....

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7 janvier 2011 5 07 /01 /janvier /2011 22:02

erick-labb-.jpg

Quand trois génies se rencontrent, c’est tout l’un ou tout l’autre !

1 : Ou bien ils parviennent à s’entendre,

2 : ou bien ils se gênent et comme chacun à peur de faire de l’ombre à l’autre, tout le monde se rapetisse, encore et encore…

 

Pour Eonagata, cochez la case 2 s’il vous plaît !

 

et pourtant, elle est belle cette photo, Non?

 

J’attendais ce spectacle, non pas avec impatience, mais avec une infinie curiosité… aborder le thème du masculin féminin avec des personnalités telles que ces trois génies-là ! de quoi vous faire espérer un spectacle plein d’émotion, de trouvailles !

J’avais vu la bande-annonce sur le site du Sadlers qui en deux minutes, vous présentait un spectacle riche en rebondissements, en rythme, en couleurs

J’avais vu le «  on the edge » qui fait la part belle à cette création

J’avais vu la face cachée de la lune, film plein de sensibilité du talentueux R Lepage qui est scénariste, acteur — (s) car il joue deux rôles, lui et son frère — et metteur en scène

Enfin, j’avais vu le spectacle présenté il y a trois ans aux Champs-Élysées avec Russel Maliphant et Guillem qui m’avait émue ; je revois encore leur duo, je revois encore le solo de Russel sur un émouvant morceau de violoncelle

 

De quoi se dire : avec trois talents pareils, je vais voir quelque chose d’inédit, d’inventif, de troublant, d’émouvant !

Et bien, que nenni !

 

Du vent, du vent et du vent !

Un soufflé qui retombe vide, creux et vous fait quitter la table la faim au ventre !

 

Et pourtant, il y  avait tant à faire !

 

En ressortant du spectacle, je me suis dit : « Guillem s’est fait toute petite devant Lepage, elle n’a pas osé affirmer qu’elle est danseuse, avant tout, et quelle danseuse ! Elle a voulu lui prouver qu’elle pouvait aborder d’autres arts de la scène, qu’elle pouvait être actrice, chanter,  mais elle se trompe. Lepage s’est laissé convaincre de “danser ” alors qu’il est avant tout un homme de théâtre ; il aurait dû écouter son bon sens premier qui lui avait dit «  Non, ne te lance pas dans une telle aventure ! » et Maliphant n’a pas non plus osé dire “je m’occupe de tout ce qui est combat, bâton, épées, laissez-moi faire et j’assume aussi des parties dansées”

 

Du coup, personne ne trouve sa place !!! Chacun s’excuse devant l’autre, on nivelle « par le bas» pour que tout le monde y arrive (à danser, à chanter, à dire un texte, à manier des éventails, des sabres, des bâtons…)

Lepage prouve qu’il ne sait pas «  bouger», Guillem, qu’elle n’est pas une actrice, Maliphant qu’il vaut mieux que cela

 

 

 

L’œuvre commence par un solo de Lepage muni de deux épées : à coup de flash, et de musique tonitruante, il danse au milieu de fumigènes «  On dirait Goldorak ! » me dit mon compagnon. Moi, je cache les yeux, car je me prends les flashs en pleine figure et je suis à moitié aveuglée ! Puis tout s’arrête, et Guillem vient se planter sur la scène pour nous raconter la vie du Chevalier d’Eon ; ça dure au moins cinq minutes, le texte est plat, naïf, et  on se dit «  Erreur de mise en scène d’un débutant ! »

C’est d’un ennui !

Suit une scène aux éventails : Si Maliphant  les exploite assez bien, quoique sans grande originalité, Lepage peine avec son grand éventail rouge,  il est empoté comme tout et puis quoi ? Quel sens donner à cette scène ? Pour justifier le titre ? Pour évoquer les Onagatas, ces rôles féminins tenus par des hommes dans le théâtre Kabuki ? Pour en avoir vu, je sais qu’on est fasciné ! Là, on est juste embêté pour Lepage qui s’en tire comme un manche ! À ce niveau-là….

Vient la scène sur les tables

Trois tables, les danseurs se roulent dessus et tournent autour !

Bon !

Si Guillem à la grâce d’un félin, si elle s’amuse vraiment à glisser comme dans la pub pour un produit d’entretien qui fait briller les tables, les deux autres peinent derrière ! Ils sont balourds.

Est-ce que ces failles sont exploitées, ce pourrait être intéressant ? Non ! On se dit juste : “Ils ne sont pas très synchro, tous !" et on compare.

 Et ainsi de suite….

Nombreuses sont les scènes ou on chante, ou on parle, ou on se bat aux bâtons, mais on fait tout doucement, on ne frappe pas trop fort, des fois qu’on se fasse mal ! Et surtout, on ne tourne pas trop vite, pour que Lepage puisse suivre…

 

Je me disais au fond de mon fauteuil

«  Pourquoi ne pas avoir confié la danse à Guillem, les arts martiaux (scène aux bâtons ou avec un sabre) à Maliphant qui manie cela avec virtuosité et un récit à Lepage au lieu de ce méli-mélo sans queue ni tête !

 

Bien sûr, Guillem est toujours magique ! Fascinante, charismatique, et tellement belle ! Quand elle est seule sur scène, on revit ! Et on se dit «  pourquoi se limite-t-elle comme cela ? Que veut-elle prouver ? » Elle est tellement sublime lorsqu’elle écrit à sa mère !  Dans ce solo, la colère bouillonne, et puis elle explose tout à coup! L'émotion naît, on est emporté !

