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Shabastet

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  • : Blog sur la danse en général et l'opéra de paris en particulier rédigé par Valérie Beck, administratrice du forum danses pluriel
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Noureev

 

Danser, telle la phalène sous la lune, le pinceau du calligraphe, ou l'atome dans l'infini 

                                              

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28 décembre 2014 7 28 /12 /décembre /2014 14:31

2fd553846987be782347c52d80c986d3.jpgLa musique classique de l’Orissa qui accompagne  aujourd’hui la danse Odissi a développé un style bien.

En fait, il est difficile de dire que la musique " accompagne" la danse odissi, d'une part parce que danse et musique portent le même nom ce qui n'est pas le cas pour le Baratha Natyam ou le Kathak par exemple, autres danses classiques indiennes qui n'ont pas leur équivalent musical, et d'autre par parce que danse et musique " forment" un tout. Là encore, il n'y a pas d'autre équivalent dans les autres styles du continent indien.


 

Ce style a   intégré au fil du temps des éléments des styles hindoustani (Nord) et Carnatiques (Sud).

Elle n’est cependant pas à la croisée de ces deux styles  bien qu’elle en  intègre des éléments. Elle est essentiellement issue du style Odra-mâgadhî propre à la région de l’Orissa dont  l’origine remonterait au 2e siècle avant notre ère, lorsque sous le règne le roi Khervala du royaume Kalingha sont nées la danse et la musique.

 

 

Ce «  premier » style musical qui fut d’abord selon toute vraisemblance une musique de cour évolua ensuite beaucoup notamment  au 13ème siècle sous l’influence du poète Jayadeva dont les hymnes étaient chantés – d’où la présence de refrain à l’intérieur des poèmes. La musique entra alors dans le temple tout comme la danse. Beaucoup de musiques et d’hymnes en honneur du dieu tutélaire de l’Orissa, Jaganath, furent composés.  Certains prétendent que ce style de musique est plus ancien que les deux autres styles évoqués ci-dessus. Comme beaucoup de choses furent perdues pendant la période de déclin de la danse Odissi, notamment à la fin du 18ème et pendant tout le 19ème siècle, il est difficile de faire la part des choses.  

 

Le rôle de Jayadeva


Jayadeva, auteur la Gita Govinda, aurait donc énormément influencé la musique Odissi, qui s’appuie elle aussi sur des ragas  - comme la musique du sud ou du nord de l’Inde. Ce poète a pris le soin d’indiquer dans quels ragas classiques en vigueur à ce moment-là ses poèmes  devaient être chantés.  Il n’est bien sûr pas le seul, les autres poètes faisaient de même. Il était très important à son époque que ce soit le poème qui soit mis en valeur avant toute chose, d’où une façon d’élaborer le raga très spécifique au style Odissi. Celui-ci fera la part belle au texte et non pas à l’improvisation pure comme c’est le cas dans la musique hindoustani ou la virtuosité des musiciens et le dialogue entre la percussion et le soliste amènent parfois à  un climax. Dans la musique de style odissi, c’est le travail de variation et d’ornementation des notes du raga choisi combiné au tala et au texte qui amèneront ce point culminant avant la conclusion de la pièce, souvent sur un rythme plus rapide.

Beaucoup s’accordent aussi à dire que comme il y avait dans  royaume Kalinga qui comprenait l’actuel Orissa krsna-with-cow-and-flute.jpg de très nombreux chanteurs venus de l'Inde du Sud, il y a forcément eu aussi des influences conscientes ou pas de la musique carnatique sur le style Odissi. D’après ces spécialistes, c’est d’ailleurs la musique carnatique qui aurait fait  généraliser l’utilisation  des Ashtapadis qui sont des regroupements de huit couplets de trois vers de 10 pieds,  comme dans les hymnes de  Jayadeva. C’est l’héritage le plus direct de la musique carnatique.  

(Pour mémoire, l’ancienne poésie médiévale en France était chantée elle aussi, d'où les noms de «  rondeau,ballade,virelai » qui le rappellent sans que plus grand monde chez les médiévistes de la Sorbonne ou d’ailleurs ne s’en préoccupent !)

Les poèmes sont  calqués sur une façon d’accorder aux mots la hauteur, le rythme et la métrique des textes.  

 


Plus tard, sous le règne d’Akbar au 16ème siècle, le chanteur Krushnadas Badajena Mohapatra originaire de l’Oriya, maître absolu de la musique hindoustani, aurait lui aussi influencé volontairement ou pas le style de cour de la musique Odissi ; aujourd’hui, on reconnaît d’ailleurs qu’il y a  certaine similitude entre le style Odissi classique et le style carnatique, plus vocal qu’instrumental ; la  musique hindoustane, qui est plutôt instrumentale, a elle-même  été influencée par les musiques perses ou turques, du temps du sultanat de Delhi dès le 13ème siècle.

Comme pour toute la musique classique indienne, la musique de style Odissi s’appuie sur des ragas.

 

 

Ragas et Talas


Les ragas sont des combinaisons de notes disposées dans un certain ordre et qui doivent être jouées d’une certaine  façon pour correspondre à un rasa précis. Un rasa est un état, une émotion, une saveur. Les ragas correspondent à des moments de la journée, des saisons, des heures… ils doivent être choisis en conséquence.  On traduit souvent raga par «  mode » mais ce mot occidental n’en donne pas toute la mesure, il est trop étroit pour eux.

Les notes utilisées dans la musique indienne sont plus nombreuses que les 12 sons contenus dans la gamme occidentale. Bien que portant le même nom, elles n’auront pas la même fréquence suivant le raga retenu. Un raga s’élabore en général une combinaison de cinq ou six notes qui composent une sorte de petit prototype de mélodie sur lequel le musicien – donc le chanteur puisque la musique Odissi s’appuie essentiellement sur des poèmes – va s’appuyer pour développer son chant. Il doit savoir l'improviser en respectant le cadre strict, le faire évoluer jusqu'à un climax, l'ornementer.

 

Comme pour les autres ragas, le style Odissi commence par un  court  prélude appelé Alap qui va faire entendre la note de base du raga choisi et dans un temps assez rapide    les autres notes du raga choisi.  La tampura continuera à égrener les notes pivots du raga  ce qui permetta ensuite au musicien de s'évader pour improviser tout en restant dans le cadre.