De même, lorsqu’ elle danse en kimono blanc et fluide à grandes manches. C’est beau, on est envoûté ! On pourrait la suivre pendant des heures… mais non, tout s’arrête et ça se remet à parler, sans âme ni émotion…

 

Car d’émotion, il n’y en a quasiment pas dans cet Eonagata qui mêle Japon, mythe sur l’androgyne, et chevalier d’Eon, sans lien véritable, sans souffle profond qui conduise le spectacle de bout en bout. Celui-ci  juxtapose les scènes les unes après les autres en suivant plus ou moins la vie du chevalier, tout en incorporant deci delà des éléments japonisants : un kimono, une poupée-geisha, un tambour, des éventails…

 

A un moment, un panier – de ceux que l’on mettait sous les robes - est jeté sur Guillem-Eon ; voilà une occasion magnifique de jouer avec ; de s’enfermer dedans, de ramper, de sortir un bras, ou de s’emmêler dans ses mailles, que sais-je ! Il faut tirer parti de cet accessoire pour faire avancer l’histoire

Et bien non : Guillem met cinq minutes à l’enfiler ; elle n’arrive pas à passer les épaules, mais ans que ce soit «  voulu» elle semble juste ce soir-là avoir du mal avec cet accessoire, et nous, spectateurs, on commence à être habitué à voir tout le monde peiner avec tout. Mais alors ?   ? Est ce fait exprès ?

Impossible de donner un sens à la scène ! On est juste frustré comme on l’est par cette immense poupée en kimono qui agite les bras et parle comme au théâtre de Guignol sans qu’il se passe vraiment quelque chose !

 

 

Vient tout à la fin du spectacle - après une bonne heure et quart, quand même- la scène au miroir; c'est émouvant, enfin! Cette fois-ci les trois « performers » sont à égalité ; on est touché, on veut en voir plus…

 

Voilà, c’est ça, Eonagata !  Le masculin-féminin n'y est pas vraiment exploité : il y aurait eu tant à faire!

Bon, les artistes se sont «  plantés»

Ça arrive, je ne leur en veux pas ; j'en veux plus au battage médiatique qui veut nous faire croire à une oeuvre géniale; non, c'est juste une oeuvre ratée....

Malgré tout, je suis quand même contente d’avoir vu Guillem-la- magnétique !

J’étais tout près de la scène, c’était fascinant de la suivre quand elle dansait, tellement belle, tellement elle ! Pourquoi s’est-elle faite si petite ???

 

Elle prépare actuellement un solo de vingt minutes avec Mats Ek qui a déjà réalisé Wet Woman… il sera donné aux Champs-Élysées l’an prochain… avec quoi d’autres ? Mystère

Mais j’y serai !

Oui, résolument, j’aime Guillem !


 

 

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On the Edge et autres nouvelles

Guillem Maliphant Théâtre des champs-élysées

 

 

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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 11:40

voici une critique écrite en 2003 sur le site critical dance danser en français
je l'insère ici telle quelle!


Une grande émotion

 
le corps de ballet

Il n'a pas cessé de multiplié les erreurs : jamais ensemble! c'est la première fois en trente ans que je vois autant de disharmonie; dès la scène des mendiants, l'un des danseurs avait toujours un temps d'avance sur les autres! et cela a continué avec les courtisanes, les gentilhommes, les filles déportées en Louisiane; c'en était choquant! il y avait toujours un bras ou une jambe en décalage, on avait l'impression qu'ils n'avaient pas répété.
D'autre part, j'ai trouvé les coiffures des filles vraiment laides; les visages n'étaient pas mis en valeur.

l'orchestre

vraiment, vraiment très lourd et assez indigeste à entendre... peu de nuances de jeu et de sons. Leurs tonitruants crescendo ont gâché plus d'une fois mon émotion...les cordes compensaient leur manque de lyrisme par des vibratos outranciers...bref... c'est dommage, car bien que je ne sois pas une fan de Massenet, le choix des morceaux était très plaisant

Wilfried Romoli

j'ai énormément aimé son jeu bien que n'ayant aucun point de comparaison avec les autres interprêtes;  il m'a vraiment fait rire dans la scène comique!
En revanche,  je ne trouve pas   le couple qu'il forme avec MA Gillot convainquant en tant qu'amants; on dirait plutôt deux complices; mais après tout pourquoi pas?
En le revoyant danser, je me suis rememorée son tragique   et bouleversant personnage de Hurlevent; je lui ai trouvé beaucoup de présence, d'ambigüté, et une technique très sûre.
Sa relation avec sa soeur est tendre, complice, ambigue, cruelle, despotique, affectueuse aussi. L'un l'autre mette en lumière leur part d'ombre, et c'est très puissant.
On le voit aussi "s'aplatir" devant M de GM, ou se montrer brutal avec Desgrieux.


Le couple Hilaire Guillem
Je ne les avais pas vus autant en harmonie depuis le Roméo et Juliette de 1990; et pourtant, depuis, je les ai souvent vu danser ensemble; dire qu'ils m'ont émue est un euphémisme
Laurent Hilaire, que je n'avais pas vu danser depuis son roméo de 2001, où je l'avais trouvé épuisé, était très en forme; il a su à la fois mettre sa partenaire en valeur, créer avec elle une relation sensuelle, amoureuse, tragique et passionnée, ( quels portés!) et en même temps prendre sa place dans ses solos; j'ai été épatée de le voir occuper naturellement tout l'espace lorsque la scène se vide totalement à l'acte 2: c'est dur d'occuper autant d'espace; et il y arrive avec à la fois puissance et grâce.

Quand à Guillem, qui fait couler beaucoup d'encre sur ce topic, je dirai simplement que j'aime en elle le physique longiligne et tout en muscles, le moelleux des mouvements, des bras surtout ( surtout le haut du corps, si souvent trop "tenu" chez les autres danseuses)chez elle, les bras semblent aquatiques, et l'effort ne s'y lit jamais, la légéreté de fée clochette ( d'ailleurs, elle en a un peu l'air au troisième acte, on dirait Julia Roberts dans Hook) la finesses des pieds, très très musicaux.  Elle cisèle chaque note avec ses pointes délicates et très sûres, et elle m'a impressionnée dans les risques qu'elle n'a pas cessé de prendre dans tous les portés où elle s'élance dans les bras de ses partenaires.
J'aurais beaucoup aimé voir Aurélie Dupont pour avoir une comparaison, sur le plan de l'interprétation, mais en tant qu'artiste, Guillem m'émeut, et c'est d'une manière irrationnelle, car ce ne sont pas ses levers de jambes qui m'éblouissent, mais ce quelque chose d'unique qu'elle a et qui agace ou plait, selon.
(Je tiens à dire que je l'ai vue bien avant qu'elle ne soit étoile, en reine des Dryades, et qu'elle m'avait déjà séduit sans même savoir qui elle était, tout comme Guérin m'avait ébahie dans le pas de deux des Sarrasins d'un tout premiers Raymonda; ensuite, j'ai suivi leur carrière, sûre que tôt où tard, elles deviendraient étoiles.)

MacMillan

Je n'avais encore jamais vu de chorégraphie de lui, sauf le Roméo en vidéo avec Alessandra Ferri
J'ai été émerveillé par la richesse de ses pas de deux; conçus très différemment de Noureev. Tous les portés sont incroyablement innovants, même si la chorégraphie à déjà trente ans, je n'avais encore jamais rien vu de tel.
Il y a beaucoup d'invention et aussi de naturel;les mouvements collent à la musique naturellement; d'une manière générale, la chorégraphie est moins impressionnante, moins tourbillonnante ou vertigineuse que chez Noureev, mais plus humaine; les personnages sont vraiment creusés, fouillés, il explore vraiment l'âme humaine et trouve un langage chorégraphique adéquat pour chaque personnage; ce qui fait que même les seconds rôles sont marquants ( on prend en grippe M de Gm dès les premières secondes!)
La chorégraphie reste lisible d'un bout à l'autre avec une progression constante dans la complexité des relations entre les personnages et la montée de la tension dramatique : du grand art!

Merci à Cathy de m'avoir incité à voir Manon! ;)
car jusqu'à présent je n'en avais jamais eu envie; et j'ai vraiment vraiment adoré les pas de deux de ce ballet.J'en suis encore toute émue ce matin!

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 09:43

Et oui, je reprends ma plume une fois de plus pour Guillem; les articles que je m'étais promis d'écrire en septembre sont toujours dans ma tête et pas sur le papier et devront attendre encore un peu; en revanche, impossible de ne pas écrire quelques mots sur Guillem, ce matin... cet artiste unique qui me fascine et m'a donné mes plus grandes émotions artistiques depuis 1983...
Par le plus grand des hasards, j'ai appris qu'un nouveau dvd était consacré à Guillem réalisé par  Françoise  Ha Van qui a déjà signé plusieurs reportages ou films sur elle.
Sans même réfléchir, sans même savoir ce qu'il y avait dedans;  j'ai tout de suite commandé le dvd. Celui-ci retrace en grande partie la création sur deux ans d'un nouveau projet de " danse théâtre"
Guillem qui avait déjà sollicité Russel Maliphant et Akram Khan pour travailler avec eux ( elle voulait que Khan lui apprenne le kathak)  a   demandé à R Lepage, homme de théâtre dont le nom m'était totalement inconnu, decréer quelque chose avec elle. Elle avait été voir un de ces spectacles et  à l'issu d'une représentation, elle a pris son courage a deux mains et a été lui parler. Celui-ci a cru au début que c'était une demande de courtoisie, jusqu'à ce qu'il comprenne rapidement que Guillem fonctionne au coup de coeur et pas autrement

Va donc commencer entre Maliphant, Lepage et Guillem un travail assez extraordinaire car réalisé à quatre... le quatrième étant le génialissime Michael Hulls qui s'occupe des lumières. ( Choc visuel au théâtre du châtelet il y a quelques années face à l'une des ces pièces où deux hommes dansent dans des puits de lumière)
Quand on voit une pièce de Maliphant, on est saisi par la lumière intimement lié au mouvement
D'ailleurs, dans le documentaire, Lepage dit : " on dit que les danseurs travaillent en musique, pour Maliphant, c'est faux, il travaille avec la lumière"

Le thème retenu est celui du   chevalier d'Eon, qui va se croiser avec le danseur de théâtre japonais qui tient des rôles féminins, l'onnagata : d'où le titre : l'Eonagata. Là aussi, cela me ramène à ce travail extraordinaire de ces hommes de théâtre japonais capables d'être totalement des femmes sur scène. Baush s'en étonnait : " comment peuvent ils connaitre aussi intimement ce qu'est une femme?" se questionnait elle
Ce thème convient d'autant mieux à Guillem qu'elle réalise sur le plan de l'énergie le féminin et le masculin : elle a une force, une puissance, une maitrise de son corps incroyable, et en même temps, le mouvement peut être fluide, ondoyant, délicat, sensible... physiquement, elle a quelque chose d'androgyne, mais quand ses cheveux dansent, c'est la féminité même...

Le documenaitre de F Ha Van suit donc toute la création ( Lepage vit principalement au Canada) de cette étrange pièce, et entremêle d'autres instants de la vie de Guillem : ses galas au Japon, ses visites d'un artiste potier japonais,  Venise, les jardins de Versailles, bref, pleins de moments, parfois filmé platement, parfois plus interessant

A la fin du dvd, un régal pour moi : plein de bonus de Guillem en répétition avec Leriche, Hilaire, entre autre ; elle a pris soin d'en choisir certains où l'on voit vraiment le travail, les petites " erreurs"  qui peuvent survenir dans les pas de deux, et commente le tout avec beaucoup d'humour et de simplicité. Ainsi les fous rires partagés avec Hilaire, qui choquaient tellement les répétiteurs que ceux ci parfois quittaient la salle de répétition!

Bref, j'éteins ma télé et me précipite sur internet pour savoir qui est R Lepage et le fabuleux A Mcqueen qui signe les costumes ( alors lui, il met le tissu  sur le dos de Guillem et Maliphant, il coupe autour, met des épingles... et c'est génial!!!! arghhh!! il y a des gens, ils sont vraiment doués!!!)))