Ce prélude qui dure en général une ou deux minutes pas plus,  est ensuite suivi par la chanson principale  pendant laquelle va se développer peu à peu le raga sur des règles extrêmement précises autour du rythme, de la métrique, des différentes notes de base, et des écarts permis entre ses notes suivant le raga choisi.


Les compositions se développent sur  des talas, qui sont des cycles rythmiques. On note  aussi l’utilisation de bols dans les compositions des musiques de style Odissi. Les bols sont des syllabes qui permettent au percussionniste d’apprendre les différents talas en les mémorisant, chaque syllabe correspondant à un type de frappe et/ou un son. Ils sont aussi inclus à la composition dans des sections purement rythmiques par le percussionniste et le chanteur, les deux ne faisant pas forcément la même chose; il peut s'en suivre un contrepoint rythmique d'une grande richesse et d'une grande beauté.

53a67b52da2d746f8a3ba5ade066282c.jpgL'instrument de percussion  qui soutient la musique est le  Mardal  qui est similaire au pakhawaj, lui-même une variante du Mirdang.  Il y a toujours aussi un instrument qui donne la note sur laquelle s’appuie le raga, sorte de son «  primordial » d’où s’écoule tout le reste ; et une seconde note qui dépend du raga choisi. Cet instrument est souvent la tampura. A ces deux instruments incontournables  s’ajoutent  le chanteur, et aussi la  flûte, et/ou un violon, un sîtar  - ou une veena même si aujourd'hui, on la rencontre moins souvent qu'avant -  ou un harmonium et une paire de petites cymbales appelées Gini qui correspondent à la frappe des pieds.


Comme dans toutes cultures, à côté des musiques classiques se trouvent les musiques fokloriques, religieuses, qu’on trouve bien sur aussi dans cette région. Mais il ne s'agit alors plus du style Odissi classique.

 

D'autres articles viendront compléter celui là  qui n'est pour l'instant qu'une ébauche et qui sera peut être remanié au fur et à mesure que mes connaissances se préciseront et s'affineront; mes excuses par avance, pour les imprécisions ou erreurs qui pourraient s'y trouver!

 

 

A venir : un article sur Jayadeva

L'odissi  : son répertoire

Costume et maquillage en Odissi

Les gurus

Les Mahari, danseuses de temple

Les Gotipua

Déclin et résurrection de l'odissi.

 

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Published by Shabastet - dans Odissi et Yoga
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17 décembre 2014 3 17 /12 /décembre /2014 08:17

 

C'est début janvier que le ballet royal de Suède viendra danser " Juliette et Roméo " - titre inversé par Mats Ek lui-même.

Il a créé ce ballet il y a deux ans sur un montage musicale de pages  de Tchaikowki  ( qui n'a composé qu'une ouverture sur ce thème) - à noter que Berlioz a écrit lui aussi une symphonie absolument sublime et très méconnue! -

 

 

 

Comme toujours avec Mats Ek, la spectatrice que je suis risque d'être " ébouriffée" au passage; les émotions seront sans doute grinçantes, douleur et plaisir portées à leur paroxysme, l'intensité du désir de vivre ou de mourir frisera la folie, le tout coulé dans une chorégraphie où les corps se déployent et se recroquevillent sans cesse, bondissent et rampent.... et inventent un langage qui révèle les profondeurs de la psyché de chaque personnage.

 

Mats Ek, c'est le créateur génial de  Appartement, de Giselle, de Smoke, de la Maison de Bernarda, Une Sorte de, oeuvres fortes qui livrent au delà de l'esthétisme un propos qu'on emporte avec soi et sur lequel on réfléchit longtemps

 

J'y serai le 15 janvier....

 

En attendant, une video de présentation


 

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12 décembre 2014 5 12 /12 /décembre /2014 23:00

Casse Noisette – 7 décembre 2014-12-13

 

Clara : Dorothée Gilbert

Drosselmeyer/ Le Prince : Mathieu Ganio

Fritz : Daniel Stokes

Luisa : Caroline Robert

 2014-15-casse-053

 

 

J’avais tout fait pour ne pas revoir cette distribution qui m’avait laissé un goût d’inachevé  et de profonde frustration il y a cinq ans.  En débit d’une technique éblouissante, j’avais trouvé que la Clara de Dorothée Gilbert manquait singulièrement d’enfance, et ne semblait pas très touchée par la grâce de son Prince .

C’est pourtant cette distribution que j’ai revue cette année et qui me restera longtemps en mémoire.  

 

Mathieu Ganio et Dorothée Gilbert ont peaufiné leurs interprétations ; Ganio donne à son Drosselmeyer beaucoup plus de relief qu'il y a cinq ans; dans le premier tableau, dès l’attaque des petits voyous dans la rue, on comprend que c’est un dur à cuir ; puis dans le salon, il se montre drôle, excentrique, généreux, compréhensif mais aussi inquiétant, avec son bandeau sur l’œil et sa démarche claudiquante  - il rappelle un peu le fol-œil d’Harry Potter en plus svelte !  Drosselmeyer devient alors le pivot central autour duquel tout se met en place dans cette grande maison bourgeoise où suinte l’ennui ; il apporte la magie et l’ambigüité, chères aux contes d’Hoffmann dans leur ensemble où le grimaçant côtoie le plaisant. Quand on voit sa tête apparaître dans l'horloge au moment où les rats arrivent dans la maison, on ne sait pas si tout cela ne va pas tourner au cauchemard.

 

casse-noisette-paris-duo.jpgDorothée Gilbert est à nouveau una ballerina absoluta , et, dans le premier acte,  sa Clara est un chef d’œuvre d’enfance, de grâce, de fragilité et de poésie. A tel point que mon fils m'a déclaré en sortant : «  J’ai bien vu, moi, que ce n’était pas la même, elles ne dansaient pas pareil, la première dansait comme une petite fille, la seconde, c'était une autre danseuse, plus âgée!".  Cela tient à si peu de choses : une façon de tenir la tête, de rentrer parfois un peu les épaules, de danser les pas avec une retenue toute juvénile, une ingénuité qui rend les pas plus ronds, comme l'enfance. Quel bonheur de voir cette danseuse talentueuse retrouver le souffle poétique de ses débuts, et son petit quelque chose en plus,  lorsqu’elle était encore première danseuse. Sa   technique  de danse complètement maîtrisée sert  l’interprétation du personnage  et n’est plus une fin en soi. Au fil des tableaux, elle montre d’autres nuances, jusqu’à son fabuleux solo  sur le célesta, à la fin du ballet,  où elle associe  maîtrise parfaite de l’équilibre sur pointe, du tempo, des temps suspendus et de la légèreté absolue.