Et alors là : la foudre a fait un étonnant vacarme dans ma tête! je me suis rendue compte que R Lepage était mon dernier coup de foudre artistique!
Grâce à Arte ( merci à elle) j'avais vu il y a environ deux mois un film intitulé la face cachée de la lune ( est ce un clin d'oeil au dark side of the moon des Floyd?)
Film bouillonnant d'idées, d'humanité, de poésie, de souffrance, de modernité, d'humour,  de solitude, de tous un tas d'ingrédients qui fait que l'être humain est ce qu'il est au quotidien, petit et sublime tout à la fois
Bref, je n'ai pas arrêté de parler de ce film à qui voulait m'écouter ( mes chats,donc, quand mon compagnon en a été gavé)
Réaliser en une seconde que ce R Lepage est cet homme là que Guillem est allée chercher était comme un clin d'oeil!
Je suis ensuite allée visionner la bande annonce sur le site du théâtre du Sadler's à Londres, et j'ai été époustoufflée par la beauté de ce que j'ai vu....
Eonnagata est à la croisée du monde du théâtre, de la lumière, de la danse... spectacle d'art total comme j'en rêve depuis mon enfance; spectacle qui rend le spectateur intelligent, car le propos est simple, mais les idées multiples que chacun est libre de réinterpréter : c'est cela, le spectateur donne le sens, comme il le fait chaque jour en regardant le monde, suivant la vision des tantristes...

Bref...

Guillem, dans l'art de provoquer les rencontres, dans sa prise de risque constante, montre tout le courage qu'elle porte en elle, et son besoin absolu de renouvellement, ( trait commun des artistes qui sont des génies et ont une capacité de travail hors norme, tel  P Boulez qui dirige rarement deux fois dans sa vie la même oeuvre...)
Elle pourrait continuer à danser de part le monde des rôles qu'elle a bien rodés et que le public aime : non!
Elle cherche, elle s'associe, elle s'abandonne, elle provoque, elle fait confiance, et elle meurt de peur : c'est visible dans le reportage, elle le dit sans cesse...

Voilà, j'ai donc raté Eonnagata à Fourvières cet été, et il y  a peu à Chalon en champagne
Il va falloir que j'attende que le spectacle passe à Paris à des prix exorbitants ( c'était 23 euros à chalon)
Ce ne sera pas avant décembre 2010 je crois.... rendez vous donc l'année prochaine!

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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 07:35



Avec beaucoup de retard, voilà mon compte rendu!
Ce n'est pas très difficile a écrire car tout est parfaitement clair en mon esprit!

Je ne reviendrai pas sur le côté " people" de la première, où tout un gratin plus préoccupé d'arriver bien en retard sa coupe de champagne à la main pour rejoindre son carré or m'a bien diverti : un vrai zoo!
Quand on est un people fortuné, on ne respecte pas les horaires, on se congratule les uns les autres, toutes les femmes ont le même faux blond, le même balayage et le même collier de perles .. et les hommes, ce même air de gravité sur le visage où on lit, " je n'ai pas le temps, ah, les affaires,  mais il faut bien se montrer à ce genre de soirée"

 
La scène était dressée sur le bassin de Neptune, ce qui fait hurler  l'association des Amis du jardin de Versailles : il parait que le bassin n'apprécie pas du tout, du tout, d'avoir cette scène, que cela détériore la pierre... pas impossible puisque la scène sur l'eau : je ne suis pas sûre que le bassin apprécie beaucoup qu'une centaine d'artistes lui sautent dessus deux soirs de suite...
Un long chemin sur l'eau conduisait les artistes jusqu'à la scène où des coulisses fermees (des sortes de petites huttes! surement pour nous mettre dans le coté primitif du Sacre, héhé!!) les cachaient aux spectateurs quand il ne devait pas être sur scène

La première partie est le Sacre du printemps : le tokyo ballet est curieux : tous les garçons se ressemblent, toutes les filles se ressemblent, et tous les garçons ressemblent aux filles, ce qui fait qu'on a du mal à s'y retrouver : pas de seins, pas de hanches, pas de sexe apparent sous les collants moulants, des corps tous fluets chez les garçons, on dirait des éphèbes, et tout le monde a les mêmes cheveux noirs, coupés pareils  : pire qu'à l'armée!
j'ai donc passé un bon moment à essayer de savoir qui était une fille ou un garçon et cela m'a distrait d'un ennui terrible :  le Sacre où doivent s'exprimer l'agressivité, la sueur, la révolte, une certaine frénésie plus ou moins sexuelle est devenu complètement aseptisé : comme si on avait décontaminé tous ces corps, qu'on les avait passé au même mixeur pour obtenir une homogénéité fade, sans saveur, sans odeur

Le tout dansé d'une façon certes, sans faute, mais scolaire....
Curieux, ce Sacre japonisant... si le corps s'efface pour ne plus être qu'une idée, que reste il du Sacre????

Mais voilà déjà  l'entracte : on a eu droit au même défilé de people, mais cette fois ci dans l'autre sens, sans leur coupe qu'ils ont du fourrer sous leur siège, les femmes de ménage nettoieront, elles sont là pour ça!)
Et les voilà qui repassent encore.... car c'est la fin de l'entracte... sans se presser, en jetant des regards à la ronde " l'ai je bien descendu" car les escaliers qui descendent vers le carré or sont hauts...

Puis La voilà... Sylvie dans la Luna.... tout en blanc. Elle a troqué le long collant blanc et le justeaucoprs pour un pantalon et un haut blanc tout simple... les pointes aux pieds : et là, on se dit dans une fraction de seconde : voici l'art incarné...
Sylvie a une technique intacte ( 42 ans quand même) le même abandon quand elle danse, comme si c'était la première fois, ce même sens musical qui m'amène tout de suite les larmes aux yeux, cette même fragilité sous une technique et une maitrise infaillibles, cette même générosité de la danse
Elle occupe toute la scène à elle toute seule, longiligne et sublime silhouette blanche, quand les soixante danseurs du tokyo ballet avaient péniblement du mal à le faire
Simple et sublime, telle est fut dans la Luna de Béjart : je vois encore la grâce de ses ports de bras, la délicatesse de ses ports de tête, la facilité avec laquelle elle cisèle les pas, et cette impression unique de nous emmener hors du temps.... tout cela sur du Bach : la pureté allié à la pureté, pour un moment de danse simple et beau : comme l'enfance

Ensuite, retour brutal vers le tokyo ballet qui danse une chose prétentieuse de Béjart intitulé " bugaku"
A oublier très vite
il aurait fallu beaucoup d'humour pour faire passer cette chose indigeste mais le tokyo ballet n'en a pas...