A ses côtés, le charismatique Mathieu Ganio joue les constrates dans le premier tableau, et apporte ensuite son romantisme et son lyrisme à toute la scène dans le parc enneigé.  

Les pas de deux ont été des moments d’enchantement purs : Dorothée,  aussi légère  qu’un flocon de neige, s’envolait aux côtés de Mathieu.  Lui-même dans les manèges de grands jetés, semblait aussi impalpable qu’un prince entrevu en rêve ; les deux sont unis par un amour aussi pur que la neige qui commence à tomber sur le parc endormi où veillent les anges; c’est dire si la poésie de ce royaume de neige était absolue, soutenue par un orchestre scintillant comme le givre au clair de lune et un corps de ballet techniquement parfait et inspiré. Mathieu Ganio a une générosité en scène inégalée ; avec ses lignes longues, son style plein de noblesse et de grâce mêlées,  il danse sans jamais  dévoiler la complexité des pas, comme si tout cela coulait de source naturellement.   Clara/ Gilbert ciselait tous les petits pas avec une précision d’horloger suisse et une légèreté confondante ; elle a un buste souple, un visage expressif, des bras qui respirent sans cesse, des mains joliments placées et qui restent naturelles, elle danse  "large" mais sobre,  en un mot, elle incarne le mélange parfait de la puissance intériorisée et de la grâce absolue que toute ballerine recherche toute sa vie.

 

Dans le dernier tableau, le bal, Clara et le Prince ont offert un moment de pure magie : équilibre parfait, pied de terre qui ne tremble pas, jambes qui se lèvent en arabesque arrière sans effort  à la même vitesse et à la même hauteur, inclinaison du buste au même degré, et personnages totalement incarnés.  C'est la consécration de l’amour ; après l’argent du pays enneigé et de l’amour pur et naissant, voici l’or d’un amour plus vibrant  qui s’affirme dans toute sa majesté; l’enfant devient jeune fille. Il n'y a plus cette exaltation comme dans le parc, lorsque les amoureux se retrouvent et s'élancent l'un vers l'autre, mais une grâce, une consécration, une reconnaissance mutuelle.

  De tous  les répertoires des grands classiques, les pas de deux de Casse Noisette sont, me semble-t-il, les plus intenses et les plus émouvants.  Leur pureté, leur liberté de ton toute juvénile, leur rire, leur intensité sont soutenues par les plus belles pages orchestrales que Tchaïkovski ait composées, offrant au spectateur des moments suspendus, hors du temps.

Dans son dernier solo, Clara semblait être devenue un  être surnaturel, désincarné. Parée de sa 14956690748_0a8bd7e4fa_b.jpgtiare, et de son tutu à large plateau, elle semblait, en tenant les équilibres au délà du possible, en étirant le tempo vers une suspension du temps, offrir la vision d’un être d’un autre monde. Du grand art…

 

Je rendrai rapidement justice au reste de la distribution harmonieuse, avec l’ébouriffant Fritz de Daniel Stoke, la sémillante Caroline Robert plus à l’aise dans la danse espagnole que dans la danse du soldat turc ( ?) où elle manquait d’angles et de coupant ; Karl Paquette m’a manqué dans la danse arabe – Mickael Lafon -  et Miteki Kudo dans la Pastorale, mais Florimond Lorieux a une batterie fine et précise et de belles lignes ;les trois chinois se sont sortis des acrobaties compliquées avec brio ( Mitilan, Valastro, Couvez)

La Valse des fleurs était réglée comme du papier à musique et du second balcon, c’était impressionnant de voir tous ces cercles s’ouvrir et se fermer comme des corolles végétales.

Les enfants de l'école de danse ont été craquants  à souhait.

2014-15-casse-092-1.jpg

J’aime bien la fin de ce conte, lorsque que Clara sort de sa maison pour dire au revoir à Drosselmeyer qu’elle ne voit pas (un petit garçon lui a crié, « il est là ! » pour qu’elle le voit, c’était adorable !) et elle tend sa main pour sentir la neige et on la sent toute entière frémir d’un quelque chose d’indicible, pendant que lui se pelotonne dans son grand manteau et disparaît dans l’ombre.

 

Bref, merci à tous les artistes de m’avoir rendu intact mon cœur d’enfant pendant deux heures et plus spécialement à Dorothée Gilbert et Mathieu Ganio que j’ai hâte de revoir sur scène.  

 

 

 

un petit bémol : les décors ont souffert, les anges sont tous noirs, le sapin, tout moche..... il ne grandit plus....

ah, quel dommage, le reste était parfait!

 

 

A lire aussi  sur ce blog

 

Casse noisette : réflexions 1

Casse noisette : réflexions 2

 

 

 

Casse noisette 2009

Casse noisette 2009- 2ème

 

 

Photo  : Lidvac

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6 décembre 2014 6 06 /12 /décembre /2014 19:27

Note du 6 avril : Laura vient d'être nommée étoile.

J'ai écrit cet article en juin 2014 alors que Laura était encore sujet ; je l'ai réédité lorsque  Laura a été nommée première danseuse ( 6 décembre 2014) et je me réjouis que son talent lui ait enfin permis d'accéder à ce titre; je lui souhaite de tout coeur la carrière qu'elle mérite depuis longtemps.  Atypique, classique et talentueuse... et terriblement musicale.... quelques mots supplémentaires ce soir pour la re-définir... Bravo, Melle Hecquet! Et Merci de transmettre autant de beauté et d'émotion!

 

{C}

hecquet1.jpgQuelques mots aujourd’hui sur Laura Hecquet

Juste quelques mots.