Enfin, venait le boléro...

Inoubliable une fois encore : à quinze ans d'intervalles,  (pour moi qui l'avais  vue aux champs élysées en 1992)Sylvie Guillem le danse avec la même fougue, et l'a enrichi d'une ambivalence dans les sentiments : elle est la femme qui fascine, qui envoûte, qui séduit, qui appelle mais s'en amuse.. elle a de la distance avec elle même et le jeu de séduction qu'elle met en place
Tel un grand serpent, elle met à ses genoux tous les danseurs ( qu'on oublie tant elle nous captive) mais sans tomber dans le "trop" Elle les magnétise, elle les a sa merci, tout cela sur le rythme obsédant de ce boléro, où les pieds marquent la pulsation, où le bassin s'orientalise
Un court instant, je revois Leriche, très sensuel dans le même boléro, avec une force évidente
Sylvie reste spirituelle dans la séduction...
On oublie qu'elle danse, parce qu'alors elle est la danse
Son boléro fut flamboyant, intense, nerveux et sensuel tout à la fois
Elle est décidément une immense artiste, toujours au sommet de sa technique
Elle exécuta à la fin la série de saut avec la souplesse d'un félin, sans l'once de la moindre " force" apparente

Inoubliable Guillem! Quatre mois après, je la vois encore, magnétisant les trois ou quatre mille spectateurs...

La soirée reste pour moi inoubliable : voir danser Sylvie Guillem reste pour moi un moment  unique et éternel...
Mille mercis à elle...




à lire Boléro

béjart à Paris
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6 janvier 2007 6 06 /01 /janvier /2007 10:12

  Et bien hier, j'étais donc aux Théatres des Champs Elysées pour voir deux artistes que j'admire particulièrement :

Guillem, que j'ai vue sur scène à chaque fois que cela a été possible, et Maliphant, que je n'avais jamais vu danser, mais dont j'avais adoré le Critical Mass donné au Chatelet il y a deux ans par la compagnie de danse classique de Lyon.

Trois solos étaient proposés ( Guillem, Maliphant, Guillem) puis un duo suivait l'entracte.

 


 

Je ne me lancerai pas dans une analyse stylistique, pas aujourd'hui en tous cas. Non. J'ai plutôt envie de parler du nouveau visage de Guillem : d'abord, elle a renoncé à ses cheveux... oh, ça n'a l'air de rien, mais Béjart a su les utiliser magnifiquement dans Sissi, par exemple, et dans Boléro sa chevelure lui volait la vedette : je plaisante... mais là, en cheveux courts, à la Jeanne D'arc, c'est comme si elle avait voulu mettre au panier une partie d'elle qui brille et fascine facilement : Guillem tourne le dos à Guillem?

D'une certaine manière, oui...

Dans les solos, elle n'a été que mouvement, énergie, modestie, présence : rien de tape à l'oeil, rien qui déchaine l'hystérie du public, rien de facile, de vertigineux, mais elle : son extraordinaire fluidite, son extraordinaire musicalité. On voit bien que son corps peut bien plus, et j'attendais, moi même, que ses pieds magnifiques se mettent à exécuter les petits pas virtuoses qu'elle réalise avec une grâce époustouflante

Mais non : en choisissant de frustrer, volontairement ou non, une partie de son public, en choisissant l'état d'être, plutôt que l'état de " danseuse virtuose", elle nous a montré une fragilité,une délicatesse, une intériorité toujours confiés à ses rôles, mais qui ici, la drapent toute entière

On ne voit plus la danseuse Sylvie Guillem, mais Sylvie Guillem, tout simplement


Dans le deuxième solo qu'elle a dansé, le travail fait sur la lumière était spectaculaire. La lumière gommait la réalité du corps humain, le destructurait ( à l'inverse du travail fait sur le deuxième solo, dont je parlerai tout à l'heure)

La ligne d'un bras, la musculature du dos, une main, un pied,  était parfois éclairé de telle façon que le mouvement apparaissait non comme produit pas le corps physique, mais pas le corps physique et énergétique : la fameuse structure énergétique bien connu du monde du yoga, auquel Maliphant est très attaché ( entre autre)

Guillem a donc exécuté une sorte de ronde avec les bras, les jambes, un bras se détachant parfois de l'ensemble à un point tel qu'on ne pouvait plus l'identifier comme un bras, mais comme un élement se mouvant seul pour une raison mystérieuse

 

Son premier solo, exécuté sur des sons de guitare flamencane, était lui aussi d'une sobriété à laquelle on n'est pas habitué... c'est comme si elle retrouvait l'état dans lequel elle est quand elle fait de la poterie au Japon: l'acte compte plus que le résultat : la qualité d'être dans l'instant, plus que le déploiement de la technique...

Ah, vraiment! Quel chemin elle parcourt! C'est très émouvant, lorsque l'on prend conscience de cette mise à nu de son être, sans la virtuosité comme écran entre elle et le spectateur ( même si j'ai toujours vu plus loin que la simple virtuosité de sa danse, tant elle habite ses rôles, tant elle fait preuve d'intelligence)

en fait, par ce nouveau virage, on voit tout le travail intérieur qu'elle a accompli ces derniers temps

 


 

 

 

Maliphant a lui aussi une solide base classique, mais depuis, il s'est intéressé à de nombreuses autres formes de mouvement auquel se mêle la méditation : capoéira, yoga, tai chi, le tout métissé d'un peu de hip hop...

Ce danseur  a présenté son solo tout de suite après le premier de Sylvie : au début, une danse presque immobile qui m'a rappelé Teshigahara que j'admire aussi profondément;

je leur trouve pleins de points communs : un travail exceptionnel sur la lumière qui fait que ni l'un ni l'autre n'ont besoin de costumes, de décors : c'est la lumière qui sculpte l'espace et le corps

Une présence très douce, poétique, humble, mais réelle

Et puis tout un travail fait sur l'ombre qui pouvait se dedoubler. Elles apparaissaient non comme ombre, mais comme personnes à part entière. Et Maliphant dansait avec elle.

La musique très méditative se répétait trois fois : un solo de violoncelle, très mélancolique, aux couleurs asiatiques dans l'emploi des échelles, auquel succédait une partie plus " orchestrés"

Là aussi, rien de démonstratif, mais un travail d'une grande rigueur, austère et poétique à la fois, qui embarque le spectateur malgré lui  et l'emmène au confin de la méditation du danseur

Oui, c'est cela, c'était une méditation dansée...

 


 

Quand au duo, d'une demi heure tout de même, il s'écoulait hors du temps... les deux danseurs semblaient reliés par une énergie commune, mystérieuse qui les rapprochait, les éloignait, les fondait l'un dans l'autre, les mouvements de l'un et de l'autre se répondant, inter-agissant, comme la danse des atomes...

 IL faudrait des heures pour parler des portés, des figures, des entrelacements, mais... allez plutôt voir!


 

 

Cette photo du salut vous donnera la mesure de l'humilité, de la simplicité avec laquelle ces artistes ont dansé. Reliés, offrant une danse épurée, mais profondément habitée, innovante mais sans effets faciles, totalement inspirée et maitrisée mais sans que ce soit la première chose que l'on voit.

Une cheminement poétique qui a mis le spectateur hors temps le temps de la danse.

 


 

lire aussi :Sylvie Guillem telle qu'en elle même

 

Sylvie Guillem, portrait ( 2)

Sylvie Guillem , (1)

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1 août 2006 2 01 /08 /août /2006 08:37

 Il y a quelques temps, ( un peu plus de deux ans) Sylvie Guillem publiait ses propres autoportraits. Elle avait pris les choses en main, car n'aimait pas du tout ce que lui proposait le magazine Vogue : les photos n'étaient pas " elle" mais la vision que le photographe avait d'elle.

La  prodigieuse envie de se montrer vraiment lui donne  l'audace de   réaliser une série d'autoportraits  d'elle, nue et parfois grimançante. Cela, une fois encore, choqua beaucoup. Le Monde décide de l'interwiever, pour comprendre la démarche bizarre  d'une étoile, si belle sur scène, qui se prend en photo sans se travestir, sans maquillage, véritablement "à nu et sans fard". Comme si elle en avait assez " de faire rêver"

Singulière démarche, n'est ce pas, que celle de vouloir briser une image trop lisse d'une belle femme en tutu et diadème, dotée de jambes magnifiques, d'une silhouette altière et élégante, et d'en montrer toute la force, toute la puissance, toute l'androgynie, laissant résolument de côter paillettes, diadèmes, maquillage, costume qui embellissent mais travestissent aussi...

Sylvie s'explique : " je n'ai jamais pu me défaire de la certitude de n'être pas comprise ( ...) appréciée pour ce que je suis. (...) je n'ai jamais de contacts vrais ( ...)

quels aveux...!!! ainsi, pour rompre cette muraille, cette démarche   sera suivi par celle de la publication de son livre de photos qu'elle nomme " Invitation" . Un énorme livre,au dimension surréaliste, qu'on ne peut même pas ranger dans une bibliothèque normale. A t'elle donc peur qu'on oublie son livre sur le coin poussiéreux d'une étagère pour l'avoir doté de telles dimensions?

En tous cas, sous l'éclairage de ces aveux, ce titre, "invitation", s'éclaire!!! C'est comme un appel   à venir voir qui elle est vraiment, à partager un peu d'elle, à être comprise enfin!

Dans l'interwiev, elle revient aussi sur ses année de danse, défend aprement Claude Bessy qui est au coeur d'une polémique : la DASS a établi un constat alarmant du mauvais traitement que subissent les petits rats à l'école de danse : alimentation carencée, cas d'anorexie, blessures, etc...

Elle dit, non sans virulence mais aussi courage : " ceux qui sont poussés par les parents sont les plus malchanceux, mais ce n'est ni a faute de Claude Bessy, ni celle de l'institution. (...) L'école est là pour former les meilleures( ...) Personne ne peut nier que l'entrainement est dur, mais l'école hotelière, vous croyez qu'elle est facile?(...) si une fille commence à faire la montgolfière, il faut lui dire : " mademoiselle, ou vous perdez du poids ou vous ne pouvez pas rester"

cela à le mérite d'être clair : le coprs est l'outil, et il ne peut pas être " gros"!


 

 A propos de son départ de l'Opéra elle explique  : " je m'étais aperçue que je n'avais pas que des amis... j'étais en pleine bataille avec moi même, les autres, avec l'opéra de Paris. (...) Noureev voulait savoir où j'étais capable d'aller pour conquérir ma liberté. On y a vu un caprice de diva alors que je suis la discipline même! ( ...) 


 

Déjà, dans les années 1985, ce sentiment d'être incomprise... c'est peut être de ces multiples contradictions, révoltes, défis, que Sylvie tire sa force extraordinaire... de son désir de lutter pour être elle même et accepter comme elle est, qu'elle vivifie de cette énergie tous les personnages qu'elle incarne... et c'est peut être pour cela aussi que son rôle de Giselle m'a déplu :

car Giselle, dans le ballet romantique se soumet, accepte, pardonne.... Giselle est l'abandon même...

peut être Guillem lui a t'elle donné trop d'elle même, de sa propre force, de sa  passion et de sa révolte?... ce qui est en total désaccord avec la nature de Giselle qui meurt parce qu'elle ne peut supporter la vérité... et rejoint alors le royaume des Ombres...


 

 On comprend alors mieux que le Japon, la poterie qu'elle fait en silence, au milieu de Japonais avec qui elle n'échange pas de mots, mais avec qui elle se sent en confiance, en harmonie, la mette en paix avec elle même, au moins temporairement...