Ces   dernières années, cette danseuse magnifique, qui n’a jamais pu éclore comme elle l’aurait dû,  a donné le meilleur d’elle-même. Elle apporte à chaque scène un supplément d’âme, de poésie, de beauté, comme nulle autre pareille. Je l’emporte à chaque fois dans mon cœur, plus que les rôles titres. Par ce modeste article, je rends hommage à sa beauté, son lyrisme, sa personnalité bien affirmée, sa ligne et son placement magnifique et son mystère… elle a un quelque chose à la Greta Garbo, une profondeur indécelable qui donne envie d’en savoir plus, qui donne envie de la voir danser davantage.

Les dernières scènes où elle m’a profondément marquée, bien que je n’aille presque plus voir de danse sont :

Son pas de deux dans Proust ou les Intermittences du cœur ; cela remonte déjà à quelques saisons, mais sa présence sur scène a été l’un des rares moments de ce ballet bavard et parfois de mauvais goût qui me sont restés en mémoire. Ensuite, je citerai la 3ème symphonie de Malher, où elle est toute aussi belle, et habitée par une profondeur insondable, un quelque chose que l’on n’arrive pas à préciser et qui vous hante ensuite, sans douleur, mais d’une façon précise et constante

Sa danseuse des rues de Don Quichotte  d’il y a deux saisons est un vrai bijou  : sans jamais tomber dans la vulgarité, Laura Hecquet arrive à donner à ce personnage un ton familier mais sans lui ôter le moins du monde sa majesté, comme si cette danseuse des rues, populaire, était l’une des icônes de Séville. Elle est d’une beauté à couper le souffle, et montre l’autorité naturelle d’une danseuse habituée à se frotter à tout public ainsi qu’une féminité puissante mais terriblement séduisante…

Récemment, le pas de deux du Palais de Cristal de Balanchine  est l’un des plus beaux moments de danse qu’il m’ait été donné de voir ces dernières saisons : parée d’un tutu bleu haute couture, signé Christian Lacroix, Laura Hecquet danse au son d’un haubtois  mélancolique avec une intériorité, une poésie, une profondeur qui mettent en valeur sa technique aux lignes pures, la gravité de son visage,   sa grâce naturelle, son élégance racée, et ce quelque chose qui n’appartient qu’à elle : elle est comme un point d’interrogation qui pousse à questionner sa danse, son tempérament, sa musicalité, sa compréhension fine des rôles.

Tout dans ce pas de deux était fondu mais précis, doux mais intense, poétique sans miévrerie, lyrique sans grandiloquence… et, je me répète, d’une musicalité parfaite.

Un moment de danse hors du temps, plein de subtilité, d’émotion, de beauté…

 

Cette danseuse, seulement sujet à l’opéra quand d’autres sont étoiles,  est actuellement l’une des plus belles artistes de cette maison ; un vrai bijou…

 

Les photos suivront !

 

 

A lire le compte rendu de son Aurore sur le blog des balletonautes :  http://lesballetonautes.com/2013/12/08/le-reveil-de-la-belle-endormie/

 

 

Elle est entrée dans le corps de ballet la même année que Mathilde Froustey, c'est à dire en 2002 - il y a un documentaire qui les montre toutes les deux réussissant leur entrée dans le corps de ballet, du temps où c'était encore Bessy qui dirigeait l'école, -  et a tenu des rôles titres comme celui de Aurore - la Belle au bois dormant, Nikya - La Bayadrère  - ou encore  Esméralda de Notre Dame de Paris  (j'espère qu'elle le redansera cette année)

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29 octobre 2014 3 29 /10 /octobre /2014 11:44

Avec le départ de Nicolas Leriche et de Isabelle Ciaravola, une page s'est définitivement refermée à l'opéra de Paris. Si l'on ajoute à ces deux vides laissées par ces deux merveilleux artistes, le changement tarifaire honteux, le système de réservation déplorable et l'arrivée de Benjamin Millepied, on peut penser tranquillement aux philosophies orientales qui nous disent que tout est impermanence...

 

On constate alors que l'opéra de Paris, et son ballet, qui nous ont longtemps fait longtemps rêver, va à nouveau traverser une période de métamorphose.

Nul ne peut dire encore ce qu'il en sortira

 

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12 juillet 2014 6 12 /07 /juillet /2014 10:34

nicolas le riche la mort jumpLa soirée de Nicolas Le Riche du 9 juillet 2014

 

Nicolas a longuement pensé à cette soirée qui vient marquer d’un point final une longue carrière à l’opéra de Paris. Une bonne fée ayant croisé ma route, j’ai pu y assister contre toute attente dans  d’excellentes conditions visuelles. C’était plus qu’une soirée d’adieu, c’était une offrande, un partage.

 

 

Sur scène, le rideau se lève et Mathieu Cheddid est là, tout fragile, avec ses amplis et sa guitare, silhouette perdue sur la grande scène de Garnier. Il chante une  ballade toute simple  accompagnée d’un seul arpège, sur laquelle Nicolas improvise avec simplicité. C’est sobre, touchant.  Le ton est donné ;  Nicolas nous le dit tout bas : j’aime la simplicité, l’authenticité, le partage. C’est ce que je veux partager avec vous ce soir.

 

Toute sa carrière va se dérouler devant nous à travers l’école de danse,  les solistes et  le corps de ballet.

 

Voilà précisément que quelques élèves de l’école de danse  nous offrent   un court passage des Forains de Petit… ils  plantent le décor, évoquant ainsi en quelques instants la fragilité et le nomadisme de ce métier auquel Nicolas a consacré toute sa vie : «  un jour ici, un jour ailleurs, un jour en forme, l’autre pas »…  Et par-dessus tout cela, le désir absolu, évident,  de partager avec un public.  Puis Nicolas-le-Forain annonce le jeune Francesco dans le   Tambour, premier personnage qu’il a incarné sur scène.

Quelle manière élégante de montrer que lorsqu’un danseur étoile termine sa carrière, une nouvelle génération se prépare à son tour…. Quelle jolie façon de présenter un souvenir qui lui tient à cœur à travers le corps d’un jeune garçon qui apprend le métier !