 

                            photo extraite du site de Sylvie guillem

 

 


 

A lire :

 

Sylvie Guillem : portrait

Sylvie Guillem : analyse

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26 juillet 2006 3 26 /07 /juillet /2006 07:58

 

Suite aujourd'hui!

Je voudrais me plonger dans mes souvenirs de danse pour tenter d'expliquer l'originalité, le génie de Sylvie Guillem.

Sa technique époustouflante, sa souplesse phénoménale, seuls, sont déjà des points de repère, mais cela n'en ferait pas une artiste hors norme s'il n'y avait pas autre chose. Qu'est ce alors que cet autre chose?

Son intelligence!

Son intelligence mis au service de sa technique et de sa virtuosité!

Guillem ne danse pas les rôles simplement pour les incarner. A chaque fois, c'est un défi immense : elle réfléchit, elle écoute la musique, et au final, elle donne une vision du personnage totalement inattendu.

 


 

Ainsi, le rôle d'Aurore de la Belle au bois dormant. Ce rôle, je l'ai vu de très nombreuses fois par des danseuses exceptionnelles comme Noella POntois. Et bien,quand je vis Guillem le danser, j'ai été surprise, amusée, éblouié, émue, déroutée, emportée, au final.

Aurore est une princesse de 16 ans, qui refuse les princes choisis par ses parents, se pique pour accomplir la malédiction , s'endort 100 ans, est réveillé par un prince. 

Ce ballet énumère les moments virtuoses : l'entrée, pas évidente, puisque Aurore est attendue par tout le public depuis 30 minutes qui retient sou souffle dès qu'elle arrive,   le célèbre adage à la rose, au premier acte, tout en équilibres et en développé seconde, la cabalette, juste avant d'être piquée, pleine de retenue, de grâce, d'élégance, puis de vivacité ( succession de pas à s'en emmêler les jambes). Les variations de l'acte deux sont tout en poésie, puisque le prince va découvrir la princesse grâce à la Fee Lilas, dans une vision de rêve, et puis, la merveilleuse variation du troisième acte,  et les pas de deux, éblouissants! Le rôle d'Aurore est fabuleux pour une danseuse car il commence à l'adolescence et s'épanouit " femme".

Qu'en fait Guillem? A Bastille, la dernière fois, ( et dieu sait qu'elle a été critiquée) elle a revu : les tempi, (elle les a vraiment changé par rapport à ses collègues danseurs, notamment la fin de la caballet, dansé deux fois plus vite, ce qui exige une grande maitrise, une grande sureté, car déjà, dansé lentement, c'est " casse cou", mais là, cela relève de l'exploit. Et pourtant, seuls les balletomannes peuvent vraiment saisir à ce moment je pense, le défi relevé par Guillem, car elle le faisait sans effort, comme en s'amusant!

Elle a aussi changé  des accessoires,  et la conception du personnage :

outre à certains moments, un tempo excessivement rapide et inattendu, elle n'a pas voulu    de bouquet de fleurs tendu par maléfique et dans lequel serait dissimulé le fuseau, comme le voulait Noureev,  mais un fuseau, tout court!

Quand au personnage, elle incarne comme le veut le rôle , la lègéreté, la grâce, la fraicheur, mais pas "l'innocence ou inexpérience d'une jeune princesse ( une peu niaise)" l'espièglerie ( ce que je n'avais jamais jamais vu dans le rôle!) et aussi assurance : Aurore, vu par Guillem,  sait déjà ce qu'elle veut!

  Du jamais vu non plus, car souvent les danseuses interprètent Aurore comme une jeune fille un peu timide, qui s'en remet encore à ses parents : et c'était merveilleux, car le rôle d'Aurore, irrigué par une pensée puissante et  intelligente, une technique sûre, une interprétation originale, en était tout vivifié, tout rafraichit!

 Quand Guillem se donne tout entière à un rôle, c'est inoubliable, et toutes les autres interprétations qu'on a vu ne palissent pas en comparaison, mais s'éclairent autrement!

 

Même chose pour sa conception du cygne noir : toutes les danseuses le dansent " maléfique". Le cygne noir est perfide et séduit "mauvaisement" le prince.

Pas avec Guillem : son cygne noir est facétieux, séduisant dans la légereté, et se joue avec délice et ironie de ce prince perdu dans ses rêves : et ça fonctionne à merveille!

Guillem dit deux choses :

" les grands rôles du répertoire classique vont avoir besoin de danseurs sacrément intelligents dans les décénies à venir s'ils ne veulent pas finir aux oubliettes!"

et " quand vous finissez par trouvez Giselle sotte, quand vous en avez assez de danser une cruche sur l'épaule comme Nikya, il faut alors aller voir ailleurs!"

Ce qu'elle fit : Béjart, dans sissi impératrice anarchique, lui offre un rôle d'impératrice un peu folle, qui danse aux confins de la névrose. Tout commence en crinoline, et s'achève dans le drame.

 


 

Puissant et magnifique!

Là, j'ai hate de la découvrir dans les pièces de Maliphant, chorégraphe de génie qui mèle capoéira, yoga, art martial, techniques de danses au pluriel...

Elle va encore me surprendre, et à coup sûr, m'emporter!

Merci à elle!

 


 

a venir :

Sylvie Guillem ( 3)  livre, dvd, articles, ou cassette video sur Sylvie Guillem

Guillem vu par elle même

Guillem et Rudolph Noureev.

 


 

A lire : Sylvie Guillem ( Portrait)
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23 juillet 2006 7 23 /07 /juillet /2006 08:28

Prima Ballerina asboluta....

Nul n'est besoin de présenter Sylvie Guillem, l'une des danseuses classiques les plus célèbres, voir les plus populaires de notre époque...

Aujourd'hui encore, à quarante ans passés dont trente uniquement dédiés à danser, elle parcourt le monde entier et se produit sur toutes les scènes du monde, ses préférences allant au Japon, à Londres,où elle vit, à l'Italie... à Paris, mais presque plus jamais à l'opéra dont elle claqua la porte il y a longtemps déjà.

Sylvie Guillem est un cas unique dans la danse.

Elle a commencé par une formation de gymnaste... un hasard l'a conduite à faire un stage de danse à l'opéra de Paris... ce qui scella son destin.

Très vite, elle gravit tous les échelons de cette structure hyper hierarchisée : à 19 ans, elle était sujet... Noureev dirigeait alors la compagnie de l'Opéra. Il avait bien vu qu'elle était hors norme : technique magnifique, que peu de danseurs possèdent, puissance, grâce, musicalité, précision extrême des pieds, ampleurs des sauts, perfection des fouettés, petits pas exécutés à la perfection ce que sa grande taille devrait lui interdire, et puis, ligne extraordinaire : exactement celle de Sissi : 40 kilos pour un mètre soixante dix. Elle n'a pas l'air maigre, tant son corps est longiligne, avec des jambes extrêmement longues et un bassin très étroit, ce qui lui donne cette capacité visuellement bluffante de lever la jambe à 180 degré...

cette " excentricité" technique lui vaut les foudre d'une partie de la critique, mais l'admiration béate d'un public ébahi par ce qu'il ne peut faire...

Bref, Noureev lui confie alors un rôle d'étoile : le cygne, et le soir même, la nomme étoile... pied de nez à la hiérarchie de l'opéra, qui aurait voulu qu'elle passe d'abord le concours de promotion pour être première danseuse... et reconnaissance d'un talent hors norme...

 


 

Quand j'ai appris sa nomination d'étoile, je n'ai pas été contente du tout. J'attendais que ma favorite d'alors, Karine Averty, soit nommée...  dans les rôles qu'elle avait dansés ( en tant que soliste) elle ne m'avait pas emballée... elle avait dansé la reine des dryades, sans soulever mon admiration plus que cela; je n'aimais pas son style, je la trouvais trop grande... trop moderne, en fait, pas assez ballerine classique.

Et puis, il y eu un reportage sur elle à la télé ( être étoile à 19 ans, c'est tellement rare!) et là, je la découvris vraiment... dès que je le pus, j'allais la voir danser : je m'en rappelle encore, c'était dans Raymonda... ce qui m'étonna le plus alors, ce fut le silence qui régna dans la salle pendant ses solos :  on aurait cru que plus personne ne respirait... jamais je n'avais vu personne se jouer des difficultés techniques avec tant d'aisance, sans jamais sembler souffrir de l'effort physique, et rester aussi musicale, même dans les passages les plus compliqués...

Puis j'allais la voir régulièrement, tant qu'elle resta à l'opéra : inoubliable Roméo et Juliette. Plus jamais depuis, je ne l'ai vu danser ainsi!!! mais elle ne pouvait y rester longtemps. Sylvie Guillem travaille très vite et le rythme de l'opéra était trop lent pour elle. Elle finit par partir.

 

Quelle déception pour le monde de la danse, de savoir que dorénavant, il faudrait attendre ses passages à Paris pour la voir danser...

L'un d'eux reste gravé dans ma mémoire à tout jamais : elle dansa au théâtre des champs Elysées Boléro, la Luna, tous de deux Béjart, un pas de deux créé pour elle par Forsythe, In the Middle, et puis Sissi, impératrice anarchique, solo de quarante minutes réglé pour elle par Béjart....

inoubliable... Sylvie, à partir de là, compris que le monde du ballet classique lui permettait aussi de danser tout ce qu'elle aurait envie de danser... elle travailla alors avec tous les grands chorégraphes d'aujourd'hui. Certains, comme Bejart, Forsythe, Mats Ek, et aujourd'hui Maliphan, réglèrent des chorégraphies pour elle.

 


 


 

 

 

 

Je n'aime pas tout chez Sylvie... je ne suis pas une groupie transie d'admiration... c'est un peu comme la Callas. C'est ma chanteuse d'opéra préférée, mais je n'aime pas tous ses rôles. Dans certains, elle m'horripile!

Ainsi, sa Carmen ( chorégraphie de  Mats Ek) ne pas du tout plu, je n'y ai vu qu'une démonstration technique, la saison dernière au Chatelet. Ainsi sa Giselle, que je trouve à mille lieues de ma vision de ce personnage...  bref, parfois Guillem m'insupporte!

Mais je retourne toujours la voir danser, car je suis sûre d'être toujours étonnée, surprise avec elle...

C'est justement ce qu'une partie de la critique lui reproche : s'emparer d'un rôle et le faire sien. Ce dont se défendait Sylvie il y a une dizaine d'années : " non, je ne mets pas ma griffe sur un rôle, mais je le danse comme je le sens au plus profond de moi".

" Sylvie Guillem ne respecte pas la tradition, " disent les critiques..

 -La tradition???!!!!! se revolte Sylvie, pour qui la tradition est la mort de la danse.

Cela demande un courage énorme car il lui faut aller au bout de ce qu'elle croit, même quand dans les vestiaires, entre deux actes, on vient lui dire que ça ne va pas... que ce qu'elle fait n'est pas dans le style, qu'elle bafoue   la tradition ... elle doit resister à une grande pression d'êtres qui la critiquent, qui voudraient la ramener vers plus de mesure...

A Paris, Ghislaine Thesmard reste son coach... elle corrige techniquement ce qui doit l'être, mais surtout, elle la laisse être elle même... 

Ce qui la ressource le plus, c'est de faire de la poterie près d'un maitre zen au Japon. Aucun mot n'est echangé, dit elle, mais il se passe une foule de choses.

Elle dit encore que sur scène, elle se sent libre...

Bref, Sylvie Guillem est une artiste hors du commun.

Elle sera à Paris, au Champs elysées, cet hiver, dans des chorégraphies du génial russel Maliphan...

j'y serai aussi!!!!

( à suivre)

 


 

 a venir : Sylvie Guillem ( suite)

russel Maliphan

site officiel de Sylvie Guillem : www.sylvieguillem.com

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