Dans la touchante  évocation de ses premiers pas se lit  un message simple: « Nous, les artistes, ne sommes là que de passage, pour le partage. »

 

Puis voilà que s’installe devant le décor des forains planté par les enfants, une troupe magnifique parée  des somptueux costumes de Raymonda. En quelques minutes, Nicolas évoque maintenant l’ouragan Noureev. Pourquoi Raymonda ? Pas pour nous dire qu’il a excellé dans le rôle d’Abderam, non, Nicolas est trop modeste pour cela, mais pour exprimer toute sa reconnaissance à cet homme qui a offert à l’opéra de Paris en premier cadeau ce ballet splendide et à son image : oriental, excentrique, démesuré, flamboyant. Le passage choisi présente différents styles de danse, si chers à Rudik. Au passage, on remarque plein de danseurs qu’on aime et l’extrait présenté donne envie de revoir tout le ballet.

 

Puis le Faune vient clore cette première partie. Et l’on est complètement envoûté par la fusion des arts. Musique, décor, mouvement, tout ne fait qu’un. Les yeux d’Eve Grinsztajn brillent comme deux gemmes, Bélingard ne fait qu’un avec le décor peint ; une beauté lointaine comme venu d’un ailleurs indicible se dépose sur Garnier. Là encore, Nicolas ne s’auto-congratule pas mais célèbre Nijinsky, qui a passé sur la danse comme un immense poète, car seuls  les poètes  en  recréant le monde nous donnent les clés pour en comprendre le sens et la profondeur.

 

adieux-nicolas-2.JPG

Après l’entracte, vint le Jeune Homme et la Mort qui avait la froide beauté sensuelle de Eleonora Abbagnato. Nicolas l’a dansé de toutes les fibres de son âme, de son cœur. Là encore,  cette œuvre magistrale  où    danse,   décor,   musique s’unissent si intimement qu’ils n’en font qu’un est  résolument intemporelle.  Et l’on regrette en regardant Nicolas danser que la retraite soit maintenant à 42 ans pour les hommes au lieu des 45 il y a quelques années, tant il excelle encore dans ce type de rôle. Il avait un quelque chose de Babilée, ce soir là, dans la fulgurance de sa batterie, l’élévation de ses sauts, la précision et la fureur de ses pirouettes.   Nicolas a rendu hommage  à ce danseur, à qui l’œuvre avait été «  offerte ». Avec le temps qui passe, la danse se transmet d’un corps à un autre, d’une génération à une autre, sans rompre le fil si fragile de cet art de l’éphémère.

 

Après l’entracte, le rideau se leva sur un des plus beaux passages d’Appartement. C’est celui de la Porte. Déjà vu avec Céline Talon, inoubliable de fragilité et avec Renavand, poignante dans sa douleur aux côté de Nicolas les années précédentes.

Avec Guillem, c’était encore autre chose, car quoiqu’elle danse, elle apporte toujours avec elle  de l’imprévu. Il était stupéfiant de les voir danser tous deux, comme deux jumeaux, tellement reliés l’un à l’autre qu’on aurait dit un miroir parfait. Mille nuances ont été ajoutés par la présence de Guillem qui ne vieillit pas ; je me suis même dit qu’elle dansait encore mieux qu’avant. Il y avait une fraîcheur, une jeunesse, une espièglerie dans certains passages auxquels je ne m’attendais pas mais qui sonnaient si juste ; avec elle, ce pas de deux n’était pas douleurs, souffrances, amour déchirant, mais tout ce qui peut naître dans une rencontre amoureuse, les peines, mais aussi les joies, les rires, la fantaisie… Quelle magicienne, cette Guillem !   

 

Puis vint l’un des plus beaux passages de Caligula, celui où le tyran est avec son cheval  et laisse son folie, un court instant, pour un moment de poésie.   L’Incitatus d’ Audric Bezard  a exécuté des pas de hautes écoles avec confiance car guidé par  Caligula-Mathieu Ganio, l’un des créateurs du rôle, qui tenait la longe, et qui, tout en guidant le cheval, irradiait toute sa lumière sur scène. 

 

Puis l’on vit les techniciens installer la grande table rouge de  Boléro.

 

Attaqué bien trop vite par Kevin Rhodes, ce qui valut bien des couacs à l’orchestre, je tremblais que Nicolas n’arrive pas à «  tenir » la pulsation, car comment placer sauts et grands battements sur un tempo pareil ?

Et bien, ce fut une perfection ! Tous les garçons du corps de ballet étaient splendides,  Karl Paquette et Joshua Hoffalt avaient repris leur place d’autrefois dans le corps de ballet et donnaient le ton : c’était si beau, si intense, si vibrant, si viril et féminin à la fois,  si violent et sensuel,  si parfaitement dansé, que Maurice Béjart s’est glissé en coulisse et a jeté un coup d’œil avant de repartir pour son ailleurs.

 

Il est aujourd’hui impossible de croire que Nicolas s’arrêtera de danser… tout comme Guillem, ces artistes ont encore tellement de choses à partager avec un public qui les aime de tout leur cœur !

 


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2 juillet 2014 3 02 /07 /juillet /2014 08:02

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Notre Dame de Paris de Roland Petit…. C’est déjà un souvenir dans mon vieux livre sur la danse des années 70 : Claire Motte et Cyril Atanassof. Ce que j’ai pu rêver sur ces photos aux costumes étonnants !   Le ballet, créé sur mesure pour les deux artistes, était une commande pour l’opéra de Paris qui ouvrait déjà à l’époque ses portes à la modernité – et bien avant  Dame Lefèvre ! – via  Michel Descombey, Roland Petit, Maurice Béjart    

  

Découverte sur scène  beaucoup plus tard, cette oeuvre ne m'a pas plus. La  musique  lourde, sans subtilité aucune, les costumes  plutôt hideux,  la chorégraphie, terriblement répétitive et bavarde en donnent un récit  assez peu attrayant, sans relief, et même assez insupportable par moment. Certes, quelques passages scintillent, telles des pierres précieuses jetées au milieu de gravats, comme le 1er solo de Quasimodo, tout en sensibilité, ou celui d’Esmeralda, à la fois mutin, féminin et si libre !  Ce solo fait partie de mes préférés avec celui de l'Etrangère de Clavigo, tout répertoire confondu. J'ai du le regarder un milliard de fois dans la version DVD avec Isabelle Guérin. De même,  tout le début du second acte est poétique et intense.   Lorsque les solistes sont sur scène, sans un corps de ballet qui ne sert pas à grand-chose, si ce n’est à rendre le tout confus, brouillon et même naïf, on parvient à entrer dans l'histoire. On est même captivé. Il suffit de se rappeler  Hilaire, Legris, Leriche et Guérin pour sentir l'intensité qui palpite dans l'oeuvre pendant certains passages.   Lesquels, fichés dans nos mémoires comme  la voie lactée vue un soir d’été, nous donnent  l’espoir que peut être, le reste qui laisse un si désagréable souvenir,  saura à présent nous plaire, peut être même nous charmer.

Après tout, on le sait : chez Roland Petit,  le plus sublime côtoie le plus improbable !

 

J’avais pris des places pour voir Nicolas Leriche dont ce sont ces dernières apparitions sur scène. Je l’ai presque regretté. Non pas à cause de Nicolas, absolument parfait dans ce rôle déchirant où, au premier acte, il y a si peu à danser – mais alors, quelle danse !

Mais parce qu’il a fallu supporter le bavardage outrancier du corps de ballet, grimé comme le feraient les  pensionnaires d’ une maison de retraite qui ont mis la main sur de vieux costumes des années 70 et s’en accoutrent pour rire  un soir d’Halloween,  la partition qui a du mal à sortir d’un fatras de percussions qui aimeraient trouvé la liberté d’un Stravinsky ou d’un Bartók mais restent au niveau  d’un orchestre de bal, la scénographie si lourde que les techniciens eux-mêmes n’ont pris aucun gant pour pousser les grands panneaux dans lesquels les danseurs veillent à ne pas se tordre une cheville, la potence, ou le décor de Notre Dame.

 

J’imagine sans peine, qu’en 1965, cette œuvre a dû paraître innovante et susciter l’intérêt, mais aujourd’hui, elle fait figure de vieillerie démodée et pire, elle fait rire.

Comment ne pas pouffer devant certains tableaux, le comble du ridicule revenant à Phoebus en perruque blonde «  frisé à la hérisson » et à ses gardes dont les attributs masculins et les pectoraux moulés outrageusement par les  bandes collantes de leurs costumes les font ressembler à des super héros de parades gays. On n’est pas loin des Village people  et pour un peu,   on se lèverait pour entonner avec conviction par-dessus l’orchestre «  macho, macho man !! »

Mais là, sur scène, on ne rigole pas, même si, à la cour  des miracles,  les danseurs rappellent cette fois-ci   les champignons  et les courgettes de la forêt du téléfilm italien    « Fantagharo » .

 

Alors 1h30 d’un tel spectacle, c’est bien long !

Et pourtant, Eleonora Abbagnato, gitane mutine, fraîche, vive, pleine de compassion pour Quasimodo, de sensualité avec Phoebus ou de force face à Frollo et Nicolas Leriche, pauvre hère déchirant de soumission, de solitude,  et de sensibilité,  apportaient à eux seuls la grâce qui sauvent une œuvre.

 

 

A leur côté, le Frollo de Joshua Hoffalt s’est réveillé véritablement au second acte, trouvant enfin au fond de lui la noirceur et l’ambiguité de ce personnage ambivalent.

 

Le quatuor n’était donc pas particulièrement équilibré ce soir de première – et je ne dirai pas un mot sur Florent Magnenet que je pensais trouver superbe en Phoebus mais qui m’a malheureusement fait penser à  Assurancetourix tout du long, comment alors trouver de l’émotion au pas de trois dans ces conditions ?   

On ne peut que saluer l’engagement de tous les artistes dans une œuvre démodée qu’il faudrait retirer définitivement du répertoire.  Ils nous ont rappelé à quel point le ballet de l’opéra de Paris est toujours une grande compagnie ! 

 

 

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Sur la photo, Nicolas serre les lèvres, pour contenir l'émotion que suscita l' immense montée d'amour de son public

elle se souleva comme une vague immense dans tout l'opéra Bastille!

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 10:27

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Le festival Ratha Yatra se déroule à Paris depuis 22 ans déjà. De nouvelles éditions commencent à naître dans d’autres villes de province.

Ce festival met à l’honneur le dieu Jagganath, l’un des avatars de Vishnou que l’on connaît aussi comme Krishna ou encore Rama,  héros du Mahabaratha ou du Ramayana.

Vishnou est le dieu qui protège le monde dans la trilogie indienne.  Cette année, ce festival tombait le même jour que la grande fête qui a lieu à Puri en Inde.

 

Lors de ce festival qui a eu lieu cette année le 29 juin 2014, un grand char est tiré à travers la ville, avec les images inachevées de Subhadra et Balarama, sœur et frère de Jagganath.

 

Sur la place du Bellay, sur laquelle se dresse la fontaine des Innocents à Paris, se tenaient différents stands indiens et une scène y était dressée.

 


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Musiciens, danseurs, chants dévotionnels se sont succédés.  Sharmila Sharma a dansé du Kathak avec ses danseuses/seurs.

 

Mahina Khanum participait avec son groupe à ce festival ; les belles danseuses ont   accueilli l’arrivée du char. Kali Chandrasegaram, danseur d’Odissi qui vit à Londres, s’était joint à elle ainsi que moi-même.

Profondément émue par les chants dévotionnels qui ont procédé l’arrivée du char vers 17h30 - les  Bhajans, ou chants sacrés, ont un peu un rôle similaire au yoga- j’ai perçu très nettement   le changement de  fréquence vibratoire qui s’est élevée peu à peu.

 

mahi-et-kali.JPGMalgré les mouvements de foule, les allées et venues des uns et des autres, dont nombre de touristes et de passants, on pouvait vraiment percevoir cette vibration si particulière dans l’air.

Puis le char est apparu, et là, le sens dévotion prit tout son sens ; le cœur ne fait qu’un bond à sa vue, comme une amoureuse lorsqu’elle voit son bien-aimé guetté longtemps, à l’horizon. Et dans ce bond de l’âme, il y la spontaneïté, la joie, l’amour.

 

Tout était donc en place  pour accueillir la danse Odissi.

 

Kali et Mahina ont dansé une chorégraphie pour célébrer Jagganath, portant encore plus loin la dévotion et les vibrations très puissantes à ce moment là. L’essence même du sacré était tangible. Que les gens dans la foule l’aient perçu ou pas importe peu car tous l’ont de toutes façons reçue.

 

C’est donc particulièrement émue et très humblement que je suis montée sur scène, cherchant du mieux possible à exprimer ma dévotion et ma reconnaissance pour ce moment si particulier.

 

Le rêve de partager la dévotion «  dans la rue », comme le faisaient les toutes premières danseuses d’Odissi s’est donc réalisé sous les augures protecteurs de Jagganath a qui j’avais consacré un article quelques semaines plus tôt, sans savoir que je le célèbrerais par la danse…

 

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9 juin 2014 1 09 /06 /juin /2014 19:32

 

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                                                  Laura Hecquet, en rouge cette fois ci ( photo Guilloteau. l'express)

 

Le palais de Cristal de Balanchine, découvert en 1993 à la Bastille par d’émérites interprètes, m’avait laissé un  tel sentiment d’ennui que je n’étais guère prête à le revoir… sauf que, associé à la création de Benjamin Millepied qui a eu le bon goût de choisir une œuvre de Ravel que j’adore, j’ai passé outre ma «  répulsion ». J’ai accepté l’ennui d’un Balanchine pour le plaisir d’écouter un Ravel, me disant que, même si la chorégraphie m’ennuyait, il me resterait la musique…

 

Ce Palais de cristal, qui a défrayé la presse parce que Lacroix a recréé pour la circonstance de fabuleux costumes, a été vu du fin fond du second balcon…

Une aubaine en fait, pour découvrir qui est réellement charismatique !

Et voici le trio gagnant : Paquette, Hecquet et Thibaut.  Leur silhouette, réduite à une hauteur de phalange d’un auriculaire vu de la haut, n’est en pas moins emplie de lumière, et d’un quelque chose qui happe votre regard et le fait irrémédiablement converger vers eux, où que ces artistes se trouvent sur la scène.

Paquette, en rouge, dansait avec Pagliero, magnifique elle aussi : brillante et féminine à souhait, gracieuse, ses petits pieds cisèlaient les pas avec précision d’horloger suisse. Ces pointes,  coupantes comme des diamants, et ses chevilles déliées si libres, donnaient à sa danse  une attaque  vive, une batterie percutante mais racée. Son visage irradiait le plaisir de danser. Toute parée de rouge, une aigrette plantée fièrement dans sa coiffure, elle était belle et pétillante. Paquette occupait tout l’espace scénique ;  sa danse était large, généreuse. On en oubliait les danseurs alentours  tant ce couple captivait le regard.

 

La couleur suivante était le bleu et là, on se surprend à retenir son souffle devant la délicatesse musicale de Laura Hecquet, à la fois princesse lointaine et fée mélancolique, qui harmonise à la perfection des mouvements souples comme les branches d’un saule à un hautbois aristocratique et empli de spleen. La gravité de son visage renforce une impression de noblesse mêlée à une grâce, une élégance naturelles. Tout est moelleux, abandonné, comme dansé en confidence ; l’intériorité de cette âme touchante palpite presque entre nos mains ; quels mots pour décrire les pliés sautillés sur pointes, exécutés avec tant de douceur, comment décrire un buste qui suit les spirales du hautbois avec une tristesse presque Schubertienne ?

Laura Hecquet restera absolument inoubliable dans cet accord parfait sur une musique latine,  claire,  mais ombrée et embrumée d’un peu de Sensucht germanique.

J'étais trop haut pour admirer toute la délicatesse de Nolwenn Daniel,  magnifique dans son costume blanc-rose, accompagnée par Emmanuel Thibaut en grande forme, aux lignes pures, qui prouve encore   que même  près de la retraite il possède encore du  ballon, des pieds précis,  du plaisir à danser, et une espièglerie enfantine qui ravit le cœur.  En vert sapin, F Alu et V Colosante n'étaient  ni très synchrones, ni très bien assortis…  c'était au final un peu brouillon. C’est dommage. 

Dans l'ensemble, les lignes  étaient plutôt belles et le corps de ballet (ce sont les dernières séries) avait trouvé ses marques, son souffle ; il était bien réglé, même si la danse reste un peu figée, un peu glacée.

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La création de Benjamin Millepied m’a un peu déçue, je m’attendais à plus d’intensité. Je suis restée sur ma faim.

Côté orchestre,  déception aussi : sans doute à cause de la danse, les tempos  retenus sont trop lents et trop étirés,  d’une manière générale ; en revanche, le lever du jour a pris le TGV…. Quel dommage, au lieu que les contrebasses paressent langoureusement pendant que les chants d’oiseaux surgissent tranquillement puis s’étirent doucement de leur torpeur, elles cavalaient après eux… à peine sorties de leur songe, les voilà qui s’ébrouent si rapidement que tout semble trop nerveux, trop rapide… l’orchestre a une belle transparence, les pupitres sont bien équilibrés, mais le tout manque un peu de cette sensualité profonde que certains chefs parviennent à donner à cette œuvre délicate et passionnée.  ( Seiji Ozawa, par exemple)

 

Côté chorégraphie, ça n'a pas la puissance d'un Belarbi!

Si je parle de Belarbi, c'est que les danseuses en cheveux longs et jupes flottantes m'ont rappelé son magnifique Hurlevent  et les pirates en noir, les hommes en long manteau, dits « gardiens » de cette même œuvre.

 

Alors, c'est plutôt plaisant à regarder, il y a des moments magiques, mais beaucoup de bavardages, de redites, et de choses parfois un peu naïves.

D’autre  part,  l’utilisation excessive des rondes, boucles, spirales, etc…   finit par  lasser, de même que le procédé de faire partir un mouvement d’un danseur qui le transmet aux autres…

 

De là-haut, les structures de Buren rappellent les cuisines des années 70,  elles masquent d’ailleurs en partie la scène pour certains passages ; du deuxième balcon, les structures ressemblent à de  gros plastiques pendouillant et leur reflet sur la scène blanche est vénéneux.  Les costumes des garçons sont aussi seyants que des baby-gros pour adultes…

 

Côté danseurs, c’était bien dansé : la magnifique silhouette d’Albisson  est vraiment  mise en valeur daphnis.jpgpar la chorégraphie. Fluide, poétique, fraîche, Albisson est une Chloé belle, attrayante.  Marc Moreau danse avec cœur et flamme. Mais à aucun moment on ne sent ces deux artistes véritablement amoureux. Il manque un petit quelque chose pour qu’on sente cet amour.

Fabien Revillon a incarné son Bryaxis avec panache et virtuosité. Le pas de deux avec Léonore Baulac  avait une vraie force et poésie.  

Léonore Baulac est tout simplement fascinante. Séductrice, séduisante, souple comme une liane, on ne la quitte plus des yeux dès qu’elle est en scène.

 

 

Je me demande cependant ce que cette œuvre aurait donné avec la distribution suivante :  Abbagnato, Pujol, Ganio, Alu, elle était mon premier choix au départ.

 

Mais qu'aurait été  cette œuvre  si Millepied avait eu quatre mois au lieu de quelques semaines pour régler la chorégraphie? Certaines scènes restent en mémoire et le tout se suit aisément. Revue sur culture box, j’ai été stupéfaite de constater comme le propos change sitôt que l’on voit l’œuvre de face et de près.  Certains passages y gagnent, d'autres pas du tout.

 

Si elle est reprise dans les années à venir, il est fort possible que Millepied la remanie comme c’est souvent le cas. Une œuvre poétique, assurément, mais à laquelle il manque un peu de force, ou de conviction... 

 

De cette soirée du 7 juin, me parvient,  en écho, sublime et irréelle,  Laura Hecquet,  dans son tutu bleu strassé,  si belle, avec son visage plein de gravité et de délicatesse.

Je lui ai d’ailleurs consacré un modeste article que je compte bien enrichir de photos et de détails biographiques dans les mois à venir.

J’aurais tant aimé la voir passer première danseuse au concours de cette année.

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28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 11:05

 

 

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L’Odissi d’aujourd’hui, est, d’après les spécialistes, un descendant direct de la danse de temple, telle qu’elle fut  pratiquée à Puri, en l’honneur de Jagannath, un des avatars de Vishnou.

 

Dans le panthéon indien, ce dieu qui protège le monde et le préserve, s’incarne à plusieurs reprises pour venir  le sauver de la destruction ; il prend à chaque fois une apparence différence : Krishna, Rama et Jagganath sont ses plus célèbres avatars.

Ce dieu très ancien, déjà présent dans les Védas,  fait sa première apparition en Orissa au 7ème siècle 06122011-krishna.jpgaprès JC dans les sculptures. Il y apparaît sous la forme de son   8ème avatar, Krishna.

Mais c’est en « Jagannath » que Vishnou sera le plus célébré. Sa légende est racontée un peu plus loin.

 

Pendant le règne des rois de la dynastie Ganga  qui dura près de trois siècles, la dévotion à Vishnou fut telle qu'un temple monumental fut construit en son honneur au  11ème siècle. Ce temple acquit une telle renommée qu’on vint rendre hommage au dieu son la forme de son avatar, Jagannath, de toute la région. Puri  fut alors un haut lieu de pèlerinage et  un centre culturel et artistique important; il  vit naître dans son temple  la danse des Mahari.

 

Concernant Jagannath,  plusieurs récits mythologiques relatent son origine. Voici celle que la danse Odissi aime le plus : il y avait un roi, Indradyuman  qui rêva un jour d’une image de Nilamadhav – le dieu bleu –  elle se  trouvait  bien au-delà des montagnes, à l’est de son royaume. Il envoya son ministre, Vidyapati, à sa recherche, qui tomba sur Vishvavasu, le chef de la tribu Savara ; c’était le plus  fervents des  adoradeurs de Nilamadhav. De retour au palais, le ministre raconta ce qu’il avait vu. Le roi envoya son armée pour prendre de force l’image mais avant que le roi puisse atteindre la grotte où celle-ci se trouvait, une tempête se leva et l’image disparut.

Le Dieu bleu n’apparut plus à la tribu Savara sous cette forme, mais l’océan rejeta sur le sable un immense bloc de bois qui avait la forme de Nilamandhav.

Le roi vit cette image en rêve et voulut la reproduire. Il fit venir d’énormes blocs de bois et des charpentiers dans son palais pour  construire l’image à l’identique. Mais aucun charpentier ne parvint à la reproduire.  Un mystérieux charpentier, qui selon la légende,  aurait été Vishnou lui-même, se présenta et dit qu’il pourrait réaliser la sculpture à condition de n’être dérangé sous aucun prétexte pendant 21 jours. Le roi accepta mais la reine, bien sûr, aiguillonnée par la curiosité, voulut ouvrir la porte avant le délai requis. Tout s’évanouit aussitôt sauf trois bustes inachevés qui représentait Jagannath lui-même, son frère Balabhadra et sa sœur Subhadra, tous trois aujourd’hui encore grandement vénérés.

 

Voilà pourquoi aujourd'hui, au début de chaque récital,  la danseuse offre sa première danse à Jagganath, présent sur scène  et inachevé comme le raconte la légende.

 

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La légende de Jagannath est l’un des nombreux exemples de la façon dont l’hindouïsme a intégré des déités  très anciennes à son propre panthéon.

 

L’Odissi s’est développée au moins sur un millénaire ;  on trouve des témoignages sur cette danse dès  le 1er et le 2ème siècle avant JC,  comme l’atteste l’art de la dynastie Chedi –puis  au 7ème siècle et  8ème siècle, ( nombreuses peintures et sculptures de temples)  jusqu’au règne du  roi Chodagangadeva au 11ème siècle où culmine le culte de Vishnou à travers son avatar, Jagannath. L’Orissa, sous le règne de ce roi éclairé, devint un royaume florissant, cultivé, dans lequel Puri fut un centre spirituel important et révéré bien au-delà des frontières du royaume.

 

Un siècle plus tard, le poète Jayadéva allait marquer durablement l’histoire de l’Odissi à travers l’un de ses poèmes : la Gita-govinda.

 

 

 

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A lire sur ce blog :

 

L'odissi, chapitre 1

L'odissi, chapitre 2

 

 

Articles réalisés à partir du livre de  Ranjana Gauhar

 

 

